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[Revue de presse] L'empoisonnement d'Alexeï Navalny ravive les tensions entre Moscou et Berlin

Revue de presse 25.08.2020

L'hôpital allemand de la Charité, où a été transféré l'opposant russe, a confirmé ce lundi 24 août la thèse de l'empoisonnement. L'Allemagne et l'Union européenne ont appelé à ce qu'une enquête transparente fasse la lumière sur cet événement.

Alexei Navalny se trouve toujours dans le coma après son empoisonnement le 20 août dernier. Ici, lors d'une marche à la mémoire de l'opposant Boris Nemtsov, en février 2020

Alexei Navalny se trouve toujours dans le coma après son empoisonnement le 20 août dernier. Ici, lors d'une marche à la mémoire de l'opposant Boris Nemtsov, en février 2020 - Crédits : Michał Siergiejevicz / Flickr CC BY 2.0

Les médecins de l'hôpital berlinois de la Charité ont annoncé lundi soir avoir détecté une "intoxication par une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase" chez Alexeï Navalny. L'opposant libéral au président russe Vladimir Poutine avait été transféré deux jours plus tôt depuis la ville sibérienne d’Omsk, à bord d’un avion médicalisé affrété par l’ONG allemande Cinema for Peace. Il est toujours dans un coma artificiel, et ce depuis plus de cinq jours. "Son état de santé est grave" mais "sa vie n’est pas en danger", selon un communiqué de l'hôpital allemand cité par Le Monde. Le risque de séquelles à long terme n’est pas écarté, en particulier sur le système nerveux de la victime.

Cible du Kremlin

L’avocat, "qui a fait l'objet de nombreuses attaques au fil des ans, est le principal leader de l'opposition russe", explique La Tribune. Ouvertement opposé à Vladimir Poutine, il dénonce régulièrement sur son blog la corruption du régime. "C'est lui qui, en une formule qui a depuis fait florès, a qualifié le parti au pouvoir, Russie Unie, de 'parti des voleurs et des escrocs'", reprend le journal. Il s'était également présenté contre Vladimir Poutine à l'élection présidentielle de 2018, mais avait été déclaré inéligible "en raison d'une condamnation pour corruption dont le caractère politique laisse peu de doutes", poursuit le média.

Son empoisonnement ne constitue pas non plus une première. "Navalny lui-même en a déjà été la cible, en prison, il y a un an ; il a aussi perdu 80 % de l’usage d’un œil, après avoir été aspergé d’une substance chimique", relève Le Monde. Mais d’autres ont également subi de telles attaques : l’opposant Vladimir Kara-Murza a été hospitalisé deux fois pour empoisonnement et vit aujourd’hui aux Etats-Unis", poursuit le journal, qui note que "les précédents sont si nombreux que la place manque pour les énumérer".

Dernier en date, l’intoxication en 2018 de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, en Grande-Bretagne, avec une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase comme chez M. Navalny. "Cette enzyme est susceptible d'être utilisée, à faible dose, contre la maladie d'Alzheimer. Mais en fonction du dosage, elle peut être très dangereuse et produire aussi des agents neurotoxiques puissants, du type de l'agent innervant Novitchok", explique France 24.

Réactions européennes

Auprès du président français Emmanuel Macron le 20 août à Brégançon, la chancelière allemande Angela Merkel avait déjà offert "assistance médicale et protection à l’opposant", alors hospitalisé en Sibérie. Lundi, le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert s’est exprimé avant même les résultats officiels des médecins allemands : "Le soupçon ne porte pas sur le fait que M. Navalny se soit empoisonné lui-même, mais que quelqu’un a empoisonné M. Navalny, et le gouvernement [allemand] prend ce soupçon très au sérieux", a-t-il déclaré face à la presse [RTL].

Signe supplémentaire de ce "sérieux" : "la mise à disposition d’agents de l’Office fédéral de police criminelle (BKA) pour assurer la protection de M. Navalny", note Le Monde. Une fois le soupçon confirmé par l’hôpital, la chancelière a appelé à "résoudre de manière urgente cette affaire, dans les moindres détails et en toute transparence", poursuit le média. "Une déclaration d'une rare fermeté pour une chancelière aux prises de position d’ordinaire mesurées", souligne quant à lui Le Figaro.

Tensions croissantes

Car cet empoisonnement s'ajoute à "d’autres contentieux très lourds entre Berlin et Moscou, quelques mois seulement après que l’Allemagne a accusé la Russie d’avoir été à l’origine d’une cyberattaque contre le Bundestag, en 2015, et d’avoir ordonné le meurtre d’un citoyen géorgien d’origine tchétchène dans un parc de Berlin, en août 2019", explique Le Monde. Alena Epifanova, chercheuse pour le think tank DGAP, explique pour le quotidien la position allemande : "Comme à chaque fois, l’Allemagne réagit en rappelant son attachement aux règles de l’Etat de droit et en apportant un soutien symbolique aux forces libérales en Russie, mais elle se garde de s’immiscer trop directement dans les affaires intérieures russes, car au fond ni Berlin ni Moscou n’ont intérêt à une escalade".

L'empoisonnement est survenu "au moment où la chancelière Merkel, le président Macron et le président du Conseil européen, Charles Michel, sont engagés dans de délicats pourparlers avec le président Vladimir Poutine, pour trouver une issue à la contestation prodémocratie en Biélorussie", rappelle Le Monde. "Une médiation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), où la Russie et la Biélorussie sont représentées", avait ainsi été proposée la semaine par l'Union européenne, avec l’appui d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron. Lundi, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a de son côté demandé à Moscou une enquête transparente. "L'UE condamne fermement ce qui semble être une atteinte à la vie de M. Navalny", a-t-il déclaré. Le peuple russe et la communauté internationale réclament que lumière soit faite (...). Les responsables doivent rendre des comptes" [Le Point].

 

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