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[Revue de presse] La presse européenne rend hommage à Valéry Giscard d’Estaing

Revue de presse 03.12.2020

La presse européenne rend un hommage unanime à l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, mort ce mercredi 2 décembre à l’âge de 94 ans.

Valéry Giscard d’Estaing au Parlement européen, en 2016

Valéry Giscard d’Estaing au Parlement européen, en 2016 - Crédits : Aurore Belot / Parlement européen

"Européen convaincu" [Libération], "pragmatique" [FAZ], "grand Européen et fidèle ami des Allemands" [die Welt], "bâtisseur d’une Europe unie", [La Repubblica], "architecte clé de l’intégration européenne" [Reuters], "promoteur de la construction européenne" [El País]... L’engagement européen de l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, mort ce 2 décembre 2020, est unanimement salué par la presse européenne. 

"Il a aidé à libérer la France de l'occupation allemande. Plus tard, il a poussé l'européanisation", écrit ainsi le quotidien allemand die Welt. "Comme président, comme parlementaire aussi bien à Paris qu’à Strasbourg, et comme citoyen, Valéry Giscard d’Estaing a cru toute sa vie, et a œuvré pour l’unité européenne", résume Pierre Haski sur France Inter. Jusqu’à la fin, "l'unification politique de l'Europe est restée l'œuvre de la vie de Giscard", poursuit die Welt.

Outre-Rhin, on salue son pragmatisme en matière de construction européenne. "Ses arguments en faveur de la coopération communautaire ont toujours été pragmatiques, peu idéologiques. Les projets retentissants de M. Giscard s'inscrivaient dans l'idée d'une Europe pacifiquement unie, mais pour lui, ils étaient surtout convaincants sur le plan pratique", écrit la Süddeutsche Zeitung. "Nos États sont trop petits pour résoudre certains problèmes. Si nous voulons encore jouer un rôle dans un monde de six milliards d'habitants, nous ne pouvons plus tout faire seuls. C'est pourquoi l'Europe est une nécessité", affirmait l’ancien chef d’État cité par le quotidien. En Irlande, on rend hommage à "un anglophile passionné [qui] a pris ses fonctions un an après l'adhésion de la Grande-Bretagne à la Communauté économique européenne" [Irish Times]. 

Valéry Giscard d'Estaing, "rêveur d'Europe"

Un mandat marqué par le couple franco-allemand

"En 1957 lors du débat sur la ratification du traité de Rome, Valéry Giscard d’Estaing exprimait à la tribune de l’Assemblée une double exigence toujours d’actualité", analyse Pierre Haski. "Il avait souhaité d’un côté ‘la construction d’une entité économique, et plus tard politique’, à l’échelle du continent ; mais il affirmait aussi la vocation de la France à ‘penser, éclairer, et peut-être diriger cette construction continentale’. Il s’y emploiera une fois parvenu à la tête de l’État", poursuit le journaliste sur France Inter. "Durant sa présidence de 1974 à 1981, il a conduit l'Europe avec un pragmatisme sans faille vers l'union monétaire commune, et il a réformé fondamentalement la Communauté européenne", complète la Süddeutsche Zeitung. Le journal allemand revient également sur l’amitié forte que le chef de l’Etat entretenait avec son homologue allemand Helmut Schmidt, inaugurant "une remarquable tradition franco-allemande qui a franchi les frontières politiques : l'amitié entre un conservateur et un social-démocrate". La tradition s’est poursuivie mais "aucune des relations franco-allemandes n'a jamais été aussi fraternellement étroite qu'avec Giscard et Schmidt", estime le journal. C’est en effet de cette période "que date l’apparition de l’expression ‘couple franco-allemand’" [Ouest-France].

Les couples franco-allemands, ciment de la construction européenne 

Pour le Financial Times, c’est ce couple franco-allemand qui assure la place de Valéry Giscard d’Estaing dans l’histoire de l’UE, avec la "co-création - avec son ami Helmut Schmidt, alors chancelier allemand - du Système monétaire européen en 1978-79". "Tous deux avaient pour objectif principal l'union monétaire. Ensemble, ils ont conçu le système monétaire commun de l'Union européenne à la fin des années 70 et ont partagé la paternité de l'euro", complète la Süddeutsche Zeitung. C’est en effet "la stabilité croissante que le SME a donnée aux monnaies européennes au cours de la décennie 1979-1989 qui a incité les gouvernements à prévoir une union monétaire complète dans le traité de Maastricht", renchérit le quotidien britannique [Financial Times]. 

Histoire de l'Union économique et monétaire et de l'euro 

C’est aussi "avec Helmut Schmidt, [qu’il] a [...] lancé le Conseil européen, l'organe de décision des chefs d'État et de gouvernement", rappelle Die Welt. Cette décision est alors vue comme "le prolongement de l’action gaulliste, qui privilégiait la coopération entre les Etats à l’intégration communautaire. En contrepartie, la France est pressée d’accepter l’élection du Parlement européen au suffrage universel direct, dont les premières élections ont lieu en 1979", complète Le Monde

Le Conseil européen

Un engagement européen constant

Son engagement européen ne faiblit pas après son départ de l’Elysée. "Il conduit la liste d’union UDF-RPR" lors des élections européennes de 1989 où il entre au Parlement européen. "Il préside également le Mouvement européen de 1989 à 1997", poursuit Le Monde. En 1992, "il a épaulé Mitterrand [...] pour faire adopter par référendum le traité de Maastricht", rappelle Libération. Plus tard, "c’est drapé dans sa posture de ‘sage de l’Europe’ qu’il tirera à vue sur Jacques Chirac : ‘sur l’Europe, le seul dirigeant qui ait eu une constance, c’est quand même moi’" affirmait-il [Libération]. 

En décembre 2001, Valéry Giscard d’Estaing est nommé président de la Convention sur l’avenir de l’Europe, dont les travaux aboutiront au traité établissant une Constitution pour l’Europe. Il prend alors "une part active, en avril et mai 2005, à la campagne pour le ‘oui’ au référendum à propos du traité constitutionnel européen voulu par Jacques Chirac", note Le Monde.

Qu'est-ce que le Traité établissant une constitution pour l'Europe (TECE) ?

Ni l’échec du référendum en 2005 sur ce texte, qui représente la "première crise majeure dans le processus d’intégration", ni le Brexit ne décourageront l’ancien chef d’État, analyse le Corriere della Sera, l’ancien chef d’État "[ne sera pas] découragé par cet épisode" pour autant, ni par le Brexit, poursuit le quotidien italien. "C'est lui qui, pensant aux Britanniques, avait écrit la substance de l'article 50 sur la sortie d'un État membre". "Lorsque j'ai préparé la Constitution européenne, j'ai écrit le texte d'un article intitulé ‘la sortie volontaire d'un État membre’, qui répondait à la crainte, principalement anglo-saxonne, qu'une fois entré en Europe, on ne puisse plus en sortir. Je trouve normal que toute association humaine soit autorisée à partir. Maintenant que Londres quitte l'UE, je ne suis plus aussi impressionné. Ils laissent quelque chose dont ils ne faisaient partie qu’à moitié", racontait-il au journal italien. 

Côté belge, Le Soir se souvient de sa vision de l’Europe exprimée dans un livre intitulé "Europa", publié en 2014. L’ancien président français y appelait "à la construction d’un ‘ensemble fort et fédéré’, pour résister aux puissances américaine et chinoise, comprenant dans un premier temps une douzaine d’États". 

Au printemps dernier, en pleine pandémie de Covid-19, "il avait encore signé une carte blanche (notamment avec l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta) dans divers médias européens, dont Le Soir, appelant alors à ce que la santé devienne une compétence communautaire" [Le Soir]. "Que les dirigeants européens fassent preuve de courage et parlent d’une même voix pour apporter toute l’aide nécessaire aux pays les plus cruellement touchés par le coronavirus !", soulignait cette tribune qui concluait à "la nécessité d’un Trésor public européen capable de gérer les besoins d’emprunt des États. Un projet qui trouvera une ébauche de concrétisation trois mois plus tard, avec le plan de relance porté par Macron et Merkel", selon Libération. "S’il est un sujet sur lequel il n’aura pas varié, c’est bien celui de l’Europe”, conclut Pierre Haski sur France Inter

 

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