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[Revue de presse] Le statut diplomatique de l'UE dégradé par Washington

Revue de presse 09.01.2019

Les Etats-Unis ont rétrogradé le statut diplomatique des représentants de l'UE à Washington, sans les en avertir. Traitée jusqu'à présent comme un Etat à part entière, l'UE est reléguée au rang d'organisation internationale. Ce qui en dit long sur la qualité des relations transatlantiques, détériorées depuis plusieurs mois par des tensions commerciales.

Jean-Claude Juncker, Donald Trump et Donald Tusk - Crédits : Maison blanche / Flickr

Jean-Claude Juncker, Donald Trump et Donald Tusk - Crédits : Maison blanche / Flickr

Une manœuvre en sous-main

L'information a été révélée dans la journée d'hier par la Deutsche Welle. Le média allemand rapporte que les diplomates européens ont progressivement compris, ces dernières semaines, que leur statut avait été rétrogradé par les Etats-Unis, faisant passer l'UE du statut d'État à celui d'organisation internationale. D'abord étonnés de ne pas être invités à certains événements, ils ont ensuite obtenu une réponse à leurs interrogations lors des funérailles officielles du président George H.W. Bush le 5 décembre dernier.

L'ambassadeur européen à Washington David O'Sullivan a en effet été appelé en dernier (173ème position) alors qu'il aurait dû l'être parmi les 20 ou 30 premiers, rapporte la Deutsche Welle. Le quotidien rappelle que l'UE avait obtenu le statut d'Etat sous l'administration Obama en 2016.

Les Etats-Unis n'ont par ailleurs pas informé les Européens de leur décision. Euronews indique que "pour le moment la Commission européenne n'a pas d'explication". "Ce que je peux dire à ce stade c'est que nous comprenons qu'il y a eu des changements récemment dans la liste diplomatique mise en place par le protocole américain. Nous discutons avec l'administration américaine pour voir les implications possibles pour notre représentation à Washington", explique la porte-parole de l’institution Maja Kocijanicic, citée par le média.

Profondes tensions commerciales

Si "les conséquences pratiques" de la décision américaine "semblent pour l'instant limitées au domaine protocolaire", selon Le Figaro, "le timing [de sa révélation] n'était pas optimal" pour le correspond à Bruxelles des Echos, Gabriel Grésillon.

Cecilia Malmström, Commissaire européenne au Commerce, doit effectivement s'entretenir aujourd'hui avec son homologue américain Robert Lighthizer afin d'essayer de convaincre Donald Trump de renoncer à mettre en place des droits de douane à 25% sur les voitures européennes importées aux Etats-Unis, détaille la RTBF (avec Belga). "Ce qui affecterait surtout l'Allemagne et pourrait déclencher une guerre commerciale", précise la chaîne de télévision.

Déjà en 2018, "les relations entre l'Union européenne et les États-Unis se sont détériorées […] avec la décision de Washington d'imposer des droits de douane sur l'acier et l'aluminium provenant de l'UE et d'autres partenaires commerciaux", à laquelle "l'UE a répliqué avec des mesures de rétorsion ciblées", ajoute la RTBF.

Cette "affaire confirme [donc] la mauvaise humeur qui règne entre Américains et Européens" constate L'Opinion, qui se souvient des propos accusateurs du nouveau représentant des Etats-Unis auprès de l'UE. "Arrivé début juillet à Bruxelles, Gordon Sondland […] ne s’est pas privé d’attaquer la Commission, qu’il accuse d’avoir perdu tout sens de la réalité", rappelle ainsi le journal.

Un contexte de compétition mondiale

Cette dégradation du statut diplomatique de l'UE intervient également dans un contexte de négociations entre les Etats-Unis et la Chine, qui ont décrété une trêve dans leur guerre commerciale jusqu'à début mars. Et si Pékin et Washington s'entendaient, les conséquences pourraient être bien plus dommageables pour l'Europe que la perte de son statut diplomatique, analyse Jean-Marc Four sur France Inter.

Selon lui, la Chine pourrait augmenter ses importations américaines, ce qui désavantagerait l'UE et le Japon. Une autre possibilité est que les deux Etats choisissent conjointement de refuser le libre-échange pour lui préférer l'entente bilatérale, dénonçant le multilatéralisme régulé par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Et ce alors que pour le chroniqueur, l'OMC est "devenu l’alpha et l’oméga d’une Union Européenne qui ne jure que par le libre-échange" et qui se retrouverait donc là aussi, "le bec dans l'eau".

 

 

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