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[Revue de presse] Réduction des émissions de CO2 : les ambitions des États membres jugées décevantes

Revue de presse 10.10.2018

Les ministres de l'Environnement de l'Union européenne se sont réunis mardi 9 octobre à Luxembourg pour voter un texte sur les normes d'émission de CO2 concernant les voitures neuves. L'objectif est de réduire les émissions de 35% d'ici 2030. Mais ce compromis laborieusement négocié fait apparaître une fracture entre les pays qui veulent protéger leurs industries, et ceux qui s'engagent davantage pour l'environnement.

Miguel Arias Canete et Elisabeth Köstinger à Luxembourg le 9 octobre

Miguel Arias Canete et Elisabeth Köstinger à Luxembourg le 9 octobre - Crédits : European Union

Un accord difficile à trouver

"Après 13 heures de négociations, nous sommes soulagés", s'est réjouie la ministre autrichienne de l’Environnement Elisabeth Köstinger citée par La Croix. Mardi 9 octobre, "à l’issue d’une longue journée de tractations [...] à Luxembourg", les ministres de l'Environnement des États membres ont abouti à un compromis sur les normes d'émissions de CO2 des véhicules neufs. L'Autriche, qui assure la présidence tournante du Conseil de l'UE jusqu'à la fin de l'année, a en effet recueilli "le vote favorable de 20 pays sur 28 pour son compromis proposant une baisse de 35% des émissions moyennes des voitures neuves en 2030", ainsi que "de 30% pour les camionnettes (par rapport à 2021)".

Mais le vote n'a pas été une mince affaire car les objectifs environnementaux sont sujets à de nombreux désaccords entre les États membres. "Les négociations entre pays européens ont été d'autant plus difficiles que l'Allemagne faisait partie d'un groupe (…) qui ne voulait pas aller au-delà d'une baisse de 30%", rapporte Europe 1. Les émissaires berlinois ont "finalement décidé de voter pour le texte proposé par Vienne". De même que la France qui "avait pourtant défendu de son côté une baisse de 40%". Face à eux, "les Pays-Bas, le Luxembourg et l'Irlande [réclament] une baisse encore plus importante" et ont "voté contre le compromis final", poursuit la chaîne de radio.

À l'inverse, "les pays de l'Est semblent soutenir la position de l'Allemagne, car ils craignent notamment que leurs marchés souffrent de nouvelles restrictions", développe Euronews. 30%, "c'est le maximum que nous pouvons faire" a affirmé Neno Dimov, le ministre bulgare de l'Environnement : "nous pensons que cela aura une influence probable sur l'ensemble de la compétitivité du marché européen", a-t-il expliqué.

Manque d'ambition

Selon le commissaire européen au Climat et à l'Énergie Miguel Arias Canete, cet accord "est un grand pas en avant dans la réalisation de nos engagements dans le cadre des accords de Paris", indique L'Obs. Mais "au lendemain de la publication du rapport des experts de l'ONU appelant à des transformations 'sans précédent' pour contenir l'emballement climatique", le groupement d'ONG Transport et Environnement "déplore des objectifs 'décevants'", rapporte l'hebdomadaire.

Pire : contrairement à ce que déclare Miguel Arias Canete, "pour respecter la trajectoire de l’accord de Paris, la réduction des émissions de CO2 des voitures devrait atteindre au moins 70% d’ici à 2030" [Le Monde], selon les calculs de l’ICCT (International Council on Clean Transportation), "l’ONG américaine qui a révélé le scandale du 'dieselgate'". Les Pays-Bas étaient "parmi les rares à exprimer leur désapprobation face au compromis européen". D'autres pays ont regretté la modestie du texte : "l'Irlande, la Slovénie, le Luxembourg, la Suède et le Danemark ont souligné leur 'déception' dans une déclaration commune", mentionne le journal.

Car si l'objectif est "plus ambitieux que celui proposé par la Commission européenne fin 2017" – une réduction de l'ordre de "30% d'émissions moyennes en 2030" –, il reste "en deçà de la baisse de 40% votée début octobre par le Parlement européen", remarque Franceinfo.

Les lobbies industriels omniprésents

Derrière ce manque d'ambition, l'influente industrie automobile. Les diplomates allemands ont ainsi tenté de réduire les objectifs environnementaux, "au grand dam de pays qui lui reprochent de céder à son industrie automobile", rapporte Libération. Pour Claude Turmes, le secrétaire d’État luxembourgeois au Développement durable, c'est "l’industrie automobile allemande qui met la politique environnementale allemande au pied du mur". Il déclare vouloir "mettre un terme" à cette situation.

De même, les pays de l'Est réticents à signer le texte "s'appuient sur le discours de l'industrie automobile, qui prévient dans son intense lobbying que des objectifs 'irréalistes' affaibliraient le secteur et par extension l'emploi" [Les Echos]. Dans une déclaration au Mondial de l'Auto de Paris, le président du directoire de PSA Carlos Tavares a ainsi lancé : "si l'Union européenne veut baisser les émissions CO2, très bien. Mais l'électrique aujourd'hui, c'est comme le bio, c'est plus cher et c'est le monopole technologique de l'Asie".

Notons enfin que le vote du 9 octobre ne signe pas la fin du processus législatif. Une phase de conciliation entre la Commission, le Conseil et le Parlement va désormais s'ouvrir en vue de dégager un objectif de réduction des émissions accepté par tous. Les délicates tractations sont par conséquent appelées à durer encore plusieurs semaines. Et les États membres mécontents du texte approuvé par le Conseil auront une autre opportunité de faire valoir leurs positions.