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[Revue de presse] Malte : les eurodéputés fragilisent un peu plus le Premier ministre

Revue de presse 19.12.2019

Dans une résolution adoptée le 18 décembre, le Parlement européen estime que Joseph Muscat empêche une justice équitable tant qu'il est au pouvoir à Malte. En cause : ses liens présumés avec le meurtre de la journaliste Daphne Caruana Galizia en 2017, toujours non résolu.

Elu en 2013, réélu en 2017, le Premier ministre maltais Joseph Muscat devrait démissionner le 12 janvier - Crédits : European Union

Elu en 2013, réélu en 2017, le Premier ministre maltais Joseph Muscat devrait démissionner le 12 janvier - Crédits : European Union

"Joseph Muscat massivement désapprouvé au Parlement européen", titre Malta Today le 18 décembre. Le jour même, les eurodéputés ont approuvé à une large majorité une résolution attaquant le Premier ministre maltais. Celui-ci est accusé de ne pas garantir les conditions d'une enquête juste et indépendante dans l'affaire du meurtre de Daphne Caruana Galizia. Spécialisée dans les affaires de corruption, la journaliste d'investigation avait été tuée en 2017 dans l'explosion de sa voiture. Selon la résolution, "tout doit être mis en œuvre pour prévenir tout risque d’entrave aux enquêtes" [Ouest-France]. Ce qui ne serait pas le cas, toujours d'après le texte, "tant que le Premier ministre restera en fonction". Ouest-France, tout comme Le Figaro, The Guardian et le Times of Malta, interprète ce texte comme un appel à la démission.

"Deux ans après la mort de la journaliste […], l’enquête avance lentement mais touche désormais le sommet de l’Etat", rappelle Libération. Les révélations "se multiplient depuis la mi-novembre, mettant en cause l’entourage même du Premier ministre, Joseph Muscat", explique le journal. Son ancien chef de cabinet Keith Schembri, poussé à la démission en novembre dernier, est particulièrement visé. "Le principal suspect dans l'affaire du meurtre, l'homme d'affaires maltais Yorgen Fenech, a déclaré à la cour que Schembri le tenait au courant de l'avancée de l'enquête policière", rapporte The Guardian. Fenech l'accuse surtout "d’avoir organisé le meurtre de la journaliste et fait pression sur l’enquêteur en chef Keith Arnaud en charge des investigations", souligne Libération.

Fortement touché par l'affaire, Joseph Muscat "a résisté à la pression de démissionner immédiatement, reportant son départ au 12 janvier, quand le Parti travailliste [auquel il appartient] se choisira un nouveau dirigeant", relate Malta Today.

La démission de Muscat en question

L'Union européenne se retrouve "divisée sur la posture à adopter face au dossier maltais", selon Le Soir. "Plus tôt cette semaine, le commissaire européen à la justice, Didier Reynders, a exhorté le gouvernement maltais à accélérer quant à la protection de l'indépendance judiciaire, la lutte contre la corruption, et la mise en place d'un procureur général indépendant du contrôle du Premier ministre", rapporte The Guardian.

Une déclaration complétée par les eurodéputés, à l'initiative notamment de ceux du Parti nationaliste de Malte (droite), à l'origine de la résolution votée le 18 décembre. Celle-ci demande à la Commission européenne "d’user de tous les outils et procédures à sa disposition" pour que l'Etat de droit soit respecté sur l'île [Libération].

"Bien que la résolution [non contraignante] n'oblige pas le gouvernement maltais à agir, elle met la pression sur un Premier ministre assiégé", selon The Guardian. Toutefois, "les appels à la démission du Premier ministre sont plus timides", note Le Soir. La résolution a certes été approuvée par la quasi-totalité du Parlement européen, à l'exception des travaillistes maltais et de l'extrême droite, mais la réaction du groupe Socialistes et démocrates (S&D) se fait plus nuancée.

"Le groupe S&D ne soutient pas [Joseph Muscat], mais sa démission doit être débattue par le peuple maltais, et ce n'est pas le rôle du Parlement européen", selon un porte-parole du groupe [Times of Malta]. Il a également jugé que les évolutions de l'enquête étaient "positives", et que le gouvernement maltais "coopérait", selon Le Soir.

L'implication du Parlement européen a en tout cas été entendue par la Commission européenne. "Selon l’évolution de la situation, nous considérerons quels instruments sont appropriés, y compris une possible application du cadre sur l’Etat de droit si nécessaire", a déclaré Didier Reynders à la suite du vote, faisant allusion à l'article 7 du Traité sur l'Union européenne [Le Soir]. Cet article permet de lancer une procédure, pouvant aboutir à des sanctions, contre un Etat ne respectant pas l'Etat de droit. Si celle-ci allait "jusqu’à son terme, Malte se verrait privée de vote lors des décisions prises par les chefs d’États et de gouvernement", explique Ouest-France.

Inquiétudes pour l'Etat de droit

Jusqu'ici, seules la Pologne et la Hongrie sont touchées par des procédures européennes relatives à l'Etat de droit. Mais "les événements à Malte ces dernières années ont contribué à faire peser une menace sérieuse et persistante sur l’État de droit, la démocratie et les droits fondamentaux", affirme la résolution. Les députés européens font également part de leur inquiétude "quant à la liberté des médias, l’indépendance de la police et de la justice, la liberté de réunion et la séparation des pouvoirs", ajoute Ouest-France.

"L'assassinat de la journaliste a mis la lumière sur la classe gouvernante de Malte, soulevant des questions sur son implication dans la lutte contre la corruption, le blanchiment d'argent, mais aussi la vente de passeports dorés qui autorisent des personnes aisées à vivre n'importe où dans l'UE", résume The Guardian.

De plus, "les craintes des eurodéputés quant au maintien au pouvoir de Muscat ont été exacerbées dans la journée de mercredi, quand la presse maltaise a révélé que l’entrepreneur Yorgen Fenech, inculpé pour complicité dans l’assassinat de Daphne Caruana Galizia, s’était vu remettre plusieurs chèques d’un montant de 1,5 million d’euros (non encaissés à ce jour) d’une entreprise des Emirats Arabes Unis, '17 Black'", ajoute Le Soir. "Cette entreprise était l’un des derniers dossiers sur lesquels la journaliste assassinée enquêtait", précise le journal belge.

Protéger le journalisme

La lutte pour connaître la vérité se poursuit à Malte. De son côté, la famille de Daphne Caruana Galizia "continue de se battre pour défendre son travail sur la corruption, malgré un harcèlement permanent et des attaques", relève Libération. "Face à ces menaces, la maison familiale des Caruana Galizia est placée sous protection policière", poursuit le quotidien.

Désormais, à travers la mémoire de la journaliste, les eurodéputés souhaitent protéger le journalisme européen. Ainsi, la résolution propose de finaliser dès que possible la création d'un "Prix annuel européen Daphne Caruana Galizia pour le journalisme d’investigation" [Ouest-France].

En attendant, les eurodéputés réclament à Joseph Muscat "l'arrêt immédiat de la destruction quasi-journalière du mémorial improvisé à La Valette" [The Guardian]. Chaque nuit, sur ce petit monument, implanté en face du tribunal de la capitale, bougies et photos en l'honneur de la journaliste sont "impitoyablement récupérées et jetées par les services du ministère de la Justice" [Libération].

 

 

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