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[Revue de presse] Europe de la défense : lancement d'une nouvelle structure de coopération

Revue de presse 08.11.2018

Les dix pays signataires de l'Initiative européenne d'intervention (IEI) se sont réunis pour la première fois à Paris mercredi 7 novembre. Cette réunion concrétise le lancement de cette nouvelle structure qui vise à mettre en place une coopération militaire renforcée entre les États jugés "capables et volontaires". Mais une véritable armée européenne n'est pas à l'ordre du jour.

L'Eurofighter Typhoon, fruit de la coopération entre le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne

L'Eurofighter Typhoon, fruit de la coopération entre le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne - Crédits : RobHowarth / iStock

Née en juin 2018, l'Initiative européenne d'intervention (IEI) "vise à intensifier les échanges entre états-majors de [dix] pays jugés 'capables et volontaires' pour réagir rapidement et de façon coordonnée en cas de besoin", explique Ouest France. "Lancée par la France", elle concerne différents types d'intervention : "opération militaire classique, catastrophe naturelle, évacuation de ressortissants".

Les parties prenantes au projet sont "la France, l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, l'Estonie, l'Espagne, le Portugal", ainsi que "le Royaume-Uni, maintenu par ce biais à bord de la défense européenne malgré le Brexit", poursuit le quotidien régional. Mercredi 7 novembre, la Finlande a également rejoint les rangs de l'IEI, ajoute Challenges, "un signal de l'attractivité et du dynamisme" de l'Initiative selon la ministre française des Armées Florence Parly.

Contourner l'unanimité pour plus de flexibilité

"Les ministres de la Défense réunis à Paris" mercredi devaient "s’accorder sur une 'feuille de route' énonçant les priorités politiques (zones géographiques, risques et menaces…) sur lesquelles leurs états-majors travailleront ensemble dès le lendemain", rapporte Euractiv.

Avec l'IEI, "il s'agit (…) de renforcer la capacité des Européens à agir de façon autonome pour garantir leur sécurité à chaque fois que c'est nécessaire", indique une source de l'entourage de Florence Parly citée par RFI. Cette nouvelle structure vient "en complément de l'Otan et de l'Union européenne".

La politique de défense est en grande partie une compétence nationale et si une intensification de la coopération est observée, les divergences entre les États membres sur ce sujet demeurent fortes. Pour les responsables français, l'IEI procure donc "un cadre flexible, contrairement à ce qu'on a déjà où il faut forcément l'unanimité entre les pays pour pouvoir commencer à avancer et où chaque pays peut de facto imposer un veto", poursuit RFI.

"L’unanimité ne doit pas être la règle", a ainsi souligné Mme Parly citée par Challenges : "l’IEI se distingue des initiatives existantes, en ce qu’elle offre la flexibilité nécessaire pour permettre à chaque membre de travailler sur les sujets qui sont au cœur de ses préoccupations stratégiques".

La défense européenne : un sujet "ultrasensible"

Avec l'IEI, le "chantier de la défense européenne avance pour la première fois depuis longtemps", estime Pierre Haski sur France Inter. En effet, "le débat sur l’Europe de la défense est un serpent de mer de la construction européenne, qui a généré plus de colloques que de manœuvres militaires", poursuit le chroniqueur. La Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) fait face, entre autres, à des intérêts géopolitiques trop divergents des États membres pour permettre une intégration stratégique plus complète.

La politique de sécurité et de défense commune (PSDC)

Une faible intégration également liée au refus de mutualiser une charge aussi régalienne : "la défense est […] un sujet central de la souveraineté des États, ce qui explique sa nature ultrasensible", analyse Pierre Haski.

Emmanuel Macron a pu en prendre la mesure cette semaine : "de tous côtés, les critiques ont fondu" sur le Président après qu'il a déclaré au micro d'Europe 1, mardi 6 novembre, vouloir une "vraie armée européenne pour défendre le continent face à la Russie", relate France Inter.

"Je ne crois pas à ce fantasme d'une armée fédérale européenne", a ainsi rétorqué le président du parti Les Républicains Laurent Wauquiez, selon Le Figaro : "une armée, c'est quelque chose qui nécessite une concentration du pouvoir de décision". Il propose en revanche que "la France et l'Allemagne ensemble mettent plus fortement à disposition" leurs moyens militaires "pour assurer la sécurité […] des frontières européennes face à la Russie".

Une armée européenne est-elle possible ?

Finalement, une armée européenne est-elle possible, s'est-interrogé 20 minutes ? Pour Emmanuel Macron "l’Europe ne peut plus remettre sa sécurité aux seuls États-Unis". Pourtant, "certains pays membres comptent avant tout sur l’Otan pour les défendre", commente le quotidien. Yves Boyer, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) en convient : "on a vu en septembre le président polonais prêt à débourser au moins deux milliards de dollars pour l’implantation d’une base américaine sur son sol". De même, les Allemands "ont dans leurs gènes depuis 1945 la structure transatlantique", ajoute le spécialiste.

Enfin, pour le chercheur de la FRS, le sujet de l'Europe de la défense n'est pas un débat récent : il remonte à 1948, avec le traité de Bruxelles qui instaure une alliance défensive entre la France, le Royaume-Uni, et les pays du Benelux. "Depuis, on n’a pas cessé côté français notamment, de remettre le projet au goût du jour", indique-t-il à 20 minutes. "Il y a eu des coopérations, des structures, des avancées, des échecs".