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[Revue de presse] Financement du Pacte vert européen : le "millefeuille" à 1 000 milliards peine à convaincre

Revue de presse 16.01.2020

Un mois après l'annonce des grands principes du Pacte vert européen, la Commission européenne a présenté mardi 14 janvier ses idées pour le financer. Eminemment complexe, ce "millefeuille" à 1 000 milliards d'euros, qui repose en grande partie sur l'investissement privé, devrait notamment permettre de soutenir les pays les plus en retard dans leur transition énergétique. Mais la bataille économique et politique ne fait que commencer.

Frans Timmermans, vice-président exécutif de la Commission en charge du climat, aura pour mission de mettre en œuvre le Pacte vert - Crédits : Gabor Kovacs / Flickr European Parliament CC BY 2.0

Frans Timmermans, vice-président exécutif de la Commission en charge du climat, aura pour mission de mettre en œuvre le Pacte vert - Crédits : Gabor Kovacs / Flickr European Parliament CC BY 2.0

"Après avoir dévoilé en décembre les grands axes de son Green Deal ou Pacte vert […], la Commission européenne d'Ursula von der Leyen rentre désormais dans le dur", annonce L'Usine Nouvelle. Mardi 14 janvier, la présidente de la Commission a présenté devant le Parlement européen son plan pour financer son ambitieux programme écologique. Car "la neutralité carbone que l’Union veut atteindre en 2050 va avoir un coût faramineux", prévient Libération. A ce titre, la Commission européenne "compte mobiliser pas moins de 1 000 milliards d’euros durables entre 2021 et 2030" [La Croix].

"La Commission précise qu'au total au moins 25 % du budget de l'Union européenne devrait, à terme, être consacré à la transition écologique, notamment pour aider les pays producteurs de carbone - Allemagne, Pologne, Hongrie, Tchéquie - à se convertir", précise L'Obs. Ainsi, l'exécutif européen entend bien soutenir les pays les plus en retard dans la transition énergétique. "C’est notre serment de solidarité et d’équité pour ceux qui font face aux défis les plus graves, afin qu’ils fassent ce chemin avec nous", a déclaré le Néerlandais Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne chargé du Pacte vert [Le Figaro].

Pacte vert européen : le programme écologique de la nouvelle Commission

"Embarquer les récalcitrants"

Le plus grand défi pourrait être, en effet, de convaincre les pays les plus dépendants des énergies fossiles de soutenir le Green deal. "Ce n’est pas un hasard si la Pologne a refusé, lors du sommet européen de décembre dernier, de souscrire à [l'objectif de neutralité carbone en 2050] en attendant d’en savoir plus sur les aides financières promises par Ursula von der Leyen", rappelle Libération. Depuis, "la Commission […] fait tout pour embarquer les récalcitrants ou ceux pour qui les efforts sont élevés", analyse donc L'Usine Nouvelle.

Un nouveau fonds, intitulé "mécanisme de transition juste" et présenté le 14 janvier par Frans Timmermans, devrait ainsi voir le jour pour tenir compte "de la difficulté pour certaines régions de réaliser leur transition", indique le média. Des "subventions dédiées, garanties et prêts fléchés" seraient accessibles à "certaines régions, ou plus finement des départements selon des critères qui seront discutés avec les Etats", poursuit le magazine. "A ce stade, la Commission propose que ces zones se caractérisent par un fort niveau d’émissions, une part élevée d’emplois dépendant d’activités carbone et un indicateur de prospérité relative".

"Ce dispositif suffira-t-il à rallier la Pologne au Pacte vert et à y arrimer la République tchèque et la Hongrie, encore très dubitatives ?", s'interroge néanmoins Le Monde dans un éditorial. Dans tous les cas, "les batailles autour des chiffres, du mode de gouvernance de ces nouveaux outils et des critères pour y avoir accès s’annoncent encore nombreuses et intenses", prévient La Croix.

"Millefeuille"

Réunir les 1 000 milliards d'euros nécessaires à l'ensemble du programme entre 2021 et 2030 s'annonce complexe. Le Figaro qualifie ainsi le système de financement proposé de "millefeuille". "Sur ce montant, 503 milliards d’euros seraient pris sur le budget européen", rapporte le quotidien. Le reste proviendrait d'autres investissements publics (par exemple de la Banque européenne d'investissement), mais aussi d'investissements privés.

"Le Pacte vert a besoin d'importants investissements, que nous allons transformer en opportunités d'investissements", a ainsi déclaré Ursula von der Leyen devant les eurodéputés [Politico]. "Le plan que nous présentons aujourd'hui […] va montrer la direction et libérer une vague d'investissements verts", a-t-elle promis. Cet effet de levier, organisé à la fois par la Banque européenne d'investissement et le programme InvestEU, "permettrait de mobiliser 279 milliards" [Le Figaro].

De leurs côtés, "les cofinancements nationaux représenteraient 114 milliards", ajoute Le Figaro. Tandis que le Fonds pour la transition juste, doté de 7,5 milliards d'euros, permettrait de mobiliser "environ 100 milliards d'euros" entre 2021 et 2027, selon Frans Timmermans. Ce mécanisme fonctionnerait donc, lui aussi, par effet de levier. Le principe serait que "pour un euro investi [par l'UE], la région abonde d’au moins 1,5 euro en prenant dans sa part de fonds FEDER (les fonds de cohésion régionale existants) et que les Etats mettent également au pot", explique L'Usine Nouvelle.

Un programme critiqué

Mais ce programme ne parvient pas à contenter tout le monde pour le moment. "La Commission européenne s'est réveillée douloureusement de ses rêves verts, tandis que les critiques assaillaient ses plans financiers de lutte contre le changement climatique", déclare ainsi Politico.

En ligne de mire, la quantité "d'argent frais" réellement proposé par la Commission. "Monsieur Timmermans, s'il vous plaît. Nous savons tous les deux qu'il n'y a pas 100 milliards d'euros dans le mécanisme de transition juste, mais 7,5 milliards", a ainsi déclaré l'eurodéputé écologiste Niklas Nienaß dans l'hémicycle de Strasbourg. "Quand un magicien de rue essaie de tromper son public de cette manière, nous appelons cela un tour de passe-passe", a dénoncé le parlementaire [Politico].

L'eurodéputée française Aurore Lalucq, du groupe des Socialistes et démocrates, déplore pour sa part un manque d'ambition. Son groupe réclame notamment que les investissements verts ne soient pas comptabilisés dans le déficit : "nous restons soumis aux dogmes budgétaires, comme la barre des 3 % de déficit", déplore l'élue qui appelle à un changement de modèle plus profond [L'Obs]. Une opinion que ne partage toutefois pas son compatriote Pascal Canfin, élu sur la liste centriste Renaissance. Ce dernier estime que le Pacte vert est le "plus grand plan de transition écologique jamais adopté à l'échelle d'un continent". "Cette politique générera davantage d'emplois et d'investissements dans les économies européennes", ajoute ce soutien d'Emmanuel Macron qui préside la commission de l'Environnement du Parlement européen [L'Obs].

La présentation du projet étant effectuée, il est désormais "temps pour les négociateurs des États membres (au sein du Conseil de l’UE) et ceux du Parlement européen de s’emparer du dossier", conclut La Croix.

 

 

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