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[Revue de presse] Le budget italien au cœur du sommet de la zone euro

Revue de presse 19.10.2018

Le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement qui s'est tenu jeudi 18 octobre à Bruxelles s'est penché sur les réformes à venir de la zone euro. Celles-ci ambitionnent d'approfondir la solidarité budgétaire entre les États membres. Mais la proposition de budget italien pour 2019 - accompagnée d'un fort déficit - ne fait que renforcer la prudence des pays hostiles. Bruxelles a, de son côté, adressé une lettre à Rome pour lui demander des clarifications sur son "dérapage budgétaire", jugé "sans précédent".

Mark Rutte et Jean-Claude Juncker au Conseil européen

Mark Rutte et Jean-Claude Juncker au Conseil européen - Crédit : Conseil européen

Le déjeuner des chefs d'État et de gouvernement, réunis en sommet à Bruxelles, a été consacré jeudi "à l'avancée des travaux de la zone euro". Mais la proposition controversée de budget italien pour 2019 a "naturellement […] surgi au cœur de la réunion", relate Le Figaro. Car le déficit italien, prévu à 2,4% du PIB, "très éloigné des 0,8% promis par le précédent gouvernement de centre gauche" [Libération], fait grincer des dents.

"Le Brexit digéré, place à un front commun sur les autres sujets clés ?", s'interroge Le Temps. Au contraire, la réunion a "donné le ton de la polémique qui va opposer l'Italie au reste de la zone euro dans les semaines qui viennent", selon Le Figaro : un "dialogue de sourds" entre Rome et les autres Etats membres.

Mark Rutte et la lettre de la Commission

En effet, depuis quelques jours, "c'est la soupe à la grimace […] chez les gouvernements les plus orthodoxes de la zone", commente L'Écho. Après un tête-à-tête tendu entre Giuseppe Conte, le Premier ministre italien, et son homologue néerlandais Mark Rutte, ce dernier a ainsi apporté "son plein soutien à la Commission européenne pour mettre en œuvre nos obligations communes", rapporte le média belge. Angela Merkel s'en est plus sobrement remise "au jugement de la Commission", selon Le Monde. Jean-Claude Juncker, également présent au sommet de la zone euro, a donc "globalement obtenu" le soutien "des autres dirigeants de l’eurozone", observe le quotidien.

A l'issue de ce sommet de la zone euro, le commissaire à l'Economie Pierre Moscovici a ainsi confirmé depuis Rome que la Commission "venait d’envoyer une lettre officielle dénonçant 'une déviation sans précédent' du budget italien 2019" [Le Monde], et réclamant "officiellement des 'clarifications' à Rome" [Libération]. Cette lettre constitue la première étape d'une procédure qui pourrait aboutir au rejet, par la Commission, du budget italien "si Rome ne [le] modifie pas", assure le quotidien. Une première qui risquerait de "provoquer une grave crise politique" entre Bruxelles et la coalition italienne, analyse Le Monde.

D'autres pays dans le viseur de Bruxelles

Ce vendredi 19 octobre, la Commission devrait aussi "envoyer des lettres à Paris, Lisbonne, Madrid et Bruxelles pour leur demander des informations complémentaires", selon Les Échos.

L'exécutif européen tient en effet à l'œil le budget portugais, bien que le pays semble "réussir économiquement contre l’orthodoxie de Bruxelles", relate France Inter. Après une "politique de gauche de relance par la consommation", menée contre l'avis de Bruxelles depuis 2015 (augmentation annuelle du salaire minimum, amélioration des petites retraites, limitation des CDD...), "la croissance est stable, les exportations sont reparties" et "le chômage est redescendu", énumère la radio publique. Bref, c'est un "redressement spectaculaire". Le "seul point noir reste l'endettement […] mais la situation s'améliore".

De son côté, Paris a plutôt "brillé par sa discrétion" lors de ce sommet, observent Les Échos. "La France ne donne pas de leçons après dix ans passés en procédure pour déficit excessif", a résumé Emmanuel Macron lui-même. Pour 2019 encore, Paris "prévoit une correction de son déficit structurel de seulement 0,3 point de PIB, contre les 0,6 exigés".

Quelle réforme de la zone euro ?

La France se trouve donc dans une situation compliquée, qui l'autorise difficilement à critiquer les écarts budgétaires de Rome. Ceux-ci menacent pourtant les propositions du président français pour renforcer la solidarité budgétaire entre les États membres, ce "qui s'exprimerait idéalement à travers un budget commun", rappellent Les Échos. Un projet déjà accepté par Berlin mais toujours "combattu par les pays du nord de l'Europe".

Les autres réformes discutées durant ce sommet - achèvement de l’Union bancaire, réforme du mécanisme européen - ont également pour objectif d'équiper la zone euro de mécanismes de protection et de solidarité en cas de choc financier. Or "personne ne croit les dispositifs en place suffisamment forts pour venir au secours de Rome si les marchés financiers se mettent à douter de la Péninsule", explique un haut-fonctionnaire européen interrogé par Le Temps, ce qui encourage les pays réfractaires à camper sur leurs positions.

La pression des marchés

"Le budget italien peut-il relancer l’économie ?", se demande tout de même La Croix. S'il est possible que les mesures prévues "auront un impact sur la croissance à travers un soutien au pouvoir d’achat des ménages et des baisses d’impôts pour les entreprises, cette stratégie ne prend pas en compte les effets collatéraux indésirables", et notamment "une montée des taux d’intérêt qui pèsera sur les ménages et les entreprises…", explique Hervé Goulletquer, de la Banque Postale Asset management.

La seule "pression des marchés" pourrait ainsi faire plier les Italiens. "Certaines sources européennes espèrent que le pays déjà grevé de dettes aura rapidement affaire à des investisseurs paniqués", relate même Le Figaro. Déjà, le taux d'emprunt italien à dix ans "flirte avec 3,6 %, son plus haut depuis février 2014", et l'écart avec le taux allemand atteint "un niveau inégalé depuis plus de cinq ans" [Le Figaro]. "Les regards se tournent désormais vers les agences de notation, qui pourraient d’ici à la fin du mois abaisser la note de la dette souveraine italienne", précise Le Monde.