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[Revue de presse] Quatre capitales d'Europe centrale s’allient face aux populismes

Revue de presse 17.12.2019

Face aux atteintes à l’Etat de droit dans leur pays, les maires des capitales de Pologne, Hongrie, Slovaquie et République tchèque ont signé un pacte lundi 16 décembre. Ils entendent protéger l'ouverture et la diversité de leurs villes, mais aussi peser sur l'attribution des fonds européens.

Les maires de Bratislava, Budapest, Prague et Varsovie (de gauche à droite) étaient réunis dans la capitale hongroise lundi 16 décembre pour célébrer leur alliance - Crédits : @karacsonygergely / facebook

Les maires de Bratislava, Budapest, Prague et Varsovie (de gauche à droite) étaient réunis dans la capitale hongroise lundi 16 décembre pour célébrer leur alliance - Crédits : @karacsonygergely / facebook

"Nos voix ne peuvent être tues plus longtemps, ni chez nous, ni en Europe. Si l'un de nous est réduit au silence, les autres élèveront la voix pour lui" [The Guardian]. Par cette déclaration, le nouveau maire de Budapest Gergely Karácsony a scellé avec ceux de Prague, Varsovie et Bratislava, une "alliance des villes libres", lundi 16 décembre.

En ligne de mire : les dérives populistes ou autoritaires de leurs gouvernements. "Le pacte des maires fait écho au dénommé groupe de Visegrád", explique le Guardian. Cette alliance diplomatique avait été créée pour faciliter l'adhésion de la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie à l'Union européenne. Elle fait aujourd'hui "régulièrement l’actualité pour ses dérives en matière d’Etat de droit et de refus des valeurs européennes", rappelle de son côté Le Monde. La Pologne et la Hongrie en particulier sont visées par une procédure de l'Union européenne pour violation de l'Etat de droit.

Qu'est-ce que le groupe de Visegrád ?

Tout semble opposer ces gouvernements avec les maires de leurs capitales, qui "ont tous la quarantaine ou presque, sont des fervents défenseurs de la démocratie libérale et fermement proeuropéens", résume Le Monde. "Lors de leur conférence de presse commune, les quatre maires ont joint leurs mains à la manière de mousquetaires en costume-cravate", rapporte La Croix.

Ouverture et lutte pour le climat

"Nous venons de différents partis politiques, mais nous avons les mêmes valeurs. Nos villes sont libres, progressistes, tolérantes et surtout proeuropéennes", a vanté le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski [Le Monde]. En signant le pacte, les mairies s'engagent ainsi à promouvoir "les valeurs communes de liberté, de dignité humaine, de démocratie, d’égalité, d’Etat de droit, de justice sociale, de tolérance et de diversité culturelle". "Sans s’exprimer sur le point très sensible de l’immigration", les quatre capitales ont été unanimes pour valoriser la diversité de leurs municipalités, relève Le Monde.

"La défense d'un électorat urbain et pro-européen, opposé à des gouvernements nationaux socialement conservateurs et en faveur de politiques vertes", est au cœur du projet [Financial Times].

Gergely Karácsony, élu à Budapest en octobre sur une liste écologiste, a notamment déclaré "l'état d'urgence climatique" dans sa ville. Une position contrastant avec celle des gouvernements de Visegrád, parmi les moins enclins en Europe à relever les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique. Si la Slovaquie a adopté ceux de la nouvelle Commission européenne, comme la neutralité carbone en 2050, ce n'est que le 12 décembre dernier que "la Hongrie et la République tchèque ont fini par s’y rallier", rappelle La Croix. "Mais pas encore la Pologne, qui continue de demander des contreparties budgétaires".

Rediriger les fonds européens

Ces capitales ne comptent pas uniquement sur leur bonne volonté pour mettre en œuvre leur pacte. Les quatre maires avaient aussi une demande très pragmatique : "plus de fonds européens versés directement aux villes", rapporte Le Monde. Ceux-ci "plaident pour un agenda domestique pro-européen et des solutions sur mesure à Bruxelles, dans des domaines qui incluent l'environnement, l'emploi et l'économie", selon les propos de M. Karácsony, rapportés par le Financial Times.

Le Monde explique qu'à "Budapest, comme à Varsovie ou à Prague, les municipalités assurent être privées de ces subsides par leurs gouvernements en raison de leur positionnement politique". Les mairies souhaiteraient ainsi que "Bruxelles les aide à contourner leurs gouvernements nationaux et dirige les fonds vers les villes, plutôt que de les voir se disperser à l'échelle nationale" [Financial Times].

La Commission européenne, soutenue par plusieurs pays dont la France et l'Allemagne, voudrait par ailleurs "conditionner le versement des fonds de cohésion au bon respect des normes démocratiques inscrites dans les traités", souligne La Croix. La Pologne et la Hongrie seraient alors directement menacées.

Figures de l'opposition

Au-delà du geste politique, l'initiative met en lumière une opposition qui a parfois des difficultés à se faire entendre. Au sein des quatre pays du groupe de Visegrád, "la résistance locale est réelle, même si elle est bien souvent encore minoritaire au niveau national", fait savoir Le Monde.

Une opposition qui n'aurait pas été possible il y a encore quelques années. "Le maire de Varsovie Rafał Trzaskowski a été élu en 2018" en battant un rival du parti Droit et Justice au pouvoir [Deutsche Welle]. Tandis que "Bratislava est menée par Matúš Vallo, un architecte et leader d'un groupe de rock populaire, qui a remporté le siège de maire comme indépendant en novembre 2018", indique la Deutsche Welle. Et que "le maire de Prague Zdeněk Hřib a été élu le même mois et représente le Parti pirate", poursuit le média allemand. En Hongrie, le maire écologiste de Budapest Gergely Karácsony est "de facto devenu dans l’opinion la plus grande figure d’opposition du pays", selon La Croix.

De leur côté, les pouvoirs centraux pourraient trouver des moyens de limiter les capacités d'action de cette opposition émergente. "La coalition dirigeant la Hongrie a approuvé la semaine dernière une législation restreignant le pouvoir des municipalités et des partis d'opposition au Parlement", relève ainsi le Financial Times.

 

 

 

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