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[Revue de presse] État de droit : Hongrie et Pologne font bloc et continuent de paralyser le budget européen

Revue de presse 27.11.2020

Jeudi 26 novembre, les Premier ministres hongrois et polonais se sont retrouvés à Budapest pour coordonner leur opposition au mécanisme qui conditionne le versement des fonds européens au respect de l’état de droit. Alors qu'ils en avaient pourtant accepté le principe en juillet, les deux chefs de gouvernement menacent maintenant le budget européen et le plan de relance.

Derrière ce double veto, certains observateurs ne voient ni plus ni moins qu'une remise en cause du projet européen - Crédits : Krystian Maj / Flickr Kancelaria Premiera CC BY-NC-ND 2.0

Derrière ce double veto, certains observateurs ne voient ni plus ni moins qu'une remise en cause du projet européen - Crédits : Krystian Maj / Flickr Kancelaria Premiera CC BY-NC-ND 2.0

A Budapest, "le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki rencontrait jeudi 26 novembre son homologue hongrois, Viktor Orbán", rapporte La Croix. Ensemble, les deux dirigeants ont élaboré "un schéma de sortie de crise" pour "définir les conditions de levée de leur veto au plan de relance et au budget européen", poursuit le journal. Mais, "loin de céder à la pression de l'immense majorité de leurs partenaires européens", les deux hommes ont, à l'inverse, fait une nouvelle fois part de leur refus "de voir lier l'attribution des aides européennes au respect de l'état de droit" [Les Echos]. "Alors qu'ils en avaient accepté le principe lors du sommet européen du mois de juillet [...] les deux dirigeants ont depuis fait marche arrière", poursuit le quotidien économique. 

La relance européenne menacée

Pour les deux dirigeants, "le débat de l'UE sur l'état de droit ne doit pas être lié aux moyens de surmonter la crise économique", résume Euronews. "Celui qui les lie est irresponsable, car la crise a besoin de décisions économiques rapides", a déclaré le président hongrois, à l'issue de la rencontre. A l'inverse, "pour les contributeurs nets au budget, Pays-Bas en tête, cette conditionnalité est indispensable", complète L’Echo. Mateusz Morawiecki et Victor Orbán  estiment que "si les intérêts financiers de l'UE devaient être liés à l'état de droit [...] une conférence intergouvernementale devrait être convoquée pour modifier les traités de l'UE en conséquence" - une perspective "inenvisageable" pour Bruxelles [Financial Times]. 

Aux inquiétudes des deux pays sur le plan juridique, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a répondu qu’ils pouvaient toujours "s'adresser à la Cour de justice européenne" en cas de doute. "C'est dans cette enceinte que nous avons coutume de résoudre nos désaccords sur les textes de droit [...] et pas au détriment des millions d'Européens qui attendent notre aide de toute urgence", a t-elle affirmé [La Croix].

Le durcissement de la position polono-hongroise "complique sérieusement les efforts du bloc pour adopter un nouveau budget sur sept ans", procédure qui requiert l’unanimité au Conseil [Financial Times]. "Les leaders européens se dirigent maintenant vers un affrontement majeur sur l'état de droit lors de leur prochain sommet du Conseil européen des 10 et 11 décembre", annonce Politico. Si le blocage persiste à ce moment-là, "l'UE devra activer le mécanisme des douzièmes provisoires afin de disposer des budgets minimaux dès 2021", prévient L’Echo. De son côté, le Financial Times évoque une autre solution, "plus radicale" qui consisterait à "contourner les États qui bloquent le budget et de faire en sorte que les 25 [autres] États membres s'entendent sur le plan de relance".

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Remise en cause du projet européen

Derrière ce double veto, certains observateurs ne voient ni plus ni moins qu'une remise en cause du projet européen. Depuis Bruxelles, Jean-Pierre Stroobants écrit dans Le Monde que "M. Orban et ses collègues voudraient réduire [l'Union européenne] à un rôle de simple tiroir-caisse", conformément à leur vision qu'il juge "purement opportuniste d’une Europe qui continuerait à leur fournir les moyens de leur développement mais serait paralysée dès qu’elle ambitionnerait de jouer un rôle stratégique". Le correspondant du journal s’agace de l’attitude des dirigeants hongrois et polonais qui "continuent de refuser qu’on leur impose une évidence. A savoir, que leur gouvernement se conforme à l’article 2 des traités, celui qui évoque ‘une Union fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’état de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités’" [Le Monde].

De son côté, Varsovie voit à travers ce mécanisme "un combat idéologique contre ses valeurs, notamment contre sa détermination à restreindre l'avortement", ce qu’a démenti "Ursula von der Leyen mercredi devant les eurodéputés", indique La Croix. "C'est extrêmement dangereux pour la cohésion de l'Europe, c'est une mauvaise solution qui menace de briser l'Europe à l'avenir", a déclaré le chef du gouvernement polonais. Pour lui, "des mécanismes exclusifs similaires pourraient être utilisés à l'avenir contre d'autres pays, sur d'autres questions" [Euronews]. Les parlementaires, qui ont poussé pour l’adoption du mécanisme, restent eux aussi "déterminés". "Les citoyens européens croient en la démocratie et veulent des garanties solides contre la corruption. Notre relance post-Covid ne sera pas prise en otage par deux politiciens dont les actions ne feront que nuire à leur propre peuple", a assuré le Roumain Dacian Cioloș, président du groupe Renew Europe jeudi soir [Les Echos].

 

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