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[Revue de presse] Législatives en Pologne : les conservateurs nationalistes gardent la main sur le pouvoir

Revue de presse 14.10.2019

Les élections législatives polonaises du 13 octobre donnent le parti au pouvoir Droit et Justice largement gagnant. Favorisé par une conjoncture économique favorable, le parti conservateur nationaliste a largement dépassé l'opposition dans une campagne très clivante.

Jaroslaw Kaczyński, président du parti Droit et Justice (PiS) en 2017 - Crédits : Rafal Zambrzycki / Flickr Sejm RP CC BY 2.0

Jaroslaw Kaczyński, président du parti Droit et Justice (PiS) en 2017 - Crédits : Rafal Zambrzycki / Flickr Sejm RP CC BY 2.0

"Le PiS a gagné, progressé et pourra gouverner seul" : c'est ainsi que Le Figaro résume les résultats des élections législatives polonaises de dimanche 13 octobre, largement gagnées par les conservateurs de Droit et Justice (PiS). Selon les résultats après un dépouillement de 92 % des votes publiés par Politico, le PiS obtiendrait 44,6 % des voix, très loin devant la Coalition civique (centre droit) qui reste la première force d'opposition avec 26,8 % des suffrages. La gauche fait son retour au Parlement grâce à une coalition de partis qui totaliserait 12,3 %, suivie par la Coalition polonaise, une alliance autour du Parti paysan polonais (centre droit), à 8,6 %. L'alliance nationaliste et libérale Confédération fait quant à elle son entrée au Parlement avec 6,8 %.

Un tel score offre un nombre de sièges au PiS à la chambre basse du Parlement, la Diète, "suffisamment [important] pour une majorité absolue", indique Politico. En progression par rapport aux législatives de 2015, "le PiS pourrait avoir la même mainmise sur le pouvoir que celle dont il a pu profiter pendant quatre ans".

"Je pense que c’est le plus grand succès populaire depuis la fin du communisme. Notre résultat est même encore meilleur qu’il y a quatre ans" se félicite Jerzy Kwiecynski, le ministre du Développement économique [RFI]. Avec une participation en hausse établie à 61 %, ce serait près de sept millions de personnes qui auraient voté pour le PiS, ce que le parti interprète comme "un plébiscite", selon RFI.

Les résultats pour le Sénat, la chambre haute du Parlement polonais, sont attendus lundi 21 octobre au plus tôt [Les Echos].

Une campagne clivante

Cette victoire pour le parti au pouvoir conclut une campagne clivante. Si le dirigeant du parti et idéologue informel du gouvernement, Jaroslaw Kaczyński, s'est plaint "d'un grand front contre nous", et que "beaucoup d'électeurs ne soutiennent toujours pas le PiS" [Politico], de nombreux observateurs pointent ses saillies envers les militants LGBT.

"Insultes, attaques verbales, manifestations… Les militants des droits homosexuels ont été la cible privilégiée de cette campagne", relève ainsi France 24. Le tout "avec la bénédiction tacite de l’influente Eglise catholique", souligne Libération avec l'AFP.

"Il n'y avait pas de règles. Nous n'avions pas le sentiment que c'était un combat honnête, que ces élections étaient justes", rapporte le chef de file de la Coalition civique Grzegorz Schetyna à propos de la campagne [Politico]. Si son parti "avait promis d’annuler les réformes judiciaires" controversées du gouvernement actuel, comme "la transformation des médias publics en instruments de propagande gouvernementale" [Libération], il n'a toutefois "pas proposé grand-chose en termes de programme positif", souligne Le Monde.

"Une majorité de Polonais est plus favorable à la révolution nationaliste, chrétienne et conservatrice lancée par le PiS qu’elle ne craint ses excès et ses attaques contre les contre-pouvoirs", résume alors Le Figaro.

Le gouvernement favorisé par son bilan économique

Mais la victoire du PiS s'explique aussi par la conjoncture économique favorable de la Pologne. Grâce à "une croissance ininterrompue depuis 1992", un "taux de chômage [à] 5,1 % de la population active", soit le plus bas depuis trente ans, et une "inflation […] contenue" [Le Monde], le parti au pouvoir a les moyens de tenir ses promesses sociales. Si le gouvernement avait déjà mis en place des aides sociales populaires, telle qu'"une allocation de 125 euros pour tous, sans condition de ressource, dès le 2e enfant", sa réélection pourrait le pousser à aller plus loin. Jaroslaw Kaczyński a ainsi plaidé pendant la campagne pour "un Etat-providence à la polonaise", rapporte Le Monde.

Cette large victoire aux élections pourrait également conforter le gouvernement dans son opposition à la Commission européenne. Ainsi, "Jaroslaw Kaczyński, qui dirige de fait le pays en sous-main, n’a aucunement l’intention d’abandonner sa refonte de la justice vivement critiquée par l’Union européenne, même s’il convient que le processus est allé ' plus lentement que prévu' dans son pays", relève La Croix. De même, "Kaczyński fait partie, aux côtés du Hongrois Viktor Orbán, des dirigeants populistes européens prônant une Europe des Nations et refusant l’évolution fédéraliste encouragée par Berlin et Paris", souligne Le Monde.

Retour de la gauche et arrivée des nationalistes

Le résultat de dimanche signe enfin le retour de partis de gauche à la Diète, après leur disparition totale il y a quatre ans, faute de franchir le seuil de voix minimal. "Nous serons une opposition constructive au parlement, et nous défendrons la constitution de son premier à son dernier article", a annoncé Robert Biedroń, eurodéputé et chef du parti de gauche Wiosna [Politico]. S'ils condamnent la campagne anti-LGBT des conservateurs et leur alliance avec l'épiscopat, les partis de gauche approuvent en revanche leur programme social, précise Libération.

Mais la surprise de ces élections est surtout l'arrivée de Confédération, une "alliance europhobe et nationaliste, bâtie autour de l’ex-eurodéputé controversé Janusz Korwin-Mikke" [Le Monde]. M. Korwin-Mikke, 76 ans, avait exprimé des positions violemment sexistes au Parlement européen durant son mandat précédent, au point d'en être suspendu temporairement.

En attendant la formation d'un très probable gouvernement reconduit par le PiS, "l’opposition peut déjà se tourner vers la présidentielle au printemps", conclut RFI.

 

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