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[Revue de presse] Le programme budgétaire de l'Italie affole Bruxelles

Revue de presse 03.10.2018

Le gouvernement italien a annoncé fin septembre sa volonté de mettre en place une politique de dépense publique déficitaire, de l'ordre de 2,4%. L'Eurogroupe et les marchés financiers n'ont pas tardé à pointer ce programme du doigt, mais la coalition au pouvoir dans la péninsule dénonce ces attaques.

L’Union européenne et l’Italie

L’Union européenne et l’Italie - Crédits : TheaDesign / iStock

Le futur budget italien sous le feu des critiques

La réunion des ministres des Finances de la zone euro, au Luxembourg le 1er octobre, devait avoir pour objet de "parler de l’avenir, en l’occurrence de celui du Mécanisme européen de stabilité, le fonds de secours aux États créé pendant la crise", relate Le Monde. Mais les discussions ont été quelque peu accaparées par un autre sujet : "le budget italien pour 2019, 'hors des clous' de l’avis même du commissaire européen à l’Économie, Pierre Moscovici". Et pour cause, la coalition au pouvoir constituée de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) a annoncé, jeudi 27 septembre, prévoir "un déficit public à 2,4% de son produit intérieur brut (PIB) en 2019, 2020 et 2021".

[Revue de presse] Budget italien : un déficit à 2,4% pour 2019 qui inquiète les marchés

Si le budget proposé est décrié, c'est parce qu'un tel déficit "ne permettra pas d'atteindre les objectifs de réduction de la dette publique", souligne le quotidien suisse Le Temps. Au-delà du commissaire à l'Économie, "plusieurs dirigeants de l'Union européenne mettent en garde l'Italie contre ses projets de dépense budgétaire". Ils agitent "le spectre d'une nouvelle crise de la dette dans la zone euro", et appellent l'exécutif italien "à changer de cap".

Au cours de la réunion de lundi au Luxembourg, "l'Eurogroupe a fait savoir que le projet de loi de finances italien n'était pas compatible avec les règles de la zone euro" rapporte donc la RTS (Suisse). Sous la pression, "le ministre des Finances italien Giovanni Tria avait quitté précipitamment la réunion avec ses homologues pour regagner Rome", dans le but "d'arracher quelques concessions à Matteo Salvini et Luigi Di Maio", qui dirigent la coalition au pouvoir.

La situation budgétaire du pays risque de rapidement se dégrader, les marchés n'ayant pas attendu la mise en oeuvre de ce projet de budget italien pour réagir négativement. "Le marché de la dette italienne s'est à nouveau nettement tendu mardi", avec un "taux d'emprunt à 10 ans clôturant à son plus haut niveau depuis mars 2014", indique à cet égard Le Figaro. Pour Nordine Naam, stratégiste obligataire chez Natixis, il s'agit de "tout un ensemble d'annonces qui contribuent à beaucoup d'incertitude et donc à la prudence sur la dette italienne".

Rome contre-attaque en ordre dispersé

Alors que le monde de la finance menace de s'emballer, "le vice-Premier ministre et chef du Mouvement 5 Etoiles, Luigi Di Maio, s'est emporté contre Pierre Moscovici". Très à charge devant la presse à Rome, il a déclaré : "il y a des institutions européennes qui jouent à faire du terrorisme sur les marchés financiers", mentionne La Tribune. M. Di Maio s'en est directement pris aux attaques du commissaire à l'Économie : "ce matin, de toute évidence, quelqu'un n'était pas content" de voir que la situation ne s'était pas dégradée, "M. Moscovici s'est réveillé et a pensé à faire des déclarations contre l'Italie pour alimenter la tension sur les marchés".

D'autres cadres de la coalition ont âprement réagi. Le spécialiste des questions économiques de la Ligue, Claudio Borghi, s'est ainsi attaqué à l'euro, "persuadé que son pays réglerait la plupart de ses problèmes s’il avait sa propre monnaie nationale", détaille l'Opinion. Mais pour ce journal, "les propos de cet économiste eurosceptique, qui préside la commission des Affaires budgétaires de la Chambre des députés" ont participé à "faire monter les taux des emprunts italiens".

Se voulant rassurant, Luigi Di Maio a tempéré les propos de M. Borghi, et "tenté d'éteindre l'incendie en affirmant que le gouvernement de coalition n'avait pas l'intention de quitter l'Union européenne ou de sortir de l'euro" [Les Echos]. Il s'est en revanche "montré intransigeant sur la question du creusement des déficits qui inquiète les investisseurs", déclarant que son gouvernement "ne reculera pas sur les 2,4%". "Cela doit être clair, nous ne reculerons pas d'un millimètre", a-t-il martelé.

Très discret jusqu'alors, le président du Conseil, Giuseppe Conte, a quant à lui annoncé mardi que le gouvernement "travaille à l'élaboration d'un budget 'courageux' pour 2019", rapporte Challenges. Mais après "un conseil des ministres restreint", ses services ont déclaré, dans un communiqué, avoir "également travaillé pour faire en sorte que le budget accélère la baisse du ratio dette-PIB de manière cohérente sur une période de trois ans".