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[Revue de presse] Le vote du Parlement européen contre la Hongrie révèle les fractures de la droite européenne

Revue de presse 14.09.2018

Le vote du Parlement européen à l'encontre de la Hongrie, mercredi 12 septembre, a fortement divisé la droite européenne. Car si Viktor Orbán est membre du Parti populaire européen (PPE) et se revendique pro-européen et chrétien-démocrate, les violations répétées de l'État de droit orchestrées par son gouvernement embarrassent de plus en plus ses alliés.

Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois lors d'une conférence de presse au Parlement européen - Crédits : service audiovisuel du Parlement européen

Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois lors d'une conférence de presse au Parlement européen - Crédits : service audiovisuel du Parlement européen

Orbán désavoué : le Fidesz bientôt exclu du PPE ?

Le vote du Parlement européen en faveur d'un texte dénonçant les violations à l'État de droit en Hongrie, mercredi 12 septembre, a divisé la droite européenne. Au Parti populaire européen (PPE), auquel appartient le Fidesz, formation du Premier ministre hongrois, "les accents populistes et eurosceptiques de son enfant terrible Viktor Orbán provoquent un malaise croissant à l'approche des élections européennes", observe La Croix.

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Désormais sanctionné, le Fidesz sera-t-il exclu du PPE ? C'est la question "que tous les élus du Parlement de Strasbourg se posent", estime la correspondante du Monde à Bruxelles. Car "certains […] sont excédés par l’attitude de Viktor Orbán, qui refuse désormais de reculer sur ses législations contraires aux valeurs de l’Union". C'est notamment le cas du chef de file du PPE au Parlement européen, l'Allemand Manfred Weber. Cependant, ce dernier "ne plaide pas pour exclure M. Orbán", a indiqué une source interne au PPE, citée par La Croix. En effet, M. Weber est candidat à la succession de Jean-Claude Juncker pour la présidence de la Commission européenne, et le PPE ne veut pas perdre sa majorité au Parlement. Un débat devrait "être au menu du prochain sommet du PPE, le 19 septembre à Salzbourg (Autriche)", conclut le quotidien.

58 membres du PPE contre

Tout le PPE n'a pas voté pour l'activation de la procédure de sanctions. Sur les 201 suffrages exprimés par les membres de cette formation, 58 "ont refusé de sanctionner les entorses de Budapest aux valeurs européennes" [Le Point] en votant contre la résolution, et 28 se sont abstenus, tandis que 19 membres n'ont pas pris part au vote. C'est donc un peu plus de la moitié des députés PPE qui a clairement appuyé le texte. Outre le soutien de son propre parti, Viktor Orbán a pu compter sur une large majorité des Croates, des Slovènes, des Slovaques et des Bulgares, explique l'hebdomadaire.

Cependant, tempère Le Monde, "on s’aperçoit que le clivage est-ouest" n'a été qu'assez "peu opérant". La droite conservatrice polonaise représentée au PPE par la Plate-forme civique (PO) d'où vient le président du Conseil européen Donald Tusk, et par le Parti paysan polonais (PSL), a "massivement voté pour le déclenchement de l’article 7", poursuit Le Monde. Ces deux partis sont en effet opposés à Droit et justice (PiS) actuellement au pouvoir en Pologne, qui revendique sa proximité avec Viktor Orbán même s'il siège dans un autre groupe au Parlement européen, explique Le Point.

La logique géographique pour expliquer les ressorts du vote sur la Hongrie paraît d'autant moins pertinente que M. Orbán a pu trouver de nombreux alliés en Italie. Au sein de Forza Italia, parti présidé par Silvio Berlusconi et dont est issu Antonio Tajani, président du Parlement européen (qui n'a pas participé au vote), sur les 15 eurodéputés que compte cette formation, "11 ont refusé de déclencher la sanction" selon Le Point. L'hebdomadaire s'interroge alors : "l'après-Berlusconi de ce parti ne serait qu'une glissade vers la Ligue...", le parti d'extrême droite italien.

Côté allemand, Manfred Weber est le seul membre de la CSU (droite conservatrice bavaroise) à avoir voté pour l'activation de l'article 7 alors que la CDU "a fait bloc autour de la ligne Merkel contre le leader hongrois". Le clivage entre les deux partis-frères de la droite allemande, grandissant sur la scène nationale autour de la question migratoire, s'observe donc aussi au Parlement européen, en conclut Le Point.

Cacophonie chez Les Républicains

Et comme dans les rangs allemands, les votes disparates des 16 eurodéputés français Les Républicains (LR) membres du PPE illustrent les divisions internes au parti. Ils "ont voté dans tous les sens", commente le journaliste politique Yaël Goosz sur France Inter. Le chef des Républicains (LR) Laurent Wauquiez, était alors en Nouvelle-Calédonie et n'a pas transmis de consigne de vote : "un silence embarrassé qui dit tout", poursuit le journaliste, "car Laurent Wauquiez n'a rien à redire sur la politique migratoire de Viktor Orbán". L'opinion de M. Wauquiez, selon Yaël Goosz, serait qu'il "vaut mieux garder Viktor Orbán dans la droite européenne, plutôt que de le laisser grossir les rangs de l'extrême droite".

Un raisonnement partagé par Franck Proust, chef de la délégation LR au Parlement européen, qui a voté contre le texte. "Mon vote contre ne cautionne ni l’attitude ni les paroles de M. Orbán", mais force est de constater que "c’est le seul pays qui arrive à maintenir la progression de l’extrême droite", a-t-il déclaré, cité par Libération. Brice Hortefeux et Arnaud Danjean, eurodéputés LR, ont également dénoncé une "manipulation de la gauche [qui a quasi unanimement soutenu le rapport] destinée à […] diviser" le PPE, rapporte Le Monde. Malgré la peur de se faire avoir par la gauche ou de faire le jeu de la stratégie d'Emmanuel Macron, les deux hommes se sont finalement abstenus après le discours offensif de Viktor Orbán le 11 septembre, tout comme quatre de leurs collègues.

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En définitive, seuls cinq eurodéputés LR ont voté pour le texte : "il fallait marquer le coup par rapport à la Hongrie, à l’importance des valeurs européennes", a fait valoir par exemple Alain Cadec cité par Libération. "Voter contre, c’était entrer dans le jeu de Marine Le Pen et compagnie". A huit mois des élections européennes, Laurent Wauquiez "ne pourra pas rester longtemps dans l’ambiguïté", conclut Yaël Goosz, "sous peine de voir ses élus et ses électeurs dragués par Emmanuel Macron, pour les plus europhiles, ou par Marine Le Pen pour les plus europhobes" [France Inter].