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[Revue de presse] Nucléaire iranien : Téhéran recule encore sur l'accord, l'Europe peine à réagir

Revue de presse 06.11.2019

L'Iran a annoncé intensifier sa production d'uranium enrichi, mardi 5 novembre. Portant un nouveau coup à l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien, sérieusement fragilisé par le retrait des Etats-Unis en mai 2018, cette décision a suscité de vives réactions de la part de la communauté internationale. L'Europe, qui souhaite jouer les médiateurs, assiste impuissante à l'escalade des tensions entre Washington et Téhéran.

La Haute Représentante de l'Union pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, et le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Djavad Zarif, lors d'une conférence de presse en 2016 - Crédits : Francois Walschaerts / Flickr European External Action Service CC BY-NC 2.0

La Haute Représentante de l'Union pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, et le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Djavad Zarif, lors d'une conférence de presse en 2016 - Crédits : Francois Walschaerts / Flickr European External Action Service CC BY-NC 2.0

Rien de nouveau sous le soleil de Téhéran : "c'est la quatrième phase du plan de réduction des engagements iraniens lancé en mai, en riposte au retrait américain", rappelle La Croix avec l'AFP. Cette nouvelle provocation iranienne constitue une remise en cause de l'accord conclu à Vienne en 2015 "avec le Groupe 5+1 (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne)". Un accord par lequel Téhéran avait "accepté de réduire drastiquement ses activités nucléaires - afin de garantir leur caractère exclusivement civil - en échange de la levée d'une partie des sanctions internationales qui asphyxiaient son économie", rappelle L'Express avec l'AFP.

Mais depuis le retrait des Etats-Unis de cet accord, le 18 mai 2018, la République islamique d'Iran a en effet relancé plusieurs de ses programmes nucléaires auxquels l'accord avait mis un terme. "Depuis mai, l'Iran a commencé à enrichir de l'uranium à un degré supérieur au plafond prévu par l'accord de Vienne", poursuit La Croix. Une "riposte au retrait américain" de l'accord en mai 2018, et au retour des sanctions étasuniennes, qui étouffent l'économie iranienne et bloquent ses exportations.

Cette nouvelle violation des engagements internationaux de l'Iran a fait s'élever des voix partout dans le monde, en particulier en Europe. Mais les Européens, sur qui Téhéran "entend faire pression" [Franceinfo avec l'AFP] pour qu'ils l'aident à contourner les sanctions américaines, ont bien du mal à faire entendre leur voix. Cherchant à jouer les médiateurs entre les Etats-Unis et l'Iran, ils peinent à s'imposer en tant que tels dans cette crise, qui "risque de faire à nouveau monter la tension dans la région", comme l'indique Le Monde.

Une nouvelle étape après 18 mois de tensions

Si l'accord de 2015 semblait avoir apaisé les tensions, en mai 2018 "le retrait unilatéral des États-Unis de ce pacte et le rétablissement de lourdes sanctions américaines" décidées par Donald Trump ont entrainé une chute des exportations pétrolières du pays "de 2,6 millions de barils par jour (Mbj) en avril 2018 à sans doute moins de 0,45 Mbj aujourd'hui", expliquent Les Echos.

En réponse au président américain qui souhaite "étrangler par étapes l'économie iranienne afin de (…) négocier un nouvel accord plus strict", poursuivent Les Echos, l'Iran s'est engagé dans ce que Washington qualifie de "chantage nucléaire", rapporte La Croix.

Le régime a ainsi annoncé mardi 5 octobre "reprendre les activités d'enrichissement d'uranium dans l'usine de Fordo", rapporte La Croix. Pour cela, il travaille avec "60 centrifugeuses avancées IR-6" nécessaires à l'enrichissement de l'uranium, alors que seuls les modèles IR-1 de première génération sont autorisés par l'accord, explique The Guardian. Téhéran a également "indiqué produire désormais 5 kg d'uranium faiblement enrichi par jour, plus de dix fois plus que début septembre", ajoute La Croix. Avec ces nouvelles technologies, l'Iran pourrait développer une arme nucléaire en un an, poursuit The Guardian.

Ces mesures visent à faire pression sur les Etats-Unis : le régime "exige en particulier de pouvoir exporter son pétrole et que son système financier puisse sortir de l'isolement des sanctions", poursuit le journal. Les Américains ne l'entendent pas de cette oreille : pour Washington, Téhéran "va seulement aggraver son isolement politique et économique". Symbole supplémentaire des tensions entre les deux pays, s'il en fallait un, "l'annonce coïncide avec le 40ème anniversaire de la prise de l'ambassade américaine par les Iraniens", en 1979 lors de la Révolution islamique, note The Guardian.

L'Europe "impuissante", la France "naïve"

Devant l'inflexibilité américaine, c'est avec l'Europe que l'Iran "reste engagé dans des 'négociations en coulisse'" [La Croix]. En effet, les trois parties prenantes de l'accord que sont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, avaient "installé en février [2019] une structure de compensation, Instex, censée permettre de contourner les sanctions américaines", expliquent Les Echos. Mais cette structure n'est "toujours pas opérationnelle".

Face à cette nouvelle escalade, l'Union "a exhorté l'Iran 'à ne pas prendre de nouvelles mesures qui mineraient davantage' ce pacte et rendraient encore 'plus difficile' son sauvetage", rapporte La Croix. Ces décisions sont "inacceptables" pour le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas [The Guardian], et constituent "un risque pour [la] sécurité nationale" du Royaume-Uni, pour son homologue britannique Dominic Raab [La Croix].

Si "les Européens assistent, impuissants, à la mort de l'accord", commentent Les Echos, Paris ne compte pas abandonner les négociations et "s’est posé en médiateur entre Washington et Téhéran" [Le Monde]. "Emmanuel Macron avait tenté d’organiser (…), fin septembre, une rencontre entre Donald Trump et Hassan Rohani", rappelle le quotidien. Toutefois, "le leader suprême iranien, l'Ayatollah Ali Khamenei, a qualifié les efforts du président français (..) de 'naïfs'", rapporte The Guardian. Le Premier ministre iranien Hassan Rohani a maintenu sa volonté de négocier, "seulement si les sanctions américaines sont levées en premier".

Pressions iraniennes sur l'Europe

L'Iran n'a cependant pas totalement abandonné l'accord et espère que les Européens l'aideront à contourner les sanctions américaines, en échange de quoi il retournerait dans le giron de ses engagements internationaux. Si le pays viole en effet plusieurs termes de l'accord, "toutes [ses] activités nucléaires restent sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)", précise ainsi La Croix. "L'Iran limite [également] son taux d'enrichissement à 4,5 %, en-deçà des 20 % qu'il pratiquait avant l'accord, et très loin des 90 % nécessaires pour une utilisation militaire".

Hassan Rohani a rappelé que ces mesures étaient "réversibles", ajoute La Croix. Elles interviennent en effet à l'issue d'un "délai de soixante jours donné par la République islamique à ses partenaires de l’accord de Vienne pour l’aider à contourner les sanctions américaines", explique Le Monde avec l'AFP. Les parties de l'accord ont également vu cet ultimatum renouvelé pour deux mois supplémentaires, "faute de quoi [l'Iran] réduira encore davantage ses engagements", fait savoir le quotidien. Le chef du gouvernement iranien a enfin assuré que "Téhéran restait prête à respecter pleinement ses engagements dès que les autres parties en feront autant en satisfaisant ses demandes" [La Croix].

 

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