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[Revue de presse] OMC : les Etats-Unis autorisés à taxer des produits européens, l'UE prête à négocier

Revue de presse 03.10.2019

Par une décision historique, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a jugé illégales les aides perçues par l'avionneur Airbus de quatre pays européens, autorisant les Etats-Unis à répliquer par des taxes. L'Union européenne souhaite négocier pour éviter une nouvelle guerre commerciale.

 

 

Le long-courrier Airbus A350, subventionné illégalement par l'Europe selon l'OMC - Crédits : Julian Herzog / Wikimedia Commons

Le long-courrier Airbus A350, subventionné illégalement par l'Europe selon l'OMC - Crédits : Julian Herzog / Wikimedia Commons

"La décision était attendue, elle n’en est pas moins douloureuse" : c'est ainsi que l'hebdomadaire économique Challenges analyse, mercredi 2 octobre, la décision de l'OMC d'autoriser les Etats-Unis à taxer de nouveau certaines importations de l'Union européenne. En cause, des subventions illégales accordées au constructeur aéronautique Airbus par quatre pays européens : France, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni. Le montant des sanctions est historique : elles culminent à 7,5 milliards de dollars (soit environ 6,9 milliards d'euros). "Un record", selon Le Monde. En effet, "jamais depuis sa création, en 1995, [l'OMC] n’avait imposé de telles sanctions commerciales", poursuit le quotidien français.

"La bataille juridique entre Airbus et Boeing devant l'OMC a débuté il y a 15 ans, lorsque Washington a déclaré caduc un accord américano-européen de 1992 régissant les subventions dans le secteur aéronautique", explique France 24 avec l'AFP. L'organisation arbitrant le commerce international a donc jugé que oui, "le géant européen bénéficie d’un soutien financier illégal - [notamment] sous la forme de taux d’intérêt préférentiels accordés par la France et l’Espagne, dans le cadre des aides remboursables au programme A350" [Le Figaro]. Il s'agit de plus d' "une décision définitive, qui ne peut pas être contestée par Bruxelles", précise Le Monde.

Aux Etats-Unis, la réaction ne s'est pas faite attendre. "'C'est une grande victoire pour les États-Unis', s'est félicité Donald Trump", rapporte La Croix. Le président américain a annoncé les sanctions contre l'UE quelques heures seulement après la décision de l'OMC, précise La Libre.

Des taxes sur les avions, mais aussi sur des produits agricoles

"Les États-Unis vont ainsi imposer dès le 18 octobre des droits de douane de 10 % sur les avions et de 25 % sur d'autres produits industriels et agricoles importés de l'Union européenne", rapporte France 24.

Les ventes du groupe Airbus aux Etats-Unis sont logiquement les premières visées par ces sanctions. Ainsi, "Airbus craint un renchérissement de son moyen-courrier le plus vendu au monde, l’A320neo" [Le Monde]. Les avions cargo seront aussi concernés, de même que les hélicoptères civils, dont Airbus est le leader mondial via sa filiale Airbus Helicopters. En revanche, "les taxes ne devraient pas s’étendre à toute la gamme d’Airbus", selon une information du Monde, ni aux pièces détachées. "Cela permettra à Airbus de continuer à produire au même coût dans son usine d'Alabama mais profitera aussi à Boeing, qui utilise des pièces détachées européennes", analyse France 24.

Plus largement, une "liste de 150 catégories de produits qui seront surtaxés" a également été dévoilée par le gouvernement américain [Les Echos]. Elle vise particulièrement la France, l'Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni, soit "les quatre pays à l'origine des subventions illégales" [France 24]. Y figurent "le vin français, le fromage italien ou le whisky écossais", ou encore "le café allemand, les vêtements en laine fabriqués au Royaume-Uni". "Le vin italien, lui, est épargné", relève France 24.

L'Europe prête à négocier

Face à ces difficultés, les Européens semblent privilégier la diplomatie et les négociations. Ainsi, la direction d'Airbus appelle à "une solution négociée" [France 24], quand le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire propose "une résolution à l'amiable" [Le Monde].

Il faut dire que les soutiens d'Airbus ont encore quelques cartes en main. L'avionneur américain Boeing est également accusé d'avoir "bénéficié de crédits d’impôt, assimilables à des subventions, pour un montant équivalent à 18 milliards de dollars", explique Le Monde. Une décision de l'OMC sur ce cas est attendue au printemps, et "on sait déjà qu’elle permettra aux Européens d’imposer des sanctions aux Américains" [Le Figaro]. Une solution suggérée par la Commission européenne serait "que les deux parties renoncent à leur droit d’imposer des sanctions et se lancent dans des négociations au niveau international pour résoudre la question des subventions dans le secteur aéronautique", avance Le Figaro.

Dans les faits, "les sanctions de l’OMC sont rarement appliquées", explique Le Figaro.  "Son objectif n’est pas tant de sévir que de rapprocher les points de vue afin de faciliter un compromis, tout en incitant à se conformer aux règles de la concurrence", note le journal.

Commerce international : quelles relations entre l'Union européenne et l'OMC ?

Mauvaise nouvelle pour l'économie mondiale

Le jugement de l'OMC s'inscrit dans un contexte de regain de tensions dans le commerce international. Si ce dernier trouve son origine dans le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine, l'Union européenne n'a pas tardé à être impliquée, quand le président américain  "[Donald] Trump a imposé des droits de douane sur l'acier et l'aluminium européen l'an dernier", explique le New York Times.

Pour la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström, "nous avons déjà trop de droits de douane dans le monde, il serait donc regrettable de faire cela", [The New York Times]. En conséquence, "l’OMC n’espère plus qu’une hausse des échanges de marchandises de 1,2 % en 2019, contre 2,6 % attendus jusqu’ici", rapporte Le Monde.

Le secteur aéronautique se montre également anxieux. "Personne ne sera gagnant. Airbus ne pourrait plus vendre aux compagnies américaines, qui risquent de refuser de prendre livraison des appareils commandés (925 au total) dont le prix aurait soudainement doublé", prévient Le Figaro. Boeing n'est pas non plus en meilleure position "après le double accident des 737 MAX provoqué par des défauts de conception et qui a cloué au sol ces appareils" [Le Monde]. "Or, des centaines de Max doivent être livrés en Europe, notamment à Ryanair (210 commandes)", complète Le Figaro.

Des répercussions se font déjà sentir, puisque les compagnies aériennes américaines Delta, United et American ont perdu environ 5 % en Bourse mercredi [Capital], et que les actions d'Airbus et de Boeing ont perdu chacune 2% aux bourses de Paris et à Wall Street [The New York Times].

"À force de se tailler des bourres, Airbus et Boeing vont finir par faire le jeu des Chinois. Ce n’est pas très malin", conclut Pascal Lamy, ancien directeur général de l'OMC, au micro de France info.

 

 

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