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[Revue de presse] Offensive turque en Syrie : des réactions européennes peu dissuasives

Revue de presse 22.10.2019

A l'issue du cessez-le-feu ce mardi 22 octobre, la Turquie risque de reprendre son offensive militaire contre les combattants kurdes en Syrie. Si l'Union européenne a largement condamné l'opération militaire, elle peine à prendre des mesures ayant un réel impact sur la situation.

L'offensive turque en Syrie vise les combattants kurdes du YPG, engagés ces dernières années contre Daesh (ici en 2016) - Crédits : Kurdishstruggle /Flickr

L'offensive turque en Syrie vise les combattants kurdes du YPG, engagés ces dernières années contre Daesh (ici en 2016) - Crédits : Kurdishstruggle /Flickr

C'est une "déroute turque" pour "Paris et Bruxelles". Voilà les mots du journaliste Marc Semo [Le Monde] à propos des tentatives diplomatiques européennes face à l'offensive militaire de la Turquie contre les forces kurdes en Syrie.

Par cette intervention, déclenchée le 9 octobre 2019, la Turquie réclame l'évacuation par les forces kurdes d'une bande de terre profonde de 30 kilomètres en Syrie le long de sa frontière.

Le territoire syrien concerné, aussi appelé Rojava, était jusqu'alors contrôlé par les Unités de protection du peuple (YPG), considérées par Ankara comme des terroristes [Euractiv] mais par l'Union européenne comme des alliées, au regard de leur rôle décisif dans la lutte contre l'organisation Etat islamique (Daesh).

Alors qu'un cessez-le-feu, négocié entre les Etats-Unis et la Turquie, doit prendre fin ce mardi 22 octobre à 22 heures (heure locale), le président turc Recep Tayyip Erdogan a réitéré des menaces vis-à-vis des combattants kurdes : "Dès que le délai de 120 heures expirera, nous reprendrons là où nous nous étions arrêtés et continuerons à écraser les têtes des terroristes", a-t-il déclaré [Le Figaro].

Le président turc s'en est également pris aux pays européens, qu'il accuse de soutenir les "terroristes", pour avoir condamné l'offensive turque. "Vous arrivez à y croire ? Tout l'Occident s'est rangé aux côtés des terroristes et ils nous ont attaqués tous ensemble. Parmi eux, les pays de l'OTAN et les pays de l'Union européenne. Tous", a-t-il affirmé [L'Orient-Le Jour].

Une condamnation européenne…

"Plus tôt dans le mois, l'Union européenne a [en effet] demandé à la Turquie de stopper son opération militaire contre les combattants kurdes dans le nord de la Syrie, annonçant à Ankara que l'Union ne soutiendrait aucune soi-disant 'zone sûre' qui serait créée", explique Euractiv. Plus tard, les pays de l'UE, réunis en Conseil européen, ont "exhorté la Turquie à se retirer de la région", ajoutant que "l'opération militaire 'cause des souffrances humaines inacceptables, sape la lutte contre Daesh et menace lourdement la sécurité européenne'" [Forbes].

Plus concrètement, les Etats membres se sont mis d'accord pour limiter les exportations d'armes européennes vers la Turquie, mais ont échoué à mettre en place un embargo. L'Union s'est également prononcée pour introduire une "liste de sanctions potentielles" contre des forages gaziers et pétroliers trucs illégaux près de Chypre [Forbes].

Plusieurs initiatives nationales ont également émergé. Lundi 21 octobre, la ministre allemande de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer a proposé "la création d'une zone de sécurité dans le nord de la Syrie pour protéger les civils déplacés et s'assurer que la lutte continue contre les milices de l'Etat islamique", rapporte Euractiv. Le contrôle de cette zone inclurait "la Turquie et la Russie", et pourrait même conduire la République fédérale à engager des soldats en Syrie, "une première" au Moyen-Orient.

Côté français, le président Emmanuel Macron "a souligné lundi, lors d'un entretien téléphonique avec son homologue russe Vladimir Poutine, 'l'importance de la prolongation du cessez-le-feu' dans le nord-est de la Syrie, ainsi que d'une 'sortie de crise par des moyens diplomatiques'", relève L'Orient-Le Jour.

…mais sans conséquences

Toutefois, ces prises de parole et initiatives européennes semblent avoir peu d'effet sur la politique militaire de la Turquie. Une limitation des exportations d'armes "importe un peu, mais pas tant que ça", avance Asli Aydıntaşbaş du think tank Conseil européen des relations internationales, interrogée par Forbes. "Ce qui importe seulement pour Erdogan est sa relation avec Donald Trump, et pas le Congrès américain ni l'Europe", poursuit-elle, ce qui aurait permis au président américain d'obtenir le cessez-le-feu actuel.

De plus, l'Union européenne se retrouve contrainte en raison de l'accord obtenu avec la Turquie en 2016 sur les migrants, juge Le Figaro. Celui-ci prévoit qu'Ankara retienne migrants et réfugiés sur son sol en échange de plusieurs milliards d'euros. Récemment, le président turc a menacé "d'ouvrir les portes et d'envoyer 3,6 millions de réfugiés [en] direction" de l'Europe, si son opération militaire était qualifiée d'invasion. Le président du Conseil européen Donald Tusk a répondu que l'UE "n'acceptera[it] jamais que les réfugiés soient […] utilisés pour faire du chantage contre nous". Mais le terme "d'action militaire unilatérale" a finalement été préféré à celui d'invasion, observent deux auteures d'une tribune publiée par The Independent.

Ces deux auteures, Maya Thomas-Davies et Lorraine Leete, membres d'une ONG d'aide aux migrants sur l'île de Lesbos, pointent du doigt une situation paradoxale : "si quelques-uns des centaines de milliers de civils déplacés par la guerre en Turquie dans le Rojava cherchent l'asile en Europe, l'accord UE-Turquie les menacera de déportation dans le pays responsable de leur exil".

L'Union européenne peut ainsi sembler démunie sur le plan politique. "Toute décision significative, comme celle de sanctions, implique une unanimité de fait impossible, même si les Vingt-Huit ont condamné en commun l’offensive turque", indique Le Monde. De même, "il n’y a dans l’OTAN aucune procédure permettant l’exclusion d’un membre de l’Alliance", relève Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, interrogé par le journal. "Les Européens oublient néanmoins qu’ils ont aussi des moyens de pression – dont la politique de visas et de libre circulation, le commerce, les négociations sur l’élargissement – et qu’ils peuvent eux aussi établir un rapport de forces", conclut-il.

 

 

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