Derniers articles publiés

[Revue de presse] Macédoine : l'abstention ternit la victoire du changement de nom

Revue de presse 01.10.2018

Les Macédoniens étaient appelés aux urnes dimanche 30 septembre, pour s'exprimer sur la modification du nom de leur pays. Condition sine qua non pour que la Grèce accepte l'intégration de la Macédoine dans l'Otan et l'UE, le principe d'un changement de nom avait été acté par un accord signé en juin dernier entre les deux pays. C'est désormais au Parlement d'entériner la nouvelle dénomination de "République de Macédoine du Nord" : le débat n'est pas clos.

Le Premier ministre macédonien Zoran Zaev et le Secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg, le 7 septembre 2018

Le Premier ministre macédonien Zoran Zaev et le Secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg, le 7 septembre 2018 - Crédits : OTAN / Flickr

L'accord avec la Grèce approuvé

Les citoyens de l'Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), étaient appelés à voter sur un possible changement de dénomination de leur État. "Le 'oui' l'a très largement emporté, dimanche 30 septembre", relate France Info. Finalement, et "selon des résultats quasi définitifs, 91,39% des Macédoniens qui ont pris part au référendum ont approuvé l'accord avec la Grèce". Ce dernier, signé le 17 juin 2018, visait "à rebaptiser 'République de Macédoine du Nord' leur petit État des Balkans". Cela dit, "les quelque deux tiers des électeurs qui n'ont pas voté" fragilisent le résultat du vote.

Accord historique pour la "Macédoine du Nord"

La Macédoine est un pays encore peu développé, "qui a payé son isolement d'un marasme économique persistant", indique Europe 1. Le pays "entend intégrer des organisations internationales, promesse de stabilité et de prospérité pour beaucoup". C'est donc sur ce point précis que résidait l'importance du scrutin de dimanche, explique le média, en soulignant que "les mots de 'Macédoine du Nord' n'apparaissaient même pas dans la question du référendum". La question posée aux électeurs était en effet la suivante : "êtes-vous pour l'adhésion à l'UE et à l'Otan, en acceptant l'accord avec la Grèce ?"

"Depuis vingt-sept ans, les Grecs contestent le nom de Macédoine à cet État issu de l'éclatement de la Yougoslavie", rappelle Le Figaro. Si les deux pays se vouent "une animosité réciproque" à ce sujet, il faut garder à l'esprit que, "derrière cette querelle se dissimulent des contentieux qui macèrent depuis des siècles". "La Macédoine est sertie dans une région complexe et constituée d'innombrables peuples, c'est peu dire qu'il y a du monde aux Balkans", souligne le quotidien avec humour.

Mais la victoire du "oui", qui plus est avec une abstention beaucoup trop importante – une participation de 50% est nécessaire –, n'a pas valeur de loi, rappelle 20 Minutes. "Le Premier ministre [macédonien] Zoran Zaev insiste sur le caractère consultatif du référendum", et l'accord avec la Grèce doit maintenant passer par un processus législatif. Le résultat du référendum "devra être validé par le Parlement, à une majorité des deux tiers dont ne dispose pas la coalition au pouvoir".

Bataille d'influence et crispation identitaire

Derrière le contentieux entre la Grèce et la Macédoine se dissimulent des enjeux géopolitiques entre les grands acteurs régionaux. "Après l'annonce des résultats, l'Union européenne a appelé toutes les parties à 'respecter' les résultats du référendum", rapporte ainsi le Huffington Post. C'est le commissaire européen à l'Élargissement Johannes Hahn lui-même, dans un communiqué, qui en a appelé à "tous les dirigeants politiques", pour qu'ils aillent "de l'avant en faisant preuve de responsabilité et d'unité par-delà les clivages politiques, et ce dans l'intérêt du pays".

De son côté, "l’OTAN s’est engagée à ouvrir ses portes à la République de Macédoine du Nord", souligne France Inter. Suivant cette logique, "la communauté internationale voit aussi dans ce référendum l’occasion de réduire l’influence, voire l’ingérence russe dans la région". En cas de validation de l'accord avec la Grèce, "l’intégration de ce nouvel État dans l’Alliance ne laisserait comme alliés au Kremlin dans la région que la Serbie et la république serbe de Bosnie". Réaction logique, "Moscou a d’ailleurs critiqué vertement l’accord et le référendum".

Le Premier ministre macédonien a déclaré que "l'immense majorité des citoyens qui ont voté ont choisi la voie européenne", rapporte La Tribune de Genève. Il a aussi prévenu que "si la majorité des deux tiers n'était pas trouvée au Parlement, il convoquerait des élections parlementaires anticipées". Face à lui, "le patron de la droite", Hristijan Mickoski, "a estimé qu'avec cette forte abstention, 'le gouvernement avait perdu sa légitimité'", poursuit le journal suisse.

Car si le vote est positif, "le gouvernement a sans doute sous-estimé le caractère épidermique de la question du nom, qui touche à l’identité même de cette jeune nation", analyse Le Monde. Bien que "l’accord autorise Skopje à continuer d’utiliser l’adjectif 'macédonien' et à évoquer une 'langue macédonienne'", l'abstention record peut s'expliquer par le fait qu'une "grande partie de la population a en effet vécu comme une humiliation de devoir accepter un changement aussi fondamental sous la contrainte".