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[Revue de presse] Face à la Russie, les Européens ouvrent la voie à des sanctions

Revue de presse 23.02.2021

Lundi 22 février, les 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont mis d'accord pour sanctionner des dignitaires russes, en réaction à l'emprisonnement de l'opposant politique Alexeï Navalny. Une manœuvre diplomatique délicate, qui demande à être complétée selon plusieurs observateurs de la scène bruxelloise.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont donné leur feu vert à des sanctions contre des hauts représentants russes, dans un contexte de dégradation des relations entre les deux blocs

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont donné leur feu vert à des sanctions contre des hauts représentants russes, dans un contexte de dégradation des relations entre les deux blocs - Crédits : Conseil de l'UE

"Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont ouvert la voie, lundi, à des sanctions contre quelques hauts fonctionnaires du régime russe", font savoir Les Echos. Cette décision fait suite à l'emprisonnement du principal opposant au Kremlin Alexeï Navalny, condamné à deux ans et demi de prison en fin de semaine dernière "et dont l’UE réclame (en vain) la libération" [La Libre]. Le haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères Josep Borrell a ainsi été chargé de proposer "une liste de noms de responsables russes à sanctionner, mais aucun oligarque ne devrait être concerné", ont précisé les diplomates à RFI. Si la liste n'est pas officiellement connue, "il semble probable que le président du Comité d’enquête de la fédération de Russie, le procureur général, le directeur des prisons et celui de la Garde nationale seront interdits de voyage dans l’Union européenne et y verront leurs avoirs gelés, s’ils en ont", rapporte Libération.

Pour les Etats membres de l'UE, l'enjeu de cette réunion consistait donc  "à tirer les conclusions des tensions grandissantes avec la Russie, [...] et à agir en conséquence, à Vingt-Sept" résume La Libre. Pour ce faire,  "l’Union active, pour la première fois, son tout nouvel instrument de sanction des violations graves des droits de l’homme" dont elle s'est dotée fin 2020, poursuit le quotidien belge. "Ce cadre transversal permet désormais au bloc, comme le font les Américains avec la loi Magnitsky, de réagir plus vite, sans passer par la longue et fastidieuse création d’un régime de sanctions ad hoc pour un pays donné", complète Anne Rovan pour Le Figaro. Il s'agit là d'une "décision emblématique, qui reflète la dégradation des relations entre deux puissances voisines".

Loi Magnitsky européenne : un nouveau régime de sanctions contre les violations des droits de l'homme dans le monde

Le haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

Mission diplomatique périlleuse

La tâche des Etats membres n'était pas aisée. "Il fallait à la fois ne pas (trop) fâcher la Russie tout en maintenant l’unité des Vingt-Sept tout en se montrant ferme sur les principes", explique Jean Quatremer dans les colonnes de Libération. Néanmoins, "en dépit de leurs profondes différences d'approches sur le sujet", les pays de l’UE "pouvaient difficilement rester les bras croisés", analysent Les Echos. "Le déplacement désastreux du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a-t-il finalement permis de souder les Européens face à la question russe?", s'interroge en écho Le Figaro. Pour le journal,  "au travers du haut représentant, c’est bien l’UE qui a été ridiculisée début février par le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov". La visite de Josep Borrell à Moscou aurait ainsi eu pour effet de "réellement unifier l'UE contre la Russie aujourd'hui". "Les diplomates de tous les pays […] ont tous critiqué le comportement de la Russie à l'égard de l'Union européenne", et ont permis à Josep Borrell d'adopter un ton plus dur à l'égard de la Russie, selon France 24.

Reste que le consensus n'a pas été évident à obtenir concernant la nature des sanctions à adopter. Ainsi, "de nombreuses capitales européennes craignent que des sanctions économiques ne se retournent contre elles, l’affaire n’étant jamais à somme nulle puisque la Russie est aussi un pays d’exportation", analyse Jean Quatremer pour Libération. Parmi elles figurerait Berlin, qui tient "comme à la prunelle de ses yeux" au projet de gazoduc Nord Stream 2 acheminant le gaz naturel russe jusqu'en Allemagne, affirme le journaliste. En Pologne à l'inverse, le ton est plus tranché. Le ministre polonais des Affaires étrangères, Zbigniew Rau, a ainsi "plaidé avec force en faveur de nouvelles sanctions, notant que la Russie avait constamment démontré qu'elle n'était pas intéressée par une coopération mutuellement bénéfique avec l'UE", ont rapporté deux participants de la réunion à Politico.

En amont de la rencontre, Heiko Maas, le ministre allemand, avait pourtant "avoué être en faveur de la préparation de sanctions, tout en maintenant ouverte la possibilité du dialogue". "Nous avons besoin de l'aide de la Russie dans nombre de conflits internationaux", invoquait-il [Les Echos]. Une posture "qui résume finalement la décision prise par les Européens" en ouvrant la voie à des sanctions "inattaquables juridiquement, focalisées sur le cas d'Alexeï Navalny", sans viser plus largement "des oligarques russes et des proches du régime, comme le plaidaient les soutiens à l'opposant", poursuit le journal économique. "Nous ne devons pas sanctionner des gens parce qu’ils ne nous plaisent pas mais parce qu’ils sont liés aux faits reprochés", a répliqué Josep Borrell pour justifier l'approche choisie [Le Figaro].

Les sanctions, un levier de négociation

Résultat, pour un bon nombre d'observateurs, ces sanctions relèvent du "symbolique", "puisque aucun des proches de Vladimir Poutine qui pourrait être véritablement affecté par ces sanctions n’est visé", estime Jean Quatremer. D’après le correspondant à Bruxelles de Libération, "ce ne sont pas les sanctions européennes qui vont empêcher Vladimir Poutine de dormir".

Si "elles sont nécessaires politiquement [pour] ne pas laisser des régimes dans l’impunité et soutenir des victimes qui se disent qu’il y a une justice quelque part, elles ne sont pas une politique", pas plus qu'elles "ne changent un régime", analyse un diplomate pour qui "il faut avoir d’autres moyens d’action" [Le Figaro]. Un avis partagé par Clara Portela, chercheuse à l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne interrogée dans La Croix. Selon elle, "sanctionner les individus responsables peut ne pas avoir d'effet à court terme" mais cela peut servir "d'avertissement". Par ailleurs, elles peuvent être utilisées comme un argument de négociations, pour conditionner le retrait d'un nom de la liste noire. "Dans tous les cas, les sanctions […] ne sont qu'un outil, et doivent être combinées avec d'autres actions, dans le cadre d'une politique cohérente et en coopération avec d'autres acteurs pour être efficaces", conclut la chercheuse.

Pour cela, les Européens pourraient bénéficier du soutien américain. En effet, "contrairement à Donald Trump, Joe Biden n’entretient aucune illusion à l’égard de Vladimir Poutine, ce qui annonce un changement de ton envers la Russie", analyse Libération. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les Européens ont invité le nouveau secrétaire d'Etat américain Antony Blinken "à une discussion informelle, une première depuis quatre ans", relève le quotidien. Avant de s'interroger sur les conséquences de ce possible rapprochement avec Washington : "retrouver un puissant allié donnera-t-il davantage d’assurance à la politique russe de l’Union européenne ?"

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