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[Revue de presse] La possible exclusion de Viktor Orbán du PPE divise la droite européenne

Revue de presse 06.03.2019

Une procédure d'exclusion du Fidesz de Viktor Orbán du Parti populaire européen (PPE) a été lancée depuis lundi 4 mars. Elle fait suite à sa récente campagne attaquant ad hominem Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Les membres du PPE, divisés quant à la procédure contre le Premier ministre hongrois, se prononceront le 20 mars sur son éventuelle expulsion.

 

Viktor Orbán - Crédits : Marc Dossmann / Parlement européen

Viktor Orbán - Crédits : Marc Dossmann / Parlement européen

Le Fidesz sur la sellette

Le Premier ministre hongrois a-t-il été pris à son propre jeu ? Il semblerait que oui, selon Les Echos. "A force de jouer avec l'Etat de droit et de multiplier les provocations vis-à-vis de l'Union européenne et de son propre camp politique, le boomerang lui est revenu en pleine figure", analyse ainsi le quotidien.

Viktor Orbán est en effet visé depuis lundi par une procédure d'exclusion du Parti populaire européen (PPE). Majoritaire au Parlement européen, cette formation politique rassemble les partis de la droite européenne chrétienne-démocrate.

La demande "d'exclusion ou de suspension" a été déposée par "douze partis issus de neuf pays, principalement du nord de l’Europe" [Libération]. Sept partis issus de cinq pays étaient le minimum requis pour lancer une telle procédure.

C'est au cours de l'assemblée politique de la formation conservatrice européenne, le 20 mars, que ses membres décideront d'une éventuelle exclusion ou suspension du Fidesz, à la majorité simple, explique le journal.

"Les relations entre les institutions européennes et Viktor Orbán sont tendues depuis la crise migratoire de 2015, durant laquelle le gouvernement hongrois a mis en place de nombreuses politiques anti-immigration", rappelle Libération.

Mais "la goutte d’eau qui conduit à cette demande d’expulsion est la campagne contre le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lui aussi membre du PPE, lancée il y a dix jours". Une campagne d'affichage dans toute la Hongrie et sur les réseaux sociaux accuse en effet le chef de l'exécutif européen ainsi que George Soros, milliardaire hongrois et bouc émissaire de Viktor Orban, de forcer le pays à accueillir des migrants et d'affaiblir ses garde-frontières. Les affiches présentent les deux hommes ricanant, avec le slogan "Vous avez aussi le droit de savoir ce que Bruxelles prépare".

Orbán campe sur ses positions

Mais la procédure lancée par le PPE ne semble pas avoir poussé Viktor Orbán à revenir sur ses positions.

Dans un entretien paru dans l'édition dominicale du quotidien allemand Die Welt, le Premier ministre hongrois  qualifie d'"idiots utiles" ceux qui demandent son exclusion et les accuse de faire le jeu de la gauche. Et il n'entend pas renoncer à défendre sa position au sein du PPE. "Le Fidesz ne veut pas quitter le PPE, notre but est de renforcer les forces anti-immigration au sein du PPE", a ainsi déclaré un porte-parole de la formation politique hongroise mardi [Le Figaro].

Viktor Orbán a cependant salué la tribune d'Emmanuel Macron, publiée hier et défendant une Europe plus unie et offensive contre les nationalismes. Un "bon point de départ pour un dialogue sérieux et constructif sur l’avenir de l’Europe", a estimé M. Orbán dans un courriel adressé à Reuters.

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Face au tollé provoqué à l'Ouest par sa campagne anti-Bruxelles, le Premier ministre hongrois a toutefois également annoncé mettre fin à ces attaques contre M. Juncker d'ici le 15 mars, selon Le Monde. Avant d'évoquer aussitôt, "la préparation d’une nouvelle salve ciblant cette fois le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, chef de file des sociaux-démocrates pour le prochain scrutin, qui est l’un des plus virulents contre les atteintes à l’Etat de droit en Pologne et en Hongrie", rapporte le quotidien. Le Néerlandais sera, à son tour "caricaturé en 'immigrationniste' patenté", annonce le quotidien.

La droite européenne divisée

Pour autant, la procédure d'exclusion du PPE de Viktor Orbán est loin de faire l'unanimité au sein de la droite européenne et le résultat du vote demeure très incertain.

En France, François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains (LR) pour les européennes, parti membre du PPE, a déclaré mardi sur France Inter être opposé à l'exclusion du Fidesz. Selon lui, "aucun parti membre du PPE de l’Europe de l’Est n’a pris part à cette décision" de voter une potentielle exclusion, qui risque d'aboutir à une "fragmentation entre l'Est et l'Ouest". Une position alignée sur celle du chef du parti Laurent Wauquiez qui de son côté considère que Viktor Orbán a "toute sa place" dans le PPE.

Manfred Weber (CSU), chef de file (Spitzenkandidat) allemand du PPE pour les élections européennes, est pour sa part resté vague. Pour lui, le Premier ministre hongrois "a franchi les lignes rouges", cite Le Figaro.

Dans un courrier à Joseph Daul, le président du PPE, M. Weber a posé ses conditions pour le maintien du Fidesz, et ce "après avoir accordé ses positions avec la CDU d'Angela Merkel", fait savoir le journal. Sont ainsi demandés à Viktor Orbán de "cesser immédiatement" sa campagne contre Bruxelles, de "s'excuser" auprès des membres du PPE mais également de "clarifier" la situation de l'Université d'Europe centrale (CEU). Financée par George Soros, celle-ci a dû quitter Budapest en décembre 2018 à la suite des pressions constantes du gouvernement hongrois.

Pour le politologue Zoltan Gabor Szücs du Centre de recherche en sciences sociales de Budapest, interrogé par Le Monde, "les Allemands pensent que le coût politique de cette alliance est depuis quelque temps déjà très lourd à porter, tout en ne sachant pas ce qui est le plus nuisible pour eux avant les élections : exclure ou garder cet europhobe". 

Et de fait "rien n'est encore joué", selon Les Echos, qui citent une source bruxelloise. "Pour l'instant, les partis déterminés à bannir l'enfant terrible de la droite européenne ne représentent que 38 voix sur les 264 que compte l'assemblée politique du PPE", précise le quotidien. Ainsi, "le sort des 12 eurodéputés hongrois dépendra de la position de la CDU-CSU allemande qui concentre les plus gros bataillons du PPE".

Et si le Premier ministre hongrois préparait déjà sa sortie du PPE ? C'est du moins ce que pense Zoltan Gabor Szücs : "M. Orbán teste les limites et se dit que ce qu’il fait pourra être utile dans un nouveau groupe politique au sein duquel il aurait plus d’influence. Si jamais il doit pactiser avec l’Italien Matteo Salvini, il pense qu’être celui qui aura affaibli le PPE lui permettra de réclamer le leadership de l’extrême droite", analyse-t-il [Le Monde].

 

 

 

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