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[Revue de presse] Pologne : forte mobilisation de la rue pour la défense du droit à l'avortement

Revue de presse 28.10.2020

Depuis l'annonce du Tribunal constitutionnel d'une interdiction quasi-totale de l'avortement le 22 octobre, la Pologne connait des manifestations sans précédent, malgré l'interdiction des rassemblements liée à la pandémie de Covid-19.

Des Polonais manifestent dans un important nombre de villes du pays. Ici à Gdańsk le 24 octobre. La pancarte porte l'inscription "L'enfer des femmes" - Crédits : Lukasz Katlewa / Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0

Des Polonais manifestent dans un important nombre de villes du pays. Ici à Gdańsk le 24 octobre. La pancarte porte l'inscription "L'enfer des femmes" - Crédits : Lukasz Katlewa / Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0

"Depuis le 22 octobre, des dizaines de milliers de jeunes Polonais bravent l’interdiction de se rassembler et manifestent quotidiennement dans de nombreuses villes du pays", note Ouest-France. La Pologne connait en effet depuis six jours des rassemblements d'une ampleur sans précédent depuis la délégalisation quasi-totale de l'IVG par le Tribunal constitutionnel. Pendant le week-end, "les manifestants de plusieurs villes ont organisé des piquets de grève et, dans certains cas, ont perturbé les services religieux", relate The Guardian. Ce mardi 28 octobre, un appel à la grève générale sur Facebook a justement été lancé "pour le mercredi 28 octobre afin de bloquer le pays et amplifier le mouvement de contestation", explique France 24.

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Le Premier ministre conservateur polonais Mateusz Morawiecki a pris la parole mardi 27 octobre pour défendre cette restriction de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en assurant que "ce jugement [était] tout à fait conforme à la constitution polonaise" [Politico]. Il a également appelé à mettre fin à l'escalade de la violence des manifestations. "Ce qui se passe dans l'espace public, ces actes d'agression, de barbarie, de vandalisme sont absolument inacceptables", a-t-il déclaré à la presse [France info].

Des manifestants préoccupés par l'état de droit

Les demandes des manifestants dépassent maintenant la simple défense du droit à l'avortement. "Si l’accès à l’avortement a été le point de départ de la contestation, les revendications des manifestants vont maintenant plus loin : restaurer l’indépendance de la justice, mettre fin à l’influence de l’Eglise sur la politique", détaille RFI.

En effet, la contestation accuse le parti au pouvoir d'utiliser des "tribunaux asservis afin d'obtenir ce qu'il ne peut pas faire sur le plan législatif", explique The New York Times. "L'interdiction de l'IVG n'a pas pu passer par un vote démocratique au Parlement car chaque tentative se soldait par des mobilisations importantes des femmes", explique Joanna Lasserre, présidente de l'Association de défense de la démocratie en Pologne (ADDP) [France 24].

La légitimé du Tribunal constitutionnel est ainsi mise en cause  par les manifestants. Le parti conservateur Droit et justice (PiS) avait en partie purgé l'institution "peu après son arrivée au pouvoir en 2015, en renvoyant des juges encore en exercice", fait savoir France 24. Une décision qui avait à l'époque déclenché une procédure de l'Union européenne contre Varsovie pour non-respect des règles garantissant l'état de droit.

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Le poids de l'Eglise remis en cause

Outre la défense de l'état de droit, les manifestants mettent en question le poids de l'Eglise catholique dans les décisions prises par l'exécutif polonais. Car "depuis son retour au pouvoir en 2015, le parti de droite radicale PiS avait plusieurs fois tenté de durcir la loi sur l’avortement", mais n'y était pas parvenu face à l'ampleur des protestations, rappelle Ouest-France. En faisant reposer la décision sur les juges, "le PiS voulait éviter d’assumer le coût politique d’une décision, très impopulaire, mais réclamée de longue date par les évêques en échange de leur soutien électoral", poursuit le quotidien.

Et les protestataires ne s'y sont pas trompés, indique Ouest-France. Visant non seulement le PiS, ils se sont aussi rendus à proximité des églises ou à l'intérieur, tenant des pancartes avec des "slogans comme 'Pologne laïque, pas catholique', 'Occupez-vous du corps du Christ' ou encore 'C'est la guerre'".

 

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