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[Revue de presse] Les Vingt-Sept et Londres signent l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE

Revue de presse 26.11.2018

Après vingt mois de dures négociations, les 27 chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ont signé avec la Première ministre britannique l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE, dimanche 25 novembre à l'occasion d'un sommet extraordinaire organisé à Bruxelles. Le texte devra encore être adopté par le Parlement britannique avant son entrée en vigueur. Une nouvelle bataille de taille pour Theresa May qui n'a pour le moment pas la majorité des députés derrière elle.

Donald Tusk, président du Conseil européen et Theresa May, le 24 novembre - Crédits : Number 10 / Flickr

Donald Tusk, président du Conseil européen et Theresa May, le 24 novembre - Crédits : Number 10 / Flickr

"Sur le papier, rarement sommet européen aura été aussi lourd d'enjeux. Dans les faits, rarement une réunion des dirigeants de l'UE aura été aussi courte", relatent Les Échos. À Bruxelles, dimanche 25 novembre, "il n’a fallu que deux heures et demie aux vingt-sept dirigeants de l’Union européenne et à leur homologue britannique, Theresa May […] pour entériner le traité du Brexit" lors d'un Conseil européen extraordinaire, rapporte aussi Le Monde. Ce bref moment, qui s'est déroulé peu avant 11 heures, "avait surtout une valeur symbolique", écrit le quotidien.

"Un jour triste", mais "le meilleur accord"

Si ce texte de près de 600 pages "prévoit en détail les conditions du divorce" [Le Figaro], il s'agissait pour les Vingt-Sept "de discrètement célébrer un 'deal' préservant très largement leurs intérêts et respectant scrupuleusement leurs 'lignes rouges'", observe Le Monde. Soit l'intégrité du marché intérieur, le respect des engagements financiers, le maintien des droits des expatriés respectifs et l'absence de frontière physique entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord.

L'accord de retrait "est accompagné d'une 'déclaration politique' de 26 pages, non contraignante juridiquement, esquissant les grandes lignes de la relation future entre Londres et l'UE", précise Le Figaro. Si l'accord de retrait est approuvé par le Parlement britannique puis par le Parlement européen, les négociations qui auront lieu durant la période de transition - prévue pour durer deux à quatre ans - suivront donc les axes définis par cette déclaration. Dans l'intervalle, "le Royaume-Uni ne sera plus représenté dans les institutions européennes et n'aura plus voix au chapitre sur ses décisions, qu'il sera toutefois censé respecter", poursuit le quotidien.

"C'est un jour triste", a déclaré Jean-Claude Juncker quelques minutes avant la finalisation de l'accord. "Voir un pays comme la Grande-Bretagne […] quitter l'UE n'est pas un moment de jubilation ni de célébration, c'est un moment triste et c'est une tragédie" [Le Huffington Post]. Et à l'instar de "nombre de ses collègues européens, la chancelière allemande Angela Merkel a concédé ressentir une certaine 'tristesse'", relate Libération.

Emmanuel Macron a pour sa part expliqué "quelle leçon" l'Europe "doit tirer du Brexit et comment elle doit désormais envisager l'avenir", rapporte Euronews. "L'Europe est fragile, [elle] n'est pas un acquis" et elle doit être "refondée" et ce afin d'être "mieux comprise de nos peuples et répondre à leurs aspirations", car "le Brexit nous dit qu'elle n'a pas su rassurer, protéger suffisamment" [Euronews].

Nouvelle course contre la montre

L'accord trouvé avec les Vingt-Sept n'est toutefois qu'une première étape assurant une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne avec accord : le Parlement britannique doit encore l'approuver lors d'un vote qui se tiendra autour du 12 décembre. À Bruxelles, "l’humeur est que cet accord est le moins mauvais de toutes les configurations possibles", rapporte encore Libération, mais "Theresa May aura beaucoup de mal à obtenir le feu vert de son Parlement", préviennent Les Échos.

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Ainsi, "tout recommence ce matin pour Theresa May", qui dispose à présent de quinze jours pour convaincre la Chambre des communes d'adopter l'accord de sortie, annonce France Culture. Les "obstacles qui attendent Mme May" à Westminster forment ainsi une longue liste qu'énumère The Guardian. Dans son propre camp, "les durs à cuire" parmi les députés conservateurs brexiters, bien que "difficiles à identifier précisément", selon le quotidien britannique, "sont entre 40 et 80". La bonne nouvelle pour la Première ministre reste que la fronde conservatrice a échoué à la renverser la semaine dernière : "trop peu de députés ont répondu à l'appel de l'un d'eux pour atteindre les 48 signatures nécessaires", observe par ailleurs le journal pro-UE.

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Mais le spectre d'un renversement n'est pas écarté pour Theresa May car, explique RFI, les unionistes nord-irlandais du DUP "menacent" également la cheffe du gouvernement. Les dix députés de ce parti très conservateur permettent en effet à Theresa May d'assurer sa majorité à Westminster. Ils sont toutefois opposés au "backstop" (filet de sécurité) prévu dans l'accord et qui ne rangerait plus l'Irlande du Nord à la même enseigne que le reste du Royaume-Uni vis-à-vis de certaines règles européennes. "Nous ne laisserons pas l'UE faire ce que l'IRA n'a pas réussi, à savoir séparer l'Irlande du Nord du Royaume-Uni !", a ainsi réagi le député unioniste Sammy Wilson cité par RFI.

Arlene Foster, leader du DUP, a également déclaré samedi "que son parti avait l'intention de voter contre l'accord", rappelle The Guardian. "Notre entente avec le Parti conservateur repose […] sur une vision partagée concernant le Brexit. Donc si le Parlement venait quand même à ratifier le texte, alors nous nous verrons obligés de réviser ce pacte", a-t-elle-même menacé [RFI]. En bref, en vue du vote du 12 décembre, "ces dix députés semblent hors de portée de May", conclut The Guardian.

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Theresa May ne lâche rien

Theresa May espère toutefois convaincre les Brexiters conservateurs en soulignant que "toutes les autres solutions (pas d’accord, un nouveau référendum, des élections générales) semblent soit pires, soit très difficiles à concevoir, soit peu souhaitables" [Libération]. Car un rejet de l'accord par Westminster pourrait "faire plonger le pays dans une crise politique", résume France Culture. "Le fragile château de cartes s'écroulera, sans que personne ne soit à ce stade en mesure d'anticiper la suite, mais avec un risque alors conséquent de 'hard Brexit'", ajoutent Les Échos.

Dans les jours qui viennent, Mme May "va rencontrer ses adversaires" dans l'espoir de les convaincre. À cet égard, le Parti travailliste, dont le chef de file Jeremy Corbyn qui "espère des élections générales" a déjà déclaré qu'il voterait contre le texte, ne semble pas unanime [Libération]. "Une trentaine de députés travaillistes pro-Brexit pourrait appuyer le gouvernement", selon France Culture. La Première ministre "espère forcer le soutien des élus en en appelant directement au bon sens de la population et des entreprises", note Le Figaro.

Dans une lettre ouverte adressée à ses concitoyens le 25 novembre, Theresa May assure être prête à se battre "corps et âme" [Reuters] et à défendre l’accord "de tout [son] cœur" [Le Monde]. À la suite de la signature de l'accord dimanche, la cheffe du gouvernement a également tenu à faire preuve d'optimisme, estimant qu'il met un terme "une bonne fois pour toutes à la libre circulation des personnes et aux sommes astronomiques versées chaque année à l’UE et qui pourront désormais être consacrées au service de santé britannique" [Libération]. C'est donc le début "d'une course contre la montre" [France Culture] pour la Première ministre jusqu'à mi-décembre et pour laquelle elle semble prête à tout, même à raviver les mythes qui avaient fait le succès des Brexiters en juin 2016.

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