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[Revue de presse] La journaliste bulgare Viktoria Marinova assassinée

Revue de presse 08.10.2018

La journaliste bulgare Viktoria Marinova a été victime le 6 octobre d'un assassinat à Ruse, la cinquième ville du pays. Le lien entre son meurtre et sa profession n'est pas encore confirmé, mais il rappelle les récents homicides du slovaque Ján Kuciak et de la maltaise Daphne Caruana Galizia, tous deux journalistes d'investigation.

La chaîne bulgare TVN rend hommage à sa journaliste Viktoria Marinova

La chaîne bulgare TVN rend hommage à sa journaliste Viktoria Marinova - Crédits : site de TVN Bulgaria

Crime macabre et indignation

C'est une sinistre nouvelle qui résonne dans la presse européenne. "Une journaliste bulgare d'une chaîne de télévision locale (…) est morte des suites d'une agression sauvage qui suscite des réactions indignées en Europe", rapporte Le Point. Dimanche 7 octobre, le procureur régional Georgy Georgiev a annoncé que "le corps de Viktoria Marinova, 30 ans, responsable administrative et présentatrice sur TVN, une chaîne locale de Ruse, a été découvert samedi [6 octobre] dans un parc de la ville".

"La jeune femme a été frappée à la tête et étranglée", et le ministère de l'Intérieur précise "qu'elle avait aussi été violée" [L'Express]. La journaliste "animait une émission consacrée aux questions de société diffusée localement à Ruse, grand port des bords du Danube, à la frontière avec la Roumanie". À ce stade, le motif du crime reste incertain, et "l'enquête examine toutes les pistes, liées tant à sa vie personnelle que professionnelle".

Cependant, "dans le dernier numéro de l'émission, (…) Viktoria Marinova avait diffusé un entretien avec deux journalistes d'investigation réputés sur des soupçons de fraude aux subventions européennes qui impliqueraient des hommes d'affaires et des élus", souligne RFI. Aussi, "l'annonce de ce meurtre a rapidement déclenché une vague d'indignation sur les réseaux sociaux". Harlem Désir, le représentant pour la liberté des médias à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), "s'est dit 'choqué' par le meurtre d'une 'journaliste d'investigation' et a appelé à une 'enquête complète et rigoureuse'".

Le mouvement d'indignation a rapidement pris de l'ampleur sur Twitter, où "de nombreux journalistes et personnalités impliquées dans la lutte contre la corruption ont relayé l'information", indique Le Figaro. Parmi ceux-ci, "la Fédération européenne de journalistes a appelé 'les autorités à identifier et arrêter les responsables de la mort atroce de la journaliste Viktoria Marinova'". Car ce nouvel assassinat, fait remarquer un membre de Reporters sans frontières (RSF), "est le troisième meurtre d'un journaliste dans un pays de l'UE en moins d'un an".

Inquiétudes concernant la liberté de la presse

"Selon le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, la Bulgarie occupe la 111e place sur 180, de loin le pire [score] de l'UE", rappelle Le Parisien. Selon l'ONG de défense de la presse, les journalistes d'investigation en Bulgarie sont sujets à "de nombreuses formes de pression et d'intimidation". Ils font face à un système oligarchique "exerçant un monopole médiatique", et à "des autorités soupçonnées de corruption et de liens avec le crime organisé".

Un "collaborateur de la victime" a déclaré à l’AFP, sous couvert d'anonymat, que la rédaction de TVN Ruse était "sous le choc" [Ouest-France]. S'il affirme n'avoir jamais "reçu de menace sous aucune forme", sa rédaction et ses collègues craindraient "désormais pour leur sécurité", poursuit le quotidien régional.

Même si le lien entre ce crime et la profession de Viktoria Marinova n'est pour l'heure pas avéré, il résonne avec le meurtre du journaliste d'investigation slovaque Ján Kuciak, tué par balle avec sa femme en périphérie de Bratislava le 21 février 2018. L'enquête est toujours en cours, mais il semblerait que la commanditaire, Alena Zs. (le nom complet n'a pas été révélé), "travaillait en tant qu'interprète pour l'homme d'affaires slovaque controversé Marian Kocner, dont les activités ont fait objet d'enquêtes journalistiques de Ján Kuciak", expliquait la RTBF (Belgique) lundi 1er octobre 2018.

En octobre 2017, c'est la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia qui avait perdu la vie dans l'explosion de sa voiture. Celle-ci avait, par le passé, déjà "révélé certains des pans les plus sombres de la politique maltaise", relatait Le Monde en avril, avec des attaques "souvent rudes et parfois personnelles, qui lui avaient valu beaucoup d’inimitiés". Dans le cadre du "projet Daphne", "45 journalistes provenant de 18 médias du monde" avaient alors repris "l’énorme masse de documents" qu'elle avait laissée.

La plateforme Forbidden Stories, "soutenue et financée par Reporters sans frontières", permet depuis 2017 aux professionnels menacés de "mettre à l’abri leurs informations" et de "donner des instructions" dans le cas où il leur arriverait quelque chose, évoque Le Monde dans un autre article. "Une arme de dissuasion contre les commanditaires de ces crimes", selon le journaliste français Laurent Richard, créateur de la plate-forme.