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[Revue de presse] Indépendance de la Pologne : le pays reste "partagé" cent ans plus tard

Revue de presse 13.11.2018

Une immense manifestation a eu lieu, dimanche à Varsovie, à l'occasion du centenaire de l'indépendance de la Pologne. Alors que ce défilé était initialement organisé par des groupes d'extrême droite, le pouvoir conservateur l'a repris à son compte pour le transformer en un événement de grande ampleur. Rassembleur sur le papier, la fracture politique nationale y était finalement plus visible que jamais.

Varsovie, capitale de la Pologne

Varsovie, capitale de la Pologne - Crédits : querbeet / iStock

Manifestation familiale, mais pas uniquement

L'Europe commémorait, le 11 novembre 2018 à Paris, le centenaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale. L'occasion de convier les dirigeants mondiaux et de célébrer la paix. À 1400 km de là, les Polonais fêtaient quant à eux l'indépendance de leur pays, proclamée le même jour de 1918. Et les célébrations ont pris une tournure quelque peu ambiguë, avec la tenue d'une grande marche nationaliste.

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"Traditionnellement organisée par l'extrême droite, [la manifestation] a, cette année, été récupérée en partie par le pouvoir conservateur", explique Libération. "Le gouvernement conservateur polonais et les groupes d’extrême droite auront finalement marché ensemble". "Et ils n’ont pas été seuls", continue le quotidien : au total, "ce sont plus de 200 000 personnes qui ont déferlé dans les rues de Varsovie pour célébrer le centenaire de l’indépendance de la Pologne".

Sur le papier, cette manifestation avait tout d'un rendez-vous familial, "parents, grands-parents, jeunes enfants, adolescents. Tous se sont réunis pour célébrer les 100 ans de l’indépendance de leur pays", raconte Franceinfo. "Une véritable marée de drapeaux polonais a envahi et occupé l’immense place Dmowski, au centre-ville de Varsovie, point de départ cette année de la marche". Refusant l'étiquette de l'extrême droite, "de nombreux participants ont répété que le 11 novembre est une grande fête patriotique et commune à tous les Polonais".

"Avant de donner le départ, le président Andrzej Duda a souhaité 'une marche commune, une marche pour tous, lors de laquelle chacun se sent bien et marche pour la Pologne'", relate l'édition suisse de 20 minutes. Opposant politique au président Duda, le président du Conseil européen Donald Tusk, ancien Premier ministre du pays, a lui aussi lancé "un autre appel à l'entente nationale […] au début de la journée" : "je sais qu'au quotidien nous nous disputons entre nous à propos de la forme de la République, de l'avenir de notre État, et je sais que parfois (nous nous disputons) trop fort. Pologne, pardonne-nous".

Fracture nationale

Pourtant, relate RFI, les mouvements d'extrême droite étaient bien présents. "L'hymne polonais est chanté par toute la foule, que ce soit les familles, mais aussi à côté d'elles plusieurs centaines de nationalistes, aux slogans parfois violents ou xénophobes et qui sont regroupés derrière leur mot d'ordre : 'Dieu, honneur, patrie'''. Une Polonaise interrogée par la radio internationale exprime ainsi un sentiment ambivalent vis-à-vis de ces manifestants : "on aime la Pologne et on veut en profiter, célébrer l'indépendance de notre pays dans le calme. Alors oui, nous n'aimons pas marcher avec ces gens-là. Cela nous embête, mais c'est la démocratie. Ils ont le droit de venir".

Face aux familles venues défiler, "un sexagénaire arborant la tunique rouge des Chevaliers du Christ-Roi, une association religieuse conservatrice", déclare de son côté à l'AFP [RTBF (Belgique)] : "je suis venu de Gdynia pour dire à tous ces gauchistes de Varsovie que la Pologne, ce n'est pas eux, c'est nous". Toujours de ce côté du cortège, "de jeunes manifestants en anorak noir exprimaient le même sentiment par un slogan rimé", note le média belge : "Prends la faucille, prends le marteau, cogne sur les rouges gauchos".

Conservation des traditions

"L'extrême droite polonaise avait reçu le soutien de groupes étrangers, venus notamment d'Italie et des Pays-Bas", ajoute le Huffington Post. "Nous sommes une cinquantaine et nous sommes venus parce que nous partageons les mêmes valeurs, la religion catholique et les valeurs nationales", a déclaré Salvatore Ferrara, "un responsable du groupe néofasciste italien Forza Nuova". "Une immense foule a suivi, sous l'épaisse fumée rouge et blanche des pétards et d'autres engins fumigènes lancés par des groupuscules d'extrême droite".

"Ces traditions, nous les transmettons de génération en génération, c’est pour nous fondamental", explique Bartlomiej Jablonski au journal Le Monde. "Je crois qu’aucun pays en Europe n’a autant été maltraité par l’Histoire, ni a dû autant lutter pour sa liberté". Pour le Polonais venu avec sa famille de Konin, à 200 km de Varsovie, l'Europe de l'Ouest serait "trop laïque" : "'ces traditions disparaissent ailleurs en Europe, alors qu’en Pologne, nous voulons les préserver'".

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