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[Revue de presse] ONU : l'Allemagne propose que la France cède son siège au Conseil de sécurité à l'UE

Revue de presse 29.11.2018

La composition du Conseil de sécurité des Nations unies, qui date de 1945, est un thème récurrent de la diplomatie allemande. Pour le vice-chancelier Olaf Scholz, la France devrait céder son siège permanent à une représentation européenne. Une proposition difficilement acceptable pour Paris et extrêmement complexe sur le plan juridique.

 

 

Séance au Conseil de sécurité

Séance au Conseil de sécurité - Crédits : U.S. Department of State / Flickr

Un siège pour l'Union européenne au Conseil de sécurité

"Si nous prenons l'Union européenne au sérieux, l'UE devrait également parler d'une seule voix au sein du Conseil de sécurité des Nations unies". L'affirmation du vice-chancelier allemand Olaf Scholz, relate BFMTV, lancée "lors d'un discours sur l'avenir de l'Europe tenu à Berlin" le 28 novembre, n'a pas manqué de faire réagir dans l'Hexagone. Car selon le ministre social-démocrate de l'Économie, "à moyen terme, le siège de la France pourrait être transformé en siège de l'UE".

C'est une critique récurrente adressée aux Nations unies : le Conseil de sécurité, organe suprême de l'institution, est organisé selon l'ordre du monde en 1945. De nombreux pays demandent aujourd'hui que la répartition de la puissance, et notamment au travers des membres permanents qui possèdent un droit de veto, soit réévaluée pour s'adapter au monde actuel. Ainsi, en Allemagne, "ce n'est pas la première fois que ce sujet revient sur la table", commente le Huffington Post. "Le débat sur une réforme de la composition de ce forum-clé des Nations unies, né après la Deuxième Guerre mondiale", est porté par Berlin depuis longtemps.

Cette question du siège français, "relancée de manière spectaculaire et controversée", estime Le Progrès, est une réponse aux critiques récentes de la France, qui accuse l'Allemagne "d’être trop timorée sur la relance de l’Europe face aux propositions françaises". "Le président français Emmanuel Macron a ainsi de plus en plus de mal à cacher son impatience à l’égard de l’Allemagne", rappelle le journal régional. Par conséquent, proposer que l'Union européenne siège au Conseil de sécurité serait une preuve de l'engagement allemand dans l'approfondissement du projet européen.

Et pour tenter de faire accepter cette idée à la France, Olaf Scholz va plus loin en proposant qu'"en contrepartie, le poste distinct de chef de la délégation de l’Union européenne auprès des Nations unies [revienne] de manière permanente à un Français" [Le Dauphiné Libéré]. "Je suis bien conscient qu’il y a encore un certain travail de conviction à faire à Paris", a-t-il cependant concédé, prévoyant le haro français.

Vives réactions en France

Gérard Araud, actuel ambassadeur de France aux États-Unis et ancien représentant permanent de la France aux Nations unies, oppose à cet égard plusieurs arguments d'ordres juridique et politique à la proposition de M. Scholz. "Les seuls membres des Nations unies sont des États : l’UE n’en est pas un", a-t-il ainsi écrit dans un tweet cité par Marianne. De plus, "les membres permanents [du Conseil de sécurité] sont désignés par la Charte" de l'institution, or l'"amender est politiquement inconcevable".

Pour Le Monde, la proposition allemande a en effet "peu de chances d’aboutir", même si elle est "régulièrement mise en avant depuis plusieurs années". Elle serait même plutôt de nature à "irriter – le mot est faible – de ce côté-ci du Rhin", notamment chez les plus souverainistes, notent Les Echos.

À droite, Nicolas Dupont-Aignan a par exemple été prompt à s'interroger, sur Twitter, sur le degré de "faiblesse et de soumission de la France" pour qu'un "simple ministre allemand ose exiger" l'abandon de son siège au Conseil de sécurité. Dans la même mouvance et toujours sur Twitter, le poids lourd du Rassemblement national Louis Aliot a qualifié la proposition d'Olaf Scholz de "provocation inacceptable" qui "en dit long sur les intentions de notre partenaire européen". Plus lapidaire et policé, à gauche, Jean-Luc Mélenchon a considéré la demande allemande "inacceptable" [Les Echos]. Le président de la République, quant à lui, "ne s'est pour l'heure pas encore prononcé sur la question", précise Marianne.

Dans l'attente d'une éventuelle réaction positive de la part de l'Élysée, l'Allemagne occupera justement "l’un des dix sièges de membres non permanents", à compter de 2019 et pour un mandat de deux ans, souligne Sud-Ouest. Et comme pour illustrer la viabilité de la proposition en montrant l'exemple, le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a déclaré : "nous interpréterons notre siège au Conseil de sécurité des Nations unies d’une manière européenne".