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[Revue de presse] Royaume-Uni : Boris Johnson peut-il encore imposer un Brexit sans accord ?

Revue de presse 05.09.2019

Mercredi 4 septembre, les députés britanniques ont adopté une loi censée empêcher une sortie sans accord de l'Union européenne le 31 octobre. Ils ont également refusé la tenue d'élections générales anticipées. Dès lors, quelles sont les options de Boris Johnson pour éviter un nouveau report du Brexit ? Après sa lourde série de défaites, la presse évoque un Premier ministre coincé et sans pouvoir. Pourtant, la menace d'un no deal plane toujours…

Boris Johnson durant son discours à la Chambre des communes, mercredi 4 septembre - Crédits : UK Parliament / Flickr

Boris Johnson durant son discours à la Chambre des communes, mercredi 4 septembre - Crédits : UK Parliament / Flickr

Outre-Manche, la chute semble ne jamais devoir s'arrêter pour le Premier ministre. A la Une, la presse britannique évoque largement un Boris Johnson "pris au piège", selon un inventaire du Guardian.

Mardi 3 septembre, les conservateurs avaient commencé par perdre leur mince majorité à la Chambre des Communes, un élu rejoignant en pleine séance les bancs des libéraux-démocrates. Plus tard, le Parlement avait repris le contrôle de son ordre du jour, à l'initiative de l'opposition soutenue par une vingtaine de conservateurs, depuis exclus de leur parti.

Mercredi 4 septembre, Boris Johnson a ensuite "vécu une journée cauchemardesque", rapporte La Croix avec l'AFP. Car c'est une proposition de loi travailliste destinée à empêcher une sortie de l'Union européenne sans accord (appelée no deal) qui a été approuvée. Un désaveu de taille pour Boris Johnson, qui avait justement décidé de suspendre le Parlement à compter du lundi 9 septembre dans l'espoir d'éviter ce scénario.

La Chambre des communes s'oppose à des élections anticipées

"La surprise n’est pas totale, mais la claque est quand même sonore", résume Le Monde ; en effet, l'opposition à Boris Johnson a bénéficié une fois de plus du soutien de conservateurs rebelles pour empêcher le no deal "à 327 voix contre 299". "Fait totalement inhabituel", l'examen de cette proposition de loi "avait été accéléré et réduit à une journée, quand d’habitude plusieurs jours sont nécessaires", complète Libération.

Conformément à ses menaces répétées la veille, le Premier ministre britannique a alors tenté de convoquer des élections législatives anticipées, en déposant une motion au Parlement [France 24 avec l'AFP et Reuters]. Celle-ci requérant d'être adoptée par les deux-tiers des députés britanniques, Boris Johnson a provoqué en duel le dirigeant du parti travailliste Jeremy Corbyn, pour le convaincre de se présenter devant les électeurs. Mais les travaillistes avaient préparé leur stratégie à l'avance : ils ne s'engageraient en faveur de nouvelles élections qu'une fois leur loi "anti no deal" définitivement promulguée.

La motion déposée par Boris Johnson mercredi soir à la Chambre des Communes n'a ainsi recueilli que 298 voix sur les 434 nécessaires [Libération], l'opposition s'étant majoritairement abstenue, ou ayant voté contre.

Une stratégie "hypocrite", selon Boris Johnson

L'exécutif britannique a donc perdu son troisième vote crucial en seulement quarante-huit heures, relèvent de nombreux journaux. "Boris Johnson échoue à imposer sa vision", titre La Croix. "Le Parlement britannique neutralise Boris Johnson", estime Le Figaro.

Le plan du parti travailliste est simple, selon The Times : il s'agit d'éviter des élections trop tôt, pour que Boris Johnson "mijote dans son propre jus" et que le Labour remonte dans les intentions de vote. Une stratégie qualifiée d'"hypocrite" par le Premier ministre, cité à la Une du Telegraph.

Selon le processus législatif britannique, la proposition de loi travailliste doit désormais être débattue et soumise au vote de la Chambre des lords, la chambre haute du Parlement. Diverses "déclarations" avaient laissé entendre que "des parlementaires pro-Brexit pourraient délibérément entraver le texte de loi afin de ne pas obtenir la sanction royale avant lundi prochain", relate la BBC. Mais cette hypothèse semble s'être éloignée. Le média britannique explique que, finalement, "Lord Ashton of Hyde [chargé des consignes de vote des lords conservateurs] a annoncé que la proposition de loi passerait par toutes les étapes de la chambre pour vendredi 6 septembre, à 17 heures" (18 heures en France).

Quelles options pour la suite ?

Plusieurs scénarios possibles se dessinent après les événements de cette semaine. Pour l'opposition, la meilleure situation serait assurément "que le texte empêchant un no deal soit entériné par la chambre des Lords, pour empêcher tout passage en force de Boris Johnson" avant la tenue d'élections ; "un coup de poker", résume 20 minutes avec l'AFP. Au Times, une source affirme que "Boris Johnson pourrait quitter ses fonctions plutôt que d'être forcé à demander un nouveau délai à Bruxelles". Le Premier ministre est en tout cas farouchement opposé à ce scénario auquel ses adversaires tentent de le contraindre. A tel point qu'il prendrait en considération "des alternatives radicales pour éviter un nouveau délai du Brexit, comme outrepasser cette nouvelle loi", indique The Times.

"Comment le premier ministre peut-il s’extraire d’un tel piège ?", s'interroge Le Monde. Pour le journal français, "les élections semblent inévitables". "Il existerait [d'ailleurs] un autre moyen d'atteindre ce but", informe la BBC : "une nouvelle loi spécifiant la date d'une élection générale anticipée ne requerrait qu'une simple majorité, et non les deux-tiers des voix du Parlement".

Mais si elle devait se tenir, celle-ci n'aurait probablement pas lieu le 15 octobre, comme il était envisagé jusque-là, précise Le Figaro : "Boris Johnson est suspecté d’avoir dans l’idée de repousser le scrutin au dernier moment, après le 31 octobre, obligeant ainsi à une sortie sans accord".

Malgré la proposition de loi travailliste, la presse s'accorde dès lors à penser que le no deal serait un risque de plus en plus présent. Pour L'Express [avec AFP], "le gouvernement de Boris Johnson se prépare activement à ce scénario et multiplie les annonces de milliards destinés à encaisser le choc du Brexit". Si la date de sortie n'était pas repoussée, l'hypothèse d'un Brexit avec accord le 31 octobre semble, en tout cas, être "le scénario le plus improbable" à ce stade, conclut 20 minutes avec l'AFP.

 

 

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