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[Revue de presse] "Immunité collective" : la stratégie des Pays-Bas et de la Suède face au Covid-19 fait débat

Revue de presse 20.03.2020

Partisan de la stratégie d'une "immunité collective" face à la pandémie, le Royaume-Uni a finalement annoncé la fermeture de ses écoles à compter du 20 mars. Un changement de cap, à l'heure où les critiques à l'encontre de cette politique du laisser-faire, toujours défendue par les Pays-Bas et la Suède, se multiplient.

La stratégie d'immunité collective, défendue entre autres par le chef de gouvernement néerlandais Mark Rutte, fait l'objet de nombreuses critiques au niveau européen - Crédits : Conseil de l'UE - 2020

La stratégie d'immunité collective, défendue entre autres par le chef de gouvernement néerlandais Mark Rutte, fait l'objet de nombreuses critiques au niveau européen - Crédits : Conseil de l'UE - 2020

Difficile de s'y retrouver au milieu des "mille nuances de gris du confinement à l’européenne", titre Le Monde. Pourtant, à mesure que les pays adoptent leurs stratégies de lutte contre la pandémie de Covid-19, deux tendances se distinguent : d'un côté, "les trois pays les plus touchés, Italie, Espagne et France", ont successivement "réduit la liberté de mouvement de leur population", indique le quotidien. Avec des sanctions parfois sévères : en Espagne, les autorités catalanes ont "procédé à 3 232 identifications et infligé 485 sanctions", alors qu'en France, les premières gardes à vue pour non-respect des mesures de confinement ont été signalées [Ouest-France].

De l'autre côté, certains Etats membres ont pris des mesures moins contraignantes pour la population. "La Suède prend son temps", titre ainsi Libération. Le pays a en effet préféré aux méthodes de confinement une stratégie d'immunisation collective. Le principe : "laisser circuler l'agent infectieux jusqu'à ce qu'un certain pourcentage de la population tombe malade, et développe ensuite des anticorps", explique Alexandre Bleibtreu, médecin infectiologue au service de maladies infectieuses de la Pitié Salpêtrière à Paris, pour France Info. La méthode a également été adoptée par les Pays-Bas, et était un temps soutenue par Londres, "partisan de la première heure" de l'immunisation collective [La Tribune de Genève].

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Un "pari vertigineux"

Cette stratégie d'immunité collective se veut tout d'abord pragmatique : Patrick Vallance, conseiller scientifique de Boris Johnson, explique ainsi qu'il n'est "pas possible d'éviter que tout le monde attrape le virus", [France Info]. Selon le chef du gouvernement néerlandais Mark Rutte, lui aussi partisan de cette politique, "un confinement empêcherait, au contraire, l’immunisation et favoriserait le retour, plus tard dans l’année, du virus", rapporte Le Monde. L'immunisation d'une part de la population permettrait quant à elle que "le groupe des personnes immunes forme un bouclier pour les personnes plus fragiles", soutient Jaap van Dissel, directeur de l’Institut national de santé publique néerlandais. Autre avantage de cette stratégie, et pas des moindres : "elle permet au pays de conserver une activité économique" [France Info].

La stratégie d'immunisation collective est ainsi "bien plus élaborée que celle d'autres pays, et potentiellement très efficace", indique Ian Donald, professeur de sociologie à l'université de Liverpool. "Mais elle est également plus risquée et fondée sur un certain nombre d'hypothèses", nuance-t-il [France Info]. Un "pari vertigineux", pour Le Matin : "on ne connaît pas assez le nouveau coronavirus pour savoir 'ce qu'il provoque en termes immunologiques' ", a estimé une porte-parole de l'OMS au micro de la BBC. Pour plusieurs spécialistes belges, cette approche met ainsi "en péril les efforts déployés dans les pays voisins et l’Union européenne en général", rapporte Le Monde.

Tendance européenne au confinement

Ces critiques ont eu un écho au Royaume-Uni, où un rapport de l'Imperial College de Londres indiquant que "l'épidémie de Covid-19 pourrait faire jusqu'à 510 000 morts au Royaume-Uni", si aucune mesure n'était prise, a suscité l'indignation [France Info]. Boris Johnson, qui préconisait jusqu'alors de "se laver les mains régulièrement et s'isoler pendant sept jours en cas de symptômes" [France Info], a ainsi annoncé en début de semaine "quelques mesures plus restrictives", avant d'imposer à son tour la fermeture des écoles à compter de ce vendredi 20 mars.

Un revirement qui isole encore plus Stockholm et La Haye. Les deux pays, qui insistent sur leur volonté de ne "pas aller plus loin", prennent progressivement des mesures plus drastiques : dimanche 15 mars, "le gouvernement néerlandais a ordonné la fermeture des écoles, bars, restaurants, magasins non nécessaires", rapporte Le Matin. En Suède, "les rassemblements de plus de 500 personnes sont interdits, (…) les universités et lycées sont fermés, mais pas les écoles", ajoute La Tribune de Genève.

Se dirige-t-on vers un confinement général européen ? A Bruxelles, la Commission européenne affirme encore "qu’il ne lui appartient pas de commenter des stratégies nationales", indique Le Monde. Les chiffres actuels portant sur le nombre de contaminations et de décès ne permettent pas, à l’heure actuelle, de trancher en faveur d'une stratégie ou d'une autre : "c’est l’histoire qui montrera si le résultat est très différent", résume le ministre norvégien de la Santé, Bent Hoie.

 

 

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