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[Revue de presse] Italie : un gouvernement pro-européen entre en fonction

Revue de presse 06.09.2019

L'Italie se dote d'un nouveau gouvernement, grâce à une coalition inattendue entre le Mouvement 5 étoiles et le Parti démocrate. Reconduisant le Premier ministre Giuseppe Conte, la nouvelle équipe est largement plus favorable à l'Union européenne. Elle sera toutefois confrontée à des dossiers difficiles aux niveaux européen et national.

Drapeaux de l'Italie et de l'Union européenne - Crédits : sergeyryzhov / iStock

Drapeaux de l'Italie et de l'Union européenne - Crédits : sergeyryzhov / iStock

Une "coalition sans affinités" mais porteuse d'espoir

"La crise gouvernementale la plus folle de l’histoire italienne s’est achevée paisiblement", annonce Le Monde. Après la chute de la coalition gouvernementale entre la Ligue (extrême droite) et le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) provoquée par l'ancien ministre de l'Intérieur Matteo Salvini le 8 août 2019, le M5S et le Parti démocrate (PD, centre gauche), autrefois adversaires, avaient entamé des négociations. Celles-ci ont abouti avec la reconduction du Premier ministre Giuseppe Conte, puis la nomination, mercredi 4 septembre, d'un gouvernement offrant aux deux partis un nombre égal de ministres. Le nouveau gouvernement a prêté serment jeudi 5 septembre.

Si ce nouvel exécutif peut être vu comme "le fruit d’une coalition sans affinités", selon La Repubblica, cité par RFI, il reste porteur d'espoir pour de nombreux observateurs européens. Interrogé par La Croix, le professeur spécialiste de la politique italienne Christophe Bouillaud veut croire que le nouveau gouvernement "peut enfin être capable de sortir l’Italie de son marasme économique". Le Figaro rapporte justement que celui-ci "a été bien accueilli sur les marchés".

Les personnalités qui le composent semblent d'ailleurs faire preuve de bonne volonté. Le dirigeant du M5S Luigi di Maio s'est contenté du ministère des Affaires étrangères, après "avoir tout fait pour conserver son titre de vice-Premier ministre", rapporte Le Monde. Tandis que "Giuseppe Conte, comme métamorphosé par les conséquences de son coup d’éclat, parle et agit désormais comme un président du conseil" [Le Monde]. De son côté, "le PD s’engage très fortement à aider le Mouvement 5 étoiles à faire réussir ce gouvernement" [La Croix].

Pour Matteo Salvini en revanche, il s'agit d'un "gouvernement de perdants", dont les coupables se trouvent "à Paris, Berlin et Bruxelles", rapportent Les Echos.

"Le nouveau gouvernement Conte, né dans les conditions les plus improbables, compte 21 ministres, dont 7 femmes et 14 hommes", précise France Inter. Parmi eux, Luciana Lamorgese, ministre de l'Intérieur, qui "va notamment devoir remettre à plat les décrets sécurité anti-migrants de Matteo Salvini" [France Inter]. Ou encore le démocrate Roberto Gualtieri, actuel président de la commission des Affaires économiques du Parlement européen, nommé ministre de l'Economie, "dans un signal d'apaisement adressé à Bruxelles", explique Le Figaro.

"La plus forte équipe européenne"

Car les nouveaux ministres "créent aujourd’hui la plus forte équipe européenne que l’Italie ait eue depuis des années", selon Le Figaro, citant La Stampa. "Les partis de ce gouvernement feront tout leur possible pour ne pas se quereller avec Bruxelles" rajoute Vincenzo Amendola, tout juste nommé aux Affaires européennes, cité par le quotidien. Capital avec l'AFP nous apprend justement que "des premiers contacts devraient avoir lieu dès ce week-end [les 7 et 8 septembre] entre des membres de l'exécutif, des représentants de Bruxelles et des ministres étrangers, à Cernobbio, sur les rives du lac de Côme".

Giuseppe Conte a également proposé un européen convaincu pour un poste de commissaire dans la nouvelle Commission européenne, en la personne de Paolo Gentiloni. Cet "aristocrate de 64 ans avait succédé à Matteo Renzi et était devenu l'un des hommes politiques les plus populaires du pays", rapporte TV5 Monde avec l'AFP.

L'attitude du Mouvement 5 étoiles vis-à-vis de l'Union européenne se fait également plus bienveillante. "S'il y a un aspect positif dans toute cette histoire, c'est que les 5 étoiles sont en train de revoir leurs positions eurosceptiques" observe Matteo Renzi, dans un entretien avec Politico. Des discussions sont même en cours avec les groupes Renew Europe (centre libéral), Verts/ALE et GUE/NGL (gauche radicale) pour intégrer une alliance au Parlement européen, même si "le Mouvement 5 étoiles est confronté à la forte opposition de la délégation française de Renew Europe [...] en raison du soutien que [...] Luigi Di Maio a apporté aux Gilets jaunes", commente Euractiv.

Des négociations prévues avec Bruxelles

Mais ce rapprochement entre Rome et Bruxelles ne se fait pas sans conditions. Dans une situation économique difficile, le nouveau gouvernement italien "espère plus de souplesse de l'Europe sur son déficit public" [Capital avec l'AFP], jugeant les règles budgétaires européennes "d'une rigidité excessive" [Le Figaro].

C'est Roberto Gualtieri, "fin connaisseur des arcanes européens, très apprécié à Bruxelles, [qui] aura la lourde tâche de tenter de desserrer la contrainte budgétaire sur l’Italie" précise Le Monde. Ce dernier entend notamment "mener une 'révision significative des dépenses publiques', ce que demandait instamment l’Europe", complète Le Figaro.

L'Italie devrait également continuer de se faire entendre dans les institutions européennes sur la question migratoire. Giuseppe Conte a justement déclaré vouloir "reprendre les négociations avec l'UE pour dépasser le règlement de Dublin et pour parvenir finalement à une gestion européenne du problème de l'immigration" rapporte L'Obs avec l'AFP. Ce règlement, dénoncé par l'Italie, implique qu'une demande d'asile soit effectuée par le demandeur dans l'Etat membre par lequel il est entré dans l'UE.

Des dossiers difficiles en prévision

Au niveau national, plusieurs dossiers devraient être profondément remaniés, par rapport au gouvernement précédent. Si Le Figaro ne voit "pas de changement de route radical sur l’économie. […] C’est plutôt sur la politique migratoire, la sécurité et les droits civiques que la rupture sera la plus nette".

Le nouvel exécutif devrait également se montrer plus ambitieux sur l'écologie, avec "l’arrêt de l’octroi de nouvelles concessions pour le forage et pour les nouveaux incinérateurs de déchets". Ainsi qu'en mettant en place un "new deal vert", pour favoriser l'économie verte [Le Figaro].

Le nouveau ministre de l'Economie devra néanmoins "dessiner un budget 2020 qui parvienne à geler la hausse de 23 milliards de TVA prévue, les Italiens payant déjà une TVA à 22%" [Le Figaro]. "Très impopulaire, [cette hausse] risquait de toucher avant tout les familles modestes et de plomber la demande et donc la croissance", complète Capital avec l'AFP.

Le projet de tunnel Lyon-Turin, longtemps sujet de discorde entre les démocrates et le M5S, sera un dossier brûlant pour le nouveau gouvernement. "C’est là-dessus que l’on verra qui dirige vraiment le gouvernement", résume La Croix.

Giuseppe Conte doit désormais s'adresser au Parlement pour un discours de politique générale et un vote de confiance, prévus lundi 9 et mardi 10 septembre. Le vote des députés "ne devrait pas poser de problèmes, avec plus de 340 députés sur 630, appartenant aux partis de la majorité gouvernementale, [ainsi qu'une] une majorité étroite de seulement 9 sièges" au Sénat, nous apprend France info.

 

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