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[Revue de presse] Migrations : les naufragés du Sea-Watch attendent l'autorisation de débarquer en Italie

Revue de presse 28.06.2019

Depuis deux semaines, un bras de fer engage l'ONG Sea-Watch et l'Italie. Le point de discorde : le débarquement de 42 naufragés secourus, ayant fui la Libye en guerre. Mais le ministre de l'Intérieur italien d'extrême droite, Matteo Salvini, joue à nouveau la carte de l'intransigeance. Reléguée simple arbitre du match, l'Union européenne peine à apporter des solutions.

Le Sea-Watch 3 en mer

Le Sea-Watch 3 en mer - Crédits : Sea-Watch

Environ une semaine après la journée mondiale des réfugiés (20 juin), le navire humanitaire de l'ONG Sea-Watch "force le passage vers les côtes italiennes", titre Le Parisien. A son bord, 42 migrants naufragés et "épuisés", selon les dires de la capitaine du bateau, citée par le journal.

Et après deux semaines d'attente en pleine mer, pendant lesquelles "près de 500 migrants ont par ailleurs débarqué en Italie, selon les statistiques du ministère de l'Intérieur" [La Croix], les naufragés ont finalement pu rejoindre l'île de Lampedusa après que le navire se soit résigné à braver l'interdiction de l'Etat italien, relate Le Monde. Toutefois, pour l'heure seule une petite partie d'entre eux ont été autorisés à débarquer, ceux "considérés comme les plus fragiles", explique Le Parisien.

Jeux politiques

La décision de Sea-Watch a suscité l'ire de Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur italien. Dans une vidéo publiée mercredi sur sa page Facebook, rapporte 20 minutes, il a martelé : "Personne ne débarquera en Italie", avant d'accuser l'ONG d'être "hors-la-loi".

Cette dernière n'en est pas à son coup d'essai et connaît souvent les mêmes difficultés à débarquer en Europe. Le mois dernier, le navire "avait été immobilisé" après avoir secouru d'autres migrants, rappelle ainsi Le Figaro. Avant d'avoir finalement l'autorisation de repartir en mer 10 jours plus tard.

"Matteo Salvini refuse régulièrement de laisser entrer les navires humanitaires ayant des migrants à bord", pointe Le Parisien. Une politique migratoire qui a fait du dirigeant d'extrême droite "l'homme politique le plus populaire d'Italie", face à l'absence d'une "alternative [politique] crédible" sur ce thème, analyse Le Monde.  

Bataille juridique

C'est donc une nouvelle bataille juridique aux implications éminemment politiques qui s'engage aujourd'hui à l'échelle européenne sur la question migratoire. Car chacune des parties cherche surtout à mettre le droit de son côté. Sea-Watch "avait déposé un recours auprès de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour obtenir la désignation d'un port sûr en Italie". Mais, mardi 25 juin, l'institution a rejeté la requête "au motif que les personnes les plus vulnérables avaient déjà été débarquées ces derniers jours", explique Le Monde.

Une décision dont s'est prévalu Matteo Salvini. Selon la nouvelle législation italienne mise en œuvre par le ministre de l'Intérieur, "les responsables de Sea-Watch risquent à présent des poursuites pour aide à l'immigration clandestine, ainsi que la saisie du bateau et une amende de 50 000 euros", détaille Le Parisien. Tandis que la capitaine du bateau, Carola Rackete, une Allemande de 31 ans, risque de "5 à 15 ans de prison". Pas de quoi faire reculer la militante environnementale et humanitaire qui a déclaré être "prête à aller en prison pour cela et à [se] défendre devant les tribunaux s’il le faut parce que ce que nous faisons est juste" [Le Figaro].

Dans une tribune publiée dans les pages du Monde, 700 personnalités tranchent néanmoins : "qu’on ne s’y trompe pas : la loi internationale, les principes fondamentaux du droit humanitaire, et la tradition des gens de mer sont avec [Sea-Watch]". "Aucune ONG attaquée depuis 2017 n’a fait l’objet de la moindre condamnation judiciaire. Mieux encore, la justice italienne n’est pas parvenue à monter le moindre procès", explique par ailleurs le journal dans son éditorial.

Accords de Dublin

Face à ce "bras de fer" [La Croix], l'Union européenne apparaît en retrait sur la question. Alors que "l'on assiste actuellement à la troisième guerre en Libye, qui fait des centaines de morts" [Franceinfo], l'UE n'a pas hésité à nouer avec Tripoli, dès 2017, "des accords de rapatriement" [Le Monde].  

La réforme des accords de Dublin, qui stipulent que les demandes d'asile des migrants doivent être traitées à leur point d'entrée dans l'Union, créant une inégalité de fait entre les Etats et une forte pression migratoire sur certains d'entre eux, est, elle, bloquée de longue date.

"Pour forcer l’Europe à réagir, [l'Italie] menace de faire sauter le système de Dublin en ne partageant plus les données, photos et empreintes digitales des migrants recueillis à leur arrivée", informe Le Figaro. Ces derniers auraient alors la possibilité de demander l’asile "où ils veulent".

Absence de coordination européenne

En attendant une hypothétique réponse globale, le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos, a de son côté indiqué que trouver une solution pour les migrants du Sea-Watch ne serait possible "qu'une fois les personnes débarquées", rapporte la BBC. Toutefois, aucun Etat n'a pour l'instant proposé d'accueillir les naufragés, malgré des discussions entamées entre l'Italie, l'Allemagne, Malte et la France.

Et pour la porte-parole de la Commission européenne, Natasha Bertaud, si "le devoir de sauvetage est clair, il n'y a cependant pas d'obligation pour les Etats d'accepter le débarquement pour des incidents survenus au-delà de leur zone d'intervention" [BBC].  

Sea-Watch et les ONG qui interviennent en Méditerranée "pallient ainsi l'absence de capacité d'intervention maritime des États membres de l'Union", estime ainsi l'association France terre d'asile, interrogée par Franceinfo. Cette dernière espère que "la pression médiatique" permettra de débloquer la situation. Des espoirs confirmés par "l'afflux inédit de dons" pour Sea-Watch, indique La Croix. Plus de 200 000 euros ont d'ores et déjà été récoltés.

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