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[Revue de presse] Migrations : l'Italie et Frontex au centre des critiques

Revue de presse 06.08.2019

Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur italien, a porté ses menaces à exécution : désormais, les navires humanitaires pourraient payer jusqu'à 1 million d'euros d'amende s'ils "forcent" l'entrée d'un port. Une politique migratoire critiquée par les dirigeants européens, alors que l'agence Frontex est elle-même accusée de violations des droits de l'Homme.

Bateau des garde-côtes de Frontex. Accusée par trois médias de maltraitance envers des migrants, l'agence qui gère les frontières extérieures de l'UE s'est défendue dans un communiqué.

Bateau des garde-côtes de Frontex. Accusée par trois médias de maltraitance envers des migrants, l'agence qui gère les frontières extérieures de l'UE s'est défendue dans un communiqué - Crédits : Frontex

Le gouvernement italien a obtenu lundi soir le vote de confiance du Sénat, juste avant sa pause estivale, pour durcir une nouvelle fois la législation sur les navires humanitaires. "Les votes de confiance sont [en effet] fréquemment utilisés en Italie pour accélérer l’adoption des textes de loi, raccourcir les débats et éviter l’examen des amendements de l’opposition", précise Ouest France.

Avec 160 voix pour et 57 contre, il s'agit d'"une victoire pour Matteo Salvini [le ministre de l'Intérieur italien] et la Ligue, son parti d'extrême droite", souligne France Info. Même si une partie des sénateurs du Mouvement 5 étoiles (M5S), avec qui la Ligue forme une coalition, n'ont pas voté pour [Ouest France].

Jusqu'à 1 million d'euros d'amende pour les navires humanitaires

Le nouveau texte accorde notamment au ministre  de l'Intérieur "des pouvoirs élargis pour interdire les eaux territoriales aux navires ayant secouru des migrants", explique la RTBF. Désormais, les bateaux pénétrant les eaux territoriales italiennes sans autorisation encourront une amende allant jusqu'à 1 million d'euros, contre 50 000 avant l'adoption du décret, détaille France Info. Le texte "prévoit également l'arrestation des capitaines ignorant l'ordre de rester en dehors des eaux territoriales et permet la saisie automatique des navires par les autorités navales".

Gregorio De Falco, ancien officier des garde-côtes aujourd'hui membre du M5S, avait ainsi parlé d'une "règle criminogène et mortifère" qui allait "faire mourir les gens en mer", rapporte la RTBF.

Par ailleurs, la nouvelle législation ne s'arrête pas là, et réduit également les droits des manifestants : "le seul fait de porter un casque ou une capuche lors d'une manifestation sera passible de deux à trois ans de prison", relève la radio belge.

Au final, c'est donc l'abstention du parti de droite conservatrice Forza Italia, "s’étant dit d’accord avec l’objectif du texte" [Ouest France], qui semble avoir compensé les défections au sein de la majorité. Déjà adopté par la Chambre des députés, le texte n'a plus qu'à être promulgué par le Président de la République, Sergio Mattarella.

Des politiques hostiles aux migrants

Si le gouvernement italien avait perdu ce vote, cela aurait pu conduire à la tenue d'élections anticipées. A plusieurs reprises, Matteo Salvini avait en effet menacé de faire éclater la coalition gouvernementale avec le M5S si la Ligue ne pouvait mener à bien ses politiques, explique Bloomberg.

A l'échelle européenne, son intransigeance et ses prises de positions racistes sont régulièrement dénoncées, mais dans les faits, les blocages de bateaux de migrants ne se limitent plus à l'Italie aujourd'hui. Après les refus de la Botte et de Malte, dont les ports sont fermés, le gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sanchez a ainsi lui aussi, il y a quelques jours, refusé l'accostage du navire Open Arms, qui compte à son bord plus de 120 migrants [El País].

Une politique hostile aux migrants, bien que plusieurs régions espagnoles se disent aujourd'hui favorables à l'accueil de l'Open Arms. Et que les arrivées ont baissé de 30 % dans le pays entre le premier semestre 2018 et 2019. De nombreux arrivants seraient notamment "interceptés" par les autorités marocaines, observe Le Figaro. Comme 424 hommes, femmes et enfants sahariens ramenés au Maroc par la Marine royale du pays dans la nuit de dimanche à lundi.

L'an dernier, les autorités marocaines avaient ainsi stoppé 89 000 migrants dont 29 000 en mer, recense le quotidien, notamment grâce à une enveloppe de 140 millions d'euros accordée par l'Union européenne. Et ce malgré les vives critiques des associations humanitaires, qui "dénoncent fréquemment des campagnes d'arrestations et de déplacements forcés de migrants vers le sud du Maroc, pour les éloigner des côtes, et leur conditions de vie dans les campements précaires" [Le Figaro].

L'agence Frontex accusée de maltraitance

Mais c'est aujourd'hui Frontex, l'agence chargée de gérer les frontières extérieures de l'UE, qui concentre les critiques. Si des drones ont été acquis à hauteur de 100 millions d'euros pour survoler les côtes libyennes, aucune mission de sauvetage n'a été conduite depuis un an, dans ce qui est pourtant devenu la zone maritime la plus meurtrière de la planète, pointe la Deutsche Welle.

Surtout, "une enquête conjointe du site d’investigation Correctiv, du quotidien britannique The Guardian et de la chaîne allemande ARD, qui diffusera son reportage ce mardi, reproche à Frontex de laisser des gardes-frontières en Bulgarie, en Hongrie et en Grèce, traquer les demandeurs d’asile avec des chiens, recourir à des sprays au poivre ou les refouler brutalement", rapporte Libération.

"Les trois médias disent s’appuyer sur 'des centaines de documents internes de Frontex' pour étayer ces maltraitances", précise le journal français. Tandis que depuis son siège à Varsovie, l'agence a déclaré qu'aucune plainte n’avait été déposée contre ses agents, mais qu'elle "examinerait la question" et prendrait "les mesures qui s’imposent".

Dans un communiqué, Frontex rappelle aussi ne pas avoir "autorité sur le comportement des polices aux frontières locales". Mais Correctiv, The Guardian et l'ARD accusent également ses propres agents d'être "directement impliqués dans l’expulsion de mineurs non accompagnés ou de demandeurs d’asile placés sous sédatif durant leur vol d’expulsion" [Libération].

"Toute forme de violence et de mauvais traitement contre les migrants et réfugiés est inacceptable", a réagi une porte-parole de la Commission européenne lundi, en assurant que Bruxelles allait "suivre" le travail de Frontex pour "voir si les faits rapportés sont exacts" [La Croix].

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