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[Revue de presse] Otan : regain de tensions entre Paris et Ankara quelques jours avant le sommet de l'organisation

Revue de presse 29.11.2019

Le président français a reçu Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'OTAN, à l'Elysée jeudi 28 novembre. Une rencontre au cours de laquelle Emmanuel Macron a assumé ses propos polémiques sur la crise existentielle que traverserait l'organisation. Critiquant l'intervention turque en Syrie, le chef de l'Etat s'est attiré les foudres d'Ankara, cinq jours avant un sommet de l'Alliance atlantique qui s'ouvrira à Londres le 3 décembre.

Emmanuel Macron et le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, à l'issue de leur conférence de presse conjointe le 28 novembre à l'Elysée - Crédits : OTAN

Emmanuel Macron et le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, à l'issue de leur conférence de presse conjointe le 28 novembre à l'Elysée - Crédits : OTAN

"Aplanir les 'divergences', calmer les tensions" : tel était l'objectif de la rencontre entre Emmanuel Macron et Jens Soltenberg, jeudi à Paris, selon France 24 avec l'AFP. Trois semaines après des propos polémiques du chef d'Etat français, Emmanuel Macron déplorant dans The Economist la "mort cérébrale" de l'OTAN, ce dernier "persiste et signe" [Les Echos]. Le chef de l'Etat français se félicite même "d'avoir levé les ambiguïtés" et relancé le dialogue sur l'état de l'organisation [L'Express avec l'AFP].

"Initialement censé marquer le soixante-dixième anniversaire de l'Alliance" [Financial Times], le sommet qui s'ouvrira à Londres le 3 décembre prochain sera probablement le théâtre d'une "discussion stratégique sur [son] avenir", voulue par Emmanuel Macron, expliquent Les Echos.

L'intervention turque encore dans les esprits

"La grande question qui inquiète Américains et Européens" reste "celle de la solidarité entre alliés", poursuivent Les Echos. Une question qui se pose de nouveau depuis le retrait américain de la Syrie, suivi presque immédiatement de l'offensive turque contre les forces kurdes dans le nord du pays, a estimé le président français jeudi 28 novembre [Financial Times]. "On ne peut pas dire d’un côté que nous sommes alliés, exiger à cet égard de la solidarité, et de l’autre mettre ses alliés devant le fait accompli d’une intervention militaire qui met en péril l’action de la coalition contre Daech dont l’OTAN, je le rappelle, est membre", a ainsi regretté Emmanuel Macron, cité par le Financial Times.

Ces commentaires sur l'intervention turque n'ont pas été appréciés à Ankara. Réagissant aux propos d'Emmanuel Macron, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu a qualifié le leadership du chef d'Etat français de "vacillant" [Euronews avec Reuters]. Lui reprochant sa rencontre  avec Jihane Ahmed, porte-parole des Forces démocratiques syriennes (FDS) le jour même de l'offensive, il l'a accusé d'être "le parrain d'une organisation terroriste qu'il reçoit constamment à l'Elysée", rapporte Le Figaro avec Reuters. Les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), membres des FDS, sont en effet qualifiés de "terroristes" par le gouvernement d'Ankara.

Le refus de l'OTAN de partager ce point de vue à l'égard des combattants kurdes est à l'origine d'un second foyer de tensions avec la Turquie, qui bloque en représailles les plans de défense de l'Alliance en Europe de l'Est, fait savoir le Financial Times. "Ce qui est demandé pour [protéger] les pays baltes devrait aussi nous être accordé", a ajouté le chef de la diplomatie turque, rapporte le quotidien britannique.

Mettre de côté les différends

Si les désaccords avec la Turquie sont pour le moins nombreux, elle reste néanmoins un membre clé de l'organisation. Emmanuel Macron a ainsi prévu une réunion "à quatre avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan, Angela Merkel et Boris Johnson", à l'occasion du sommet de l'Alliance, indique L'Express. "Il est important que nous puissions nous réunir et nous coordonner [pour] ramener la Turquie à des positions plus raisonnables", déclarait-il le 18 octobre dernier [Ouest France avec l'AFP].

Une autre rencontre est prévue avec le président américain, critique de l'organisation depuis son arrivée au pouvoir. Emmanuel Macron "a regretté que les précédents sommets se soient pleinement concentrés sur comment réduire la charge financière des Etats-Unis", explique le Financial Times. L'idée est donc de mettre les désaccords de côté, pour pouvoir se concentrer sur les "objectifs stratégiques" de l'OTAN, cite France 24 avec l'AFP, et "les défis concrets". "Je souhaite donc que nous ayons une véritable discussion entre alliés sur notre engagement concret dans la lutte contre le terrorisme", affirme notamment à cet égard le président français [Euronews].

Il estime en effet que les objectifs aujourd'hui poursuivis par l'OTAN doivent être révisés. "Depuis 1949, [le monde] a changé après la chute du mur de Berlin et la dissolution du pacte de Varsovie", constatent Les Echos. Pour Emmanuel Macron, l'ennemi de l'organisation n'est plus la Chine, ni la Russie avec laquelle il "assume d'avoir relancé la 'dynamique d'un dialogue'", ajoute le quotidien.

Ce changement d'approche à l'égard de la Russie ne fait pas l'unanimité parmi les membres de l'Alliance : le ministre des Affaires étrangères lituanien, Linas Linkevičius, considère que "battre en retraite (…) serait vu comme un signe de faiblesse", et a "recommandé aux dirigeants de l'OTAN de ne pas chercher de rapprochement avec la Russie sans changement d'attitude de Moscou, en particulier en Ukraine" [Financial Times].

"L'ennemi commun est le terrorisme qui a frappé chacun de nos pays", insiste toutefois Emmanuel Macron, qui souhaite par exemple "une 'plus grande implication' des alliés au Sahel", au lendemain de la mort de 13 soldats français au Mali [Les Echos].

Quelle réforme de l'OTAN ?

Revoir les objectifs de l'OTAN implique également de remettre en question son fonctionnement. Et l'Europe doit y avoir sa place : "Emmanuel Macron a souhaité que l'Europe soit associée à toute définition d'un nouveau traité" sur la non-prolifération des forces nucléaires intermédiaires (FNI), expliquent Les Echos, alors que le précédent accord avait été abandonné par les Etats-Unis et la Russie. Et l'Europe prend les devants dans cette volonté de refonte : malgré les réserves d'Angela Merkel quant aux propos tenus par le président français, "Paris et Berlin ont déjà proposé, le 20 novembre, la mise en place d'un comité d'experts destiné à renforcer le processus politique au sein de l'OTAN", rappelle L'Express.

"Des efforts [seront faits] pour 'moderniser' le traité", a rassuré le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, pour qui l'OTAN reste "forte". "Il a maintenu qu'il était naturel pour les 29 membres d'avoir leurs différences" [Euronews]. Il a toutefois insisté sur le fait que "l'unité européenne ne saurait remplacer l'unité transatlantique" et que "l'Union européenne seule 'n'est pas à même de défendre l'Europe'", rapporte L'Express. "Les deux sont les faces d'une même médaille", considère Jens Stoltenberg.

 

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