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[Revue de presse] Italie : Matteo Salvini évincé, la gauche et le M5S doivent maintenant s'accorder

Revue de presse 30.08.2019

Après trois semaines de crise, le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et le Parti démocrate (PD, centre-gauche) ont conclu une alliance, adoubée par le président de la République italienne, Sergio Mattarella. Mais désormais, il incombe à Giuseppe Conte, qui conserve son poste de Premier ministre, de former un gouvernement et conduire une politique de compromis entre deux partis jusqu'ici opposés.

 

 

Giuseppe Conte, reconduit à la tête du gouvernement italien

Giuseppe Conte, reconduit à la tête du gouvernement italien - Crédits : Pietro Naj-Oleari / Parlement européen

En Italie, "le président de la République, Sergio Mattarella, a chargé jeudi 29 août Giuseppe Conte de former l’attelage de la nouvelle équipe gouvernementale, réunissant le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et le Parti démocrate (PD, centre-gauche)", rapporte La Croix. Les deux partis avaient déjà conclu un accord mercredi, après plusieurs jours de négociations, et trois semaines de crise gouvernementale [Le Monde].

Ascension éclair

Le Premier ministre démissionnaire a donc été reconduit, "moins de dix jours" après son départ du gouvernement de coalition qui rassemblait alors la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) et le M5S [Euronews]. Cette "improbable alliance" aura duré quatorze mois, émaillés de nombreuses querelles [L'Express]. Le chef de la Ligue avait porté le coup de grâce le 8 août en "réclamant un retour aux urnes".

Giuseppe Conte va désormais "jouer un rôle bien plus déterminant que celui qu’il a eu avant la crise déclenchée par Matteo Salvini", croit savoir La Croix. "En 14 mois, ce professeur de droit inconnu du public a connu une ascension éclair", résume Euronews. Indépendant mais proche du Mouvement 5 étoiles, il avait réussi "le petit exploit de mettre d'accord les deux hommes forts de la politique italienne, qui l'avaient porté au pouvoir : Luigi Di Maio, du M5S, et Matteo Salvini", souligne le média.

"Giuseppe Conte a réussi, malgré l’encombrant Salvini, à préserver les relations avec Paris, Berlin, Bruxelles, le Vatican et la Maison-Blanche. Il a la carrure pour exercer pleinement ses fonctions de président du Conseil", estime ainsi le politologue Roberto D’Alimonte, interrogé par La Croix.

Période d'incertitude

Toutefois, le parcours du futur second gouvernement Conte "reste plein d'incertitudes", prévient Le Monde. Il incombe en effet à celui qui s'était décrit en juin 2018 comme "l'avocat du peuple italien" de "garantir un programme politique solide et former un gouvernement" [La Croix].

"Nous sommes dans une phase très délicate pour le pays, nous devons sortir au plus tôt de la période d’incertitude", a-t-il déclaré. "Dès mercredi", le Premier ministre "a commencé à rencontrer les différents partis" pour s'accorder sur la composition de l'exécutif et ses grandes orientations [Libération].

Des négociations essentielles, car "selon le système parlementaire italien, Giuseppe Conte devra ensuite, dans les prochains jours, soumettre au président une liste de ministres et obtenir la confiance des deux chambres du Parlement", détaille la RTBF. Par ailleurs, "les militants Cinq Etoiles devraient se prononcer par un vote numérique sur l’accord avec le Parti démocrate", précise Libération.

M. Conte "a d'ores et déjà annoncé les grandes lignes de son programme, qu'il a qualifié de projet de 'nouvel humanisme' visant à faire de l'Italie 'un pays plus juste, plus compétitif, plus solidaire, plus inclusif'" [France 24].

Une annonce appréciée par Bruxelles : "le commissaire européen et conservateur allemand Günther Oettinger a salué jeudi la possible formation d'un gouvernement pro-européen en Italie", rapporte ainsi le média.

Alliance ubuesque

Toutefois, "dégager une synthèse" entre le M5S et le Parti démocrate pourrait s'avérer particulièrement délicat, souligne Libération. Le chef du M5S, Luigi Di Maio, a en effet affirmé qu’il revendiquait "le travail effectué au cours des 14 derniers mois" avec la Ligue, notamment sur l'immigration. Tandis qu'à l’inverse, le Parti démocrate, exige "une rupture par rapport à la précédente majorité".

De nombreux observateurs se montrent ainsi très critiques et mettent en doute la longévité du futur gouvernement. Coalition "pour le moins déroutante" pour Le Monde, "ubuesque" selon La Croix, l'alliance ne reposerait "que sur la nécessité, pour ces partis en perte de vitesse, de barrer la route à l’extrême droite de Salvini", analyse Giovanni Orsina, professeur d'histoire contemporaine cité par le journal.

"Lorsqu’en 2013, [le M5S] essaie de négocier une alliance avec le Parti démocrate, cela n’aboutit pas. (…) Il reste dans l’opposition de 2013 à 2018, face à des gouvernements toujours dirigés par des membres du PD", rappelle de son côté le politologue Christophe Bouillaud, interrogé par Le Figaro. "Une des raisons pour lesquelles le M5S est né, c’est parce que le Parti démocrate a connu un vrai virage très à droite pendant un temps", souligne-t-il.

"Il y a deux semaines encore, tout opposait" donc le M5S et le PD, de "la politique sécuritaire" au "rapport aux institutions européennes en qui le PD a toujours eu confiance", pointe Le Monde. "Les politiques sociales, d’éducation ou l’environnement devraient déboucher sur des positions communes. Le programme de réformes économiques et la politique européenne pourraient en revanche créer des turbulences", indique le quotidien.

Une opposition mobilisée

L'Italie ne serait donc pas "à l’abri d’un retour aux urnes anticipé", avance La Croix. Et "l’opposition à la future majorité commence déjà à se mobiliser" [Libération]. Matteo Salvini, en particulier, pourrait "transformer son retour à l'opposition en bain de jouvence", estime La Libre. S'il a commis une erreur politique et "sous-estimé la capacité de réaction du système italien basé sur le parlementarisme, et des partenaires européens de l'Italie", il possède encore un large soutien des électeurs.

Il a ainsi appelé jeudi à une "grande" manifestation à Rome, le 19 octobre, afin de célébrer "la fierté italienne" [Europe 1]. Fustigeant un gouvernement "né à Bruxelles", il a prévenu que le pouvoir en place ne durerait "pas longtemps". De même, "Giorgia Meloni, la présidente du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, a annoncé une manifestation le jour de l’investiture du nouveau gouvernement Conte", rapporte Libération.

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