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[Revue de presse] Pacte migratoire de l'ONU : intox et oppositions politiques divisent l'Europe

Revue de presse 06.12.2018

Entre fausses informations et divisions politiques, le pacte des Nations unies sur les migrations, qui doit être signé le 10 décembre à Marrakech, n'en finit pas de secouer l'Europe. En France, la polémique enfle dans le contexte de la crise des Gilets jaunes. Tandis qu'en Belgique, le texte est susceptible de faire tomber le gouvernement.

L'ONU à Genève

L'ONU à Genève - Crédits : MarkB1985 / iStock

Intox en série sur internet

Le 10 décembre à Marrakech, la France ainsi que la plupart des pays membres de l'Organisation des Nations unies (ONU) vont signer un pacte sur la migration, préparé depuis plusieurs mois. Mais le texte en question fait polémique, notamment sur internet : "sur les réseaux sociaux, depuis quelques jours, de nombreux statuts et vidéos affirment que la France pourrait passer sous administration de l'ONU, ou, plus simplement, perdre sa souveraineté en matière d’immigration" relate France Inter.

Une intox propagée en France par la crise des Gilets jaunes, indique Le Monde et également relayée par une partie du monde politique, à l'instar d'Annie Genevard, secrétaire générale du parti Les Républicains, selon qui "ce pacte instaure un véritable droit à la migration" [L'Obs]. En résumé, "selon ses détracteurs, ce pacte permettrait à des 'flots d'immigrés' de débarquer en France", rapporte Le Progrès.

Dans les faits, décrypte L'Obs, le texte recense simplement "des principes (défense des droits de l'Homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale) et une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations, en facilitant l'information, l'intégration des migrants, l'échange d'expertises". Autant de dispositions non contraignantes, que les États ne seront in fine pas obligés de mettre en œuvre [Le Progrès].

"Adopté à New York en juillet par tous les pays membres de l’organisation, à l’exception notable des États-Unis", ce sont les États européens qui avaient initié son écriture, rappelle François Gemenne, interrogé par Le Progrès. Car ces derniers "souhaitaient une approche plus coordonnée des migrations pour ne pas revivre le chaos de 2015".

La Bulgarie et d'autres pays ne signeront pas le pacte

Malgré cela, certains pays du Vieux continent refusent aujourd'hui d'adhérer au pacte. Parmi eux, la Bulgarie, qui "a décidé [mercredi 5 décembre] de ne pas adhérer au pacte de l'ONU sur les migrations et de ne pas participer à la conférence intergouvernementale à Marrakech les 10 et 11 décembre", note Le Figaro. Le pays, explique le quotidien, "est dirigé par un gouvernement de coalition entre le parti conservateur du Premier ministre Boïko Borissov et plusieurs formations nationalistes opposées au document des Nations unies".

Plus généralement, le pacte fait l'objet de critiques dans les pays où "les gouvernements défendent une ligne dure en matière de politique d'asile et d'accueil des migrants", ajoute la RTBF (Belgique). Ainsi, à la suite des Etats-Unis, "plusieurs pays dont l'Autriche, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque, ainsi qu'Israël et l'Australie" ont tous "annoncé qu'ils ne signeraient pas le document international". Quant à l'Italie, précise Le Progrès, la ratification a été gelée et suspendue à un vote du Parlement. La Belgique enfin est en proie à une violente opposition interne sur la question.

Nouvelle crise gouvernementale en Belgique ?

Comme le rapporte Le Monde, le pacte de ONU sur la migration est à l’origine de "tensions au sein de la coalition de quatre partis" qui gouverne le pays depuis 2014. Plus exactement, trois de ces partis, "dont le Mouvement réformateur du Premier ministre, approuvent ce texte", tandis que le "quatrième, la puissante Alliance néoflamande (N-VA, nationaliste), s’y oppose farouchement". Pour éviter l'implosion de son gouvernement, le chef du gouvernement Charles Michel "a usé ces derniers jours de toutes les techniques pour sauver sa majorité".

Mais malgré cela, l'exécutif belge "n’a sans doute jamais été aussi proche de la rupture", écrit L'Echo (Belgique). Pour le quotidien francophone, le gouvernement ne subsiste que pour une unique raison : "personne ne souhaite une chute du gouvernement suivie d’élections anticipées qui mettraient à terre l’image d’un exécutif gestionnaire et responsable".

Cela n'a toutefois pas empêché le président du N-VA, lundi 3 décembre, de menacer "de retirer son soutien au gouvernement" si M. Michel se rendait à Marrakech, rapporte Libération. Pour le quotidien, "le gouvernement belge ne s’attendait pas à une telle impasse", et semble au pied du mur : "après avoir échoué à trouver une solution, le Premier ministre a choisi mardi [4 décembre] d’en appeler au Parlement qui devra trancher le sujet".