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[Revue de presse] Italie : vers une rupture de la coalition entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles ?

Revue de presse 05.06.2019

Déjà tendues, les relations entre les deux vice-présidents du Conseil des ministres italien Luigi Di Maio (M5S) et Matteo Salvini (la Ligue) se sont considérablement détériorées après les élections européennes, mettant le gouvernement de coalition en péril. Le président du Conseil, Giuseppe Conte, qui joue l'arbitre, a menacé de démissionner lundi 3 juin.

Matteo Salvini (à gauche) Luigi Di Maio (à droite) - Crédits : Ministro Difesa / Flickr | Wikimedia Commons

Matteo Salvini (à gauche) Luigi Di Maio (à droite) - Crédits : Ministro Difesa / Flickr | Wikimedia Commons

Ultimatum

"Le chef du gouvernement italien menace de jeter l'éponge", titre RFI. Lors d'une conférence de presse "convoquée en urgence" lundi 3 juin [Libération], le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a "rappelé à l'ordre" les deux forces politiques qui composent le gouvernement de coalition - la Ligue (extrême droite) et le M5S (antisystème) -, et qui dans ces derniers mois se sont "violemment disputées, faisant craindre plusieurs fois une rupture", relate Courrier international.

En effet, le dirigeant italien a sommé les turbulents Matteo Salvini et Luigi Di Maio, les deux vice-présidents du Conseil respectivement membres de la Ligue et du M5S de "décider rapidement s'ils veulent des élections anticipées ou préfèrent continuer à gouverner ensemble", rapporte Le Monde. "Je demande à chacune des deux forces politiques de faire un choix et de me dire si elles ont l’intention d’honorer encore le contrat de gouvernement", a ainsi déclaré M. Conte, qui n'est membre ni de la Ligue ni du M5S, cité par Libération. "Si les comportements ne changent pas, je remettrai mon mandat dans les mains du président de la République", a-t-il ajouté [Courrier international], menaçant ainsi de démissionner.

La menace a visiblement été prise au sérieux par les deux vice-présidents. Premier à réagir, le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini a déclaré : "Nous irons tous de l’avant si nous tenons notre parole, nous n’avons pas de temps à perdre". Luigi Di Maio s'est aussi exprimé mardi matin : "Allons de l’avant avec loyauté et cohésion, nous n’avons pas d’autre alternative", a-t-il assuré [RFI].

Pour les partis de l'opposition néanmoins, "le discours de Giuseppe Conte confirme la paralysie et l’échec de son gouvernement", souligne RFI citant le titre du quotidien de droite Il Giornale : "l’exécutif est arrivé au terminus".

Querelles intestines

"Comment en est-on arrivé là ?", se demande le JDD. "Les deux partis avaient fait des promesses intenables", décrypte Fabien Gibault, professeur à l'université de Turin et spécialiste de l'Italie, interrogé par le journal. "La Ligue voulait baisser les impôts alors que le M5S promettait le revenu de citoyenneté, deux mesures contradictoires. Alors Salvini et Di Maio ont commencé à se renvoyer la balle et la responsabilité de leurs échecs", poursuit le spécialiste. L'affrontement a tourné en faveur de M. Salvini, "grand vainqueur des élections européennes", note le JDD.

Car le scrutin du 26 mai a totalement renversé le rapport de force, observe l'hebdomadaire. C'est en effet depuis le triomphe de la Ligue aux européennes que les relations entre les deux formations seraient devenues "exécrables" [Libération]. Le parti d'extrême droite est en effet passé d'un score de 17 % obtenu aux législatives de 2018 à plus de 34 % aux européennes, alors que le M5S de Luigi Di Maio, qui avait rassemblé 32,5 % des voix aux législatives de mars 2018, a chuté à 17 % lors des européennes, rappelle Le Monde.

Ainsi, Matteo Salvini veut imposer ses mesures à son allié populiste affaibli, écrit Libération. D'ailleurs, tout en réagissant à l'ultimatum posé par M. Conte, Matteo Salvini a "aussi présenté le catalogue des mesures qu’il souhaite faire passer malgré les grincements de dents de ses alliés", poursuit le quotidien.

L'Italie dans le collimateur de Bruxelles

Le ministre de l'Intérieur entend bien "dicter l’agenda, en particulier face aux menaces de sanctions européennes devant la détérioration des comptes publics" du pays [Le Monde]. En effet, mercredi 5 juin, pour la publication de ses recommandations semestrielles, "la Commission européenne devrait, sauf surprise, lancer une 'procédure pour déficit excessif au titre de la dette' contre l'Italie", celle-ci atteignant 132,2 % du produit intérieur brut (PIB), selon Les Echos.  Opposé aux mesures d'austérité, Matteo Salvini avait déjà clairement affirmé le 13 mai : "S’il faut violer certaines limites des 3  % [de déficit, ndlr] ou des 130-140  % [de dette publique], nous irons de l’avant".

Reprochant à Matteo Salvini de se mêler de tout, M. Conte n'a pas hésité à recadrer ce dernier, en soulignant que "les interlocuteurs de la Commission européenne ne peuvent être que le ministre de l’Économie et lui-même, en tant que chef du gouvernement", rapporte RFI. "Sans quoi", a-t-il averti, "il sera difficile d’éviter une procédure d’infraction qui ferait très mal à l’Italie". En d'autres termes, pour M. Conte, "pas question de rompre avec Bruxelles", analyse le média.

Mardi 4 juin, lors d'une conversation téléphonique, M. Salvini et M. Di Maio "ont discuté de la possibilité d'enfreindre la règle européenne sur la maîtrise du déficit public annuel qui ne doit pas dépasser 3 % du PIB", rapporte le quotidien Corriere della Sera, cité par Challenges. "Les deux hommes doivent à nouveau discuter de cette question ainsi que d'un éventuel remaniement ministériel mercredi soir ou jeudi", poursuit le média.

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