Derniers articles publiés

[Revue de presse] Royaume-Uni : l'agenda politique de Boris Johnson

Revue de presse 20.12.2019

Conformément à la tradition britannique, la reine Elizabeth II a présenté jeudi aux députés le programme du nouveau gouvernement de Boris Johnson. Après une campagne centrée sur la sortie du pays de l'Union européenne, celui-ci prévoit des réformes ambitieuses.

Le 19 décembre, la Reine Elizabeth II a réuni les parlementaires dans la Chambre des Lords, pour leur présenter le programme gouvernemental de Boris Johnson - Crédits : Roger Harris / Flickr UK Parliament CC BY-NC 2.0

Le 19 décembre, la Reine Elizabeth II a réuni les parlementaires dans la Chambre des Lords, pour leur présenter le programme gouvernemental de Boris Johnson - Crédits : Roger Harris / Flickr UK Parliament CC BY-NC 2.0

"Un nouvel âge d’or" pour le Royaume-Uni : c'est ainsi que le chef du gouvernement britannique, Boris Johnson, a introduit jeudi 19 décembre son programme devant la Chambre des communes, rapporte Le Monde. Avant de laisser, comme le veut la tradition, la reine Elizabeth II lire le programme du premier ministre rédigé à Downing Street. Une semaine après la victoire écrasante des conservateurs aux élections anticipées (365 sièges sur 650), celle-ci a ainsi "officiellement ouvert le parlement britannique" [Politico]. La souveraine "a détaillé les priorités de l'exécutif pour la législature qui s'ouvre, et les lois qu'il souhaite voir adoptées par la Chambre des communes", explique La Tribune avec Reuters. Avec en "numéro un" : "la réalisation du Brexit au 31 janvier 2020".

Faire du Brexit un succès

Première étape : l'accord de retrait conclu avec l'Union européenne, étudié "en première lecture à la Chambre des communes jeudi après-midi" [The Independent], "doit être voté en deuxième lecture vendredi en début d'après-midi à Westminster en vue d'une adoption finale après les fêtes", indique L'Express avec l'AFP. Ensuite, "le gouvernement fermera le ministère de la sortie de l'UE en janvier, et devrait abandonner l'utilisation du terme 'Brexit' dans les documents officiels", précise The Guardian.

Mais si le Brexit est à présent "un fait quasi-acquis", le défi de Boris Johnson "est désormais ailleurs : il doit en faire un succès. En tirer le meilleur parti, en limiter les effets éventuellement négatifs sur l’économie du pays", observe Le Monde.

Le gouvernement britannique prévoit donc, entre autres, une réforme de l'agriculture, pour assurer "une transition" de la Politique agricole commune (PAC) vers un nouveau cadre, précise Politico. Celui-ci conditionnerait notamment les aides aux agriculteurs à "la production alimentaire durable, la culture et l'élevage écologiques". Une réforme transitoire est également prévue dans le domaine de la pêche. Objectif : reprendre le contrôle des quotas, des autorisations accordées aux chalutiers étrangers, incluant "des subventions aux pêcheurs pour préserver l'environnement marin et réguler la pêche".

Le nouvel exécutif s'attèlera enfin à "renouveler les accords commerciaux existants", négociés dans le cadre de l'UE. Un projet de loi sur les services financiers visera à "donner aux régulateurs le pouvoir d'aligner les règles du Royaume-Uni à celles de l'UE", pour permettre "aux entreprises britanniques d'accéder au marché unique" [Politico]. Un alignement nécessaire si le pays souhaite conclure un accord ambitieux de libre-échange avec l'UE dans les prochains mois.

Les foudres de l'opposition

Ce potentiel accord commercial génère toutefois déjà des tensions. En premier lieu parce que le deal organisant le retrait, qui sera soumis au vote des parlementaires ce vendredi, "exclura l'hypothèse d'une prolongation de la période de transition post-Brexit au-delà du 31 décembre 2020", explique La Tribune. Or un délai très court de négociations sur les relations futures (11 mois) ferait à nouveau planer le risque d'un no deal à l'issue de la période de transition. Mais également car le deal "a été dépouillé d'une clause qui aurait donné aux députés [britanniques] un droit de regard sur les négociations commerciales", regrette The Independent.

Par ailleurs, sur le plan interne, certains projets comme la refonte des institutions britanniques inquiètent aussi. "Notre ambition n'est rien de moins que la transformation de notre pays pour le meilleur", a déclaré Boris Johnson aux députés avant le discours de la reine [Les Echos]. Mais la création d'une commission sur la Constitution, la démocratie et les droits "a soulevé les inquiétudes des partis d'oppositions, craignant que [Boris Johnson] n'essaie de changer l'équilibre constitutionnel du Royaume-Uni à l'avantage des Tories", rapporte The Guardian. Sa réforme prévoit notamment de rendre au Premier ministre le pouvoir de convoquer des élections avant leur date prévue. Tandis que des "rumeurs" - démenties par Downing Street - font même état d'une loi donnant "aux politiques le pouvoir de nommer les juges, comme aux Etats-Unis, en représailles de la défaite de Johnson face à la Cour suprême cet automne", poursuit The Guardian.

Un repositionnement politique ?

Même les propositions les plus à gauche du programme de Boris Johnson sont jugées "vides" par le leader travailliste Jeremy Corbyn [The Guardian]. Elles sont pourtant nombreuses : le Premier ministre a en effet voulu insister sur plusieurs "thèmes chers aux électeurs des anciens bastions industriels travaillistes, qui ont massivement voté pour le Parti conservateur de Boris Johnson le 12 décembre", analyse Courrier International. Son programme présenté le 19 décembre serait ainsi "quasi travailliste dans l’esprit", selon Le Monde.

Le gouvernement prévoit d'investir massivement dans le système national de santé, avec "une hausse de son budget de l'ordre de 33,9 milliards de livres par an d'ici 2023-24", détaille La Tribune. Il promet également une loi sur l'emploi qui "protégera et renforcera les droits des travailleurs", ainsi que "d'améliorer l'éducation", développe l'hebdomadaire.

Boris Johnson entend mener plusieurs projets en faveur de l'environnement, avec "l'interdiction de l'export de déchets plastiques hors des pays de l'OCDE", l'introduction de "taxes sur le plastiques à usage unique", et un objectif de réduction des particules fines, liste Politico. Il souhaite enfin allouer "100 milliards de livres sterling à des projets d’infrastructures", et "redoubler de générosité à l’égard notamment de l’Ecosse", afin de regagner en popularité dans cette région où les conservateurs n'ont obtenu que six députés, note Le Monde.

Le parti "bleu" serait-il "devenu celui des cols-bleus", comme l'avance Le Figaro ? Souhaitant incarner un "gouvernement du peuple" [Les Echos], Boris Johnson est bien ancré à la droite de l'échiquier politique : il souhaite, entre autres, un "durcissement des lois antiterroristes" [Courrier International], et appelle à "restreindre l'immigration des personnes peu qualifiées" [La Tribune].

Quoi qu'il en soit, The Daily Telegraph, cité par Courrier International, se réjouit : "le discours de la reine a marqué la fin de l'immobilisme". "Place aux actes", décrète dès lors l'Evening Standard, cité par Courrier International.

 

 

 

LES AUTRES SUJETS DU JOUR

Brexit

Catalogne

Institutions

Justice

Migrations

Pologne

 

Abonnez-vous gratuitement aux newsletters de Touteleurope.eu !