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[Revue de presse] En Europe, la présidentielle américaine relance le débat sur l’autonomie stratégique du continent

Revue de presse 05.11.2020

Le vainqueur du scrutin présidentiel américain n’est toujours pas connu deux jours après la tenue du vote. Cette élection amène les Européens à s'interroger sur leur place dans le monde, face à des Etats-Unis qui se désinvestissent depuis plusieurs années de leur relation avec le Vieux Continent. 

Avec l'élection présidentielle américaine, la relation entre l'Europe et les Etats-Unis est de nouveau en question - Crédits : btgbtg / iStock

Avec l'élection présidentielle américaine, la relation entre l'Europe et les Etats-Unis est de nouveau en question - Crédits : btgbtg / iStock

Publié le 5 novembre à 13 heures.

Si le candidat démocrate Joe Biden est à l'heure où nous écrivons ces lignes ce jeudi 5 novembre, "sur le point de remporter l'élection présidentielle américaine de 2020, avec 264 votes du collège électoral, soit six de moins que les 270 dont il a besoin" [Financial Times], l’issue du scrutin reste incertaine, deux jours après sa tenue. Quatre Etats n'ont toujours pas terminé de compter leurs votes. Ce sont ces Etats "qui feront la différence entre la réélection de M. Trump et une présidence d'un seul mandat : la Pennsylvanie, la Géorgie, la Caroline du Nord et le Nevada", résume Politico. Les résultats étant serrés, l’équipe de campagne du président républicain sortant a d’ores et déjà "demandé un recomptage dans le Wisconsin [Etat pivot gagné par Biden] et a intenté des poursuites en Géorgie, au Michigan et en Pennsylvanie" [Politico]. 

Les résultats officiels pourraient n’être connus que dans quelques jours. L’issue incertaine du scrutin laisse ainsi "les alliés des États-Unis […] en état de suspension", note Le Figaro. Quelle que soit l'issue de l’élection présidentielle américaine, "les relations ne seront plus les mêmes entre les Etats-Unis et l'Union européenne", prévient sur Europe 1, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. 

[Revue de presse] Elections américaines : les Européens retiennent leur souffle

Ce qui se passe aux Etats-Unis ne reste pas aux Etats-Unis

"Ce qui se passe en Amérique ne reste pas en Amérique", pointe Politico, soulignant ainsi l'alliance de longue date qui lie les deux blocs. En matière de relations transatlantiques, "les Européens ont été largement traumatisés par les années Trump", estiment Les Echos. Le quotidien économique dresse une liste des sujets ayant fait l’objet de tensions durant le mandat de Donald Trump : "Le climat ? Le président américain s'est retiré de l'accord de Paris. La diplomatie ? Il n'a cessé de mettre en cause l'Union européenne, se réjouissant du Brexit ou exerçant sur l'Europe une pression massive en matière de Défense. Il a également fait le choix de se retirer de l'accord nucléaire avec l'Iran. Le commerce ? Des droits de douane ont été imposés […]. Le multilatéralisme ? Donald Trump s'est employé à l'affaiblir un peu plus, en particulier à l'OMC, devenue presque inopérante" [Les Echos].

Le commerce extérieur de l'Union européenne

Une victoire de Joe Biden ne signifierait pas pour autant que les Européens pourraient s'attendre au retour d'une "Amérique amicale et protectrice", considère Pierre Haski sur France Inter. S'il était élu, le candidat démocrate devrait tenir compte de "la résistance plus que réelle du président sortant et de son nationalisme ‘America first’" ainsi que "des priorités assurément domestiques". A cela s’ajoutent des tendances plus lourdes : "le retrait américain des affaires européennes est une tendance longue", note ainsi Le Figaro. Une analyse partagée par le commissaire français au marché intérieur Thierry Breton, au micro d’Europe 1 mercredi. Selon lui, "l'Amérique a beaucoup changé, sous la présidence Trump mais pas uniquement […]. Barack Obama ne cessait de dire aux Européens qu'ils devaient prendre leur destin en main et accroître leur défense eux-mêmes. Trump a amplifié cette tendance". "Pris dans une confrontation stratégique primordiale avec la Chine, les Etats-Unis ont toutes les raisons de se désintéresser durablement d'une Europe qui prend conscience, elle, de la nécessité de ‘prendre son destin en main’", complètent les Echos

Une Europe qui a appris à faire "cavalier seul"

L’incertitude autour des résultats de l’élection américaine a ainsi "remis sur la table le débat européen sur l’autonomie stratégique, en faisant valoir que la relation transatlantique, la défense de l’Europe et sa place dans un monde changeant, ne pouvaient pas être les otages, tous les quatre ans, de quelques milliers d’électeurs du Wisconsin, qui, au demeurant, ne se sentent guère concernés par ces enjeux", analyse Pierre Haski [France Inter].

De fait depuis quatre ans, "l'Europe a appris à ‘faire cavalier seul’ pendant les années Trump", a déclaré l’ancienne responsable de la politique étrangère de l'UE Federica Mogherini [Politico]. Sur Europe 1, Jean-Yves Le Drian insiste sur le chemin parcouru par les Européens ces dernières années : "ce qui a bougé, c’est le fait que l’Europe a affirmé sa souveraineté depuis quatre ans". Le ministre donne des exemples : "l’Europe s’est dotée d’un fonds européen de défense […], a affirmé sa volonté de faire en sorte qu’elle ait sur son propre territoire des champions économiques [et] d’avoir une régulation numérique qui lui permette d’avoir de l’autonomie". 

Que Joe Biden ou Donald Trump l'emporte, "entre l'Europe et les Etats-Unis, rien ne sera plus jamais tout à fait comme avant", considèrent Les Echos. "Les Européens vont devoir vivre longtemps avec des Etats-Unis peu coopératifs et faisant volontiers cavalier seul", selon Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman. "S'ils peuvent éventuellement attendre un ton plus coopératif de la part de Joe Biden, défenseur de la relation transatlantique, ils savent que les années Trump risquent d'avoir marqué une inflexion durable dans une relation appelée à se distendre” [Les Echos].

Le retour de ces débats en période d’élection présidentielle américaine est ainsi vu comme un signe positif par Pierre Haski, qui estime que “le résultat disputé de l’élection aura finalement une vertu : replacer les Européens face à leurs responsabilités ; et cette leçon vaut quel que soit le vainqueur à l’arrivée” [France Inter]. 

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