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[Revue de presse] L'Italie confirme sa volonté d'un budget en hausse, la Commission veut dialoguer

Revue de presse 17.10.2018

Le projet de budget italien pour l'année 2019, sujet à controverse ces dernières semaines, a été remis à la Commission européenne lundi 15 octobre. Comme attendu, un déficit public de 2,4% est prévu par Rome, au risque d'encore accroître le poids de la dette. L'exécutif européen, qui dispose de deux semaines pour examiner et évaluer les budgets nationaux qui lui ont été soumis, devrait demander à l'Italie de revoir sa copie.

Giuseppe Conte à Bruxelles, en juin 2018

Giuseppe Conte à Bruxelles, en juin 2018 - Crédits : Commission européenne

Complexe équation

La proposition de budget italien pour l'année 2019 est largement commentée en Europe depuis les premières annonces du gouvernement, le 27 septembre.

Dans un contexte d'instabilité sur les marchés financiers, l'Eurogroupe a, le 1er octobre, invité le pays à rectifier le tir avant le dépôt officiel de sa programmation budgétaire le 15 octobre, qui sera contrôlée par la Commission pour assurer la coordination économique des États membres et vérifier que les objectifs de réduction de la dette publique sont respectés.

[Revue de presse] Le programme budgétaire de l'Italie affole Bruxelles

Mais en interne, les "deux forces au pouvoir [en Italie] se divisaient sur les réformes que chacune voulait imposer", souligne Le Figaro. Face à face, les deux vice-présidents du Conseil : Luigi Di Maio du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste), voulant un "revenu citoyen de 780 euros par personne et par mois", et Matteo Salvini de la Ligue (extrême droite), exigeant une "réforme fiscale dont il veut faire profiter sa clientèle électorale de petits patrons et commerçants du nord de l'Italie".

Finalement, "le gouvernement italien s'est mis d'accord lundi soir [le 15 octobre] sur le projet de budget pour l'an prochain", relate la RTBF (Belgique). Et malgré les critiques et les mises en garde, celui-ci "confirme les objectifs en matière de déficit et de dépenses publiques" avec, comme annoncé fin septembre, "un déficit public de 2,4% du produit intérieur brut (PIB)". Ce budget a été "remis à la Commission européenne avant minuit lundi soir", "dernier délai fixé par les règles européennes" dans le cadre du Semestre européen.

La coordination économique des États européens

Le budget prévoit par exemple d'annuler "la hausse automatique de la TVA, dont le principe avait été adopté par la majorité précédente, pour tranquilliser les marchés", explique Le Monde. Ce point "représente déjà un 'trou' de 12 milliards d’euros". À l'inverse, "pour se redonner un peu de marge de manœuvre et faire rentrer de l’argent dans les caisses", a été édicté "un décret de 'paix fiscale', fortement souhaité par la Ligue", sorte d'amnistie pour inciter les fraudeurs à se mettre en règle avec le fisc. Le Premier ministre Giuseppe Conte, largement en retrait par rapport à MM. Salvini et Di Maio, conteste cependant le terme d'amnistie.

Par ailleurs, une réforme des retraites est aussi dans les projets du gouvernement avec "une modification de la précédente loi" afin de permettre un "assouplissement des conditions de départ", relève La Libre (Belgique). Plus en détails, la réforme "introduit un 'quota 100' à partir duquel une personne peut partir en retraite" : celui-ci "se calcule en additionnant la durée de cotisation et l'âge du cotisant".

L'Europe fait les gros yeux

À la suite de la publication formelle du projet budgétaire italien, les réactions ne se sont pas fait attendre en Europe. Dès le 16 octobre, la Commission européenne a annoncé vouloir établir "un dialogue 'sans préjugés' avec l'Italie", rapporte La Croix. Le président de l'exécutif européen Jean-Claude Juncker a ainsi déclaré devant la presse : "évidemment, les finances publiques italiennes nous causent beaucoup de soucis, mais nous n'avons pas de préjugés". Avant d'ajouter que la Commission allait avoir "un débat vertueux avec [ses] amis italiens, qui savent que leur niveau de dette publique est trop élevé", rappelant que "le projet de budget ne respecte pas en entièreté les recommandations" européennes.

Pour Les Echos, l'Italie tente de brouiller les pistes pour justifier ce budget, et joue "délibérément la carte de la confusion en focalisant le discours sur la règle des 3%", faisant fi de la réduction du déficit structurel. Comme l'explique le journal économique, le déficit structurel, qui est "calculé indépendamment des aléas conjoncturels", doit "en théorie se réduire de 0,6 point de PIB par an", or c'est "une augmentation de 0,8 point de PIB" qui est prévue par Rome.

Selon les règles de la zone euro, "l'exécutif européen a maintenant deux semaines pour fournir ses évaluations", ajoute RFI. Suite à cela, "des corrections pourraient être demandées au gouvernement italien". Il faut s'attendre à ce que Bruxelles demande à Rome de revoir sa copie, la Commission ayant déjà estimé "qu'un creusement du déficit public risque d'alourdir encore plus la dette du pays qui atteint 131% du PIB".

Pour l'instant, et avant même que les instances de l'Union ne se prononcent, M. Conte a affirmé que "le projet respecte 'les promesses faites par son gouvernement' et qu'il 'assure le maintien en ordre des comptes publics'" [RTS, Suisse].