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[Revue de presse] En Europe et dans le monde, les hommages à l'ancien président Jacques Chirac

Revue de presse 27.09.2019

Décédé le jeudi 26 septembre à l'âge de 86 ans, Jacques Chirac a marqué la vie politique française pendant quatre décennies. Comme Premier ministre puis comme président de la République de 1995 à 2007, il a tissé avec ses partenaires européens des liens faits de rivalités et d'admiration. La presse étrangère ainsi que les responsables politiques rendent aujourd'hui hommage à l'homme d'Etat et à son engagement.

Discours de Jacques Chirac lors de la signature du Traité de Nice, le 26 février 2001 - Crédits : Frédéric De La Mure / Commission européenne

Discours de Jacques Chirac lors de la signature du Traité de Nice, le 26 février 2001 - Crédits : Frédéric De La Mure / Commission européenne

L'ancien chef d'Etat français avait connu un "fulgurant regain de popularité"… depuis son départ de l'Elysée en 2007, rapporte Marianne. Auprès de la population, le Corrézien avait retrouvé une image de "président sympa" [Le Parisien], que La Croix (avec l'AFP) explique par une "nostalgie des années 70-80". Mais il avait également marqué les esprits à l'étranger, où il a incarné pendant près de quarante ans "une France 'fidèle à ses alliances mais non vassale'", selon les mots de l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine [Le Monde]. Et de la part de ses collègues européens, les hommages affluent.

De Londres à Moscou

Si le parcours politique de Jacques Chirac a été marqué de plusieurs échecs, ce sont en ces jours d'hommage ses succès et ses qualités humaines qui sont avant tout rappelés par les dirigeants européens.

Au Royaume-Uni, "John Major [Premier ministre de 1990 à 1997] et Boris Johnson ont tous les deux loué ses prouesses politiques" [BBC]. Tony Blair, qui a dirigé le gouvernement de 1997 à 2007, a quant à lui salué "une figure imposante de la politique française et européenne sur plusieurs décennies", qui "était toujours d'une gentillesse et d'une générosité sans failles", rapporte le Telegraph.

Toutefois, le journal fait également état des animosités entre Jacques Chirac et l'ancienne dirigeante Margaret Thatcher. L'ancien président n'avait effectivement pas hésité à employer des termes guère aimables, et c'est un euphémisme, à l'encontre de la Première ministre britannique lors d'un sommet européen en 1988, rappelle Marianne. Jacques Chirac disait par ailleurs, à propos des Britanniques, qu'on "ne pouvait pas faire confiance à des gens qui cuisinaient aussi mal" [Telegraph].

Ailleurs en Europe, on garde de meilleurs souvenirs des rapports avec l'ancien président. En Espagne, le Premier ministre Pedro Sánchez l'a qualifié de "leader ayant marqué la politique européenne" [El País], tandis qu'en Italie le président Sergio Mattarella a "appris avec tristesse la nouvelle de la disparition de Jacques Chirac", une "figure éminente, (…) un interprète lucide de la vocation européenne de la France" [La Repubblica].

Mais son plus grand éloge vient sans doute du Kremlin, où le Président russe Vladimir Poutine, "un admirateur notoire de Chirac" pour la BBC, "a salué un dirigeant 'sage et visionnaire (…) ayant toujours défendu les intérêts de son pays'" [Le Monde].

Un attachement à l'Europe et au couple franco-allemand

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker, qui fut Premier ministre du Luxembourg pendant les deux mandats présidentiels de Jacques Chirac, s'est dit "touché et dévasté" par sa disparition [Le Monde]. "C’est son attachement au projet européen qui a fait de lui l’homme d’Etat qui va nous manquer", a déclaré l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, aujourd'hui élu au Parlement européen. Le futur président du Conseil européen Charles Michel a quant à lui salué son "courage d'avoir reconnu la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs", rapporte France 24 (avec l'AFP). Un passage marquant de sa présidence également apprécié outre-Rhin.

L'ancien chancelier allemand, Gerard Schröder, s'est par ailleurs attristé de la disparition d'un "Européen qui avait le sens de l'Histoire, un homme charmant" [Le Point]. "Il était clair pour lui que l'Europe ne peut bien fonctionner que si la France et l'Allemagne sont unies", poursuit-il : cet attachement au couple franco-allemand a contribué à la popularité de Jacques Chirac en Allemagne. Pour Le Point, il y était vu comme "un bon vivant", "proche du peuple". L'ancien président est même qualifié de "père de la nation" par le média FAZ [Les Echos].

Si Angela Merkel partage ce deuil d'un "partenaire et ami extraordinaire", la gauche allemande garde en mémoire la reprise des essais nucléaires en 1995, et "sa déclaration à propos du soutien des anciens pays communistes d’Europe de l’Est à la guerre en Irak, qui, selon lui, avaient 'manqué une bonne occasion de se taire'", explique Le Monde.

Un engagement européen en demi-teinte

Mais si Jacques Chirac a entretenu des rapports cordiaux avec ses voisins, il n'a pas toujours été un fervent partisan de la construction européenne.

Jacques Chirac, un Européen de raison

Si la presse anglaise et américaine semble parvois voir en lui un fédéraliste, qui "poussait pour une Europe plus fédérale" [BBC] et entretenait un "agenda domestique pro-européen" [Fox News], son engagement restait toutefois tourné vers une union d'Etats souverains : "en 2000, il se prononçait pour 'non pas des Etats-Unis d'Europe, mais une Europe Unie des Etats'", rappelle le New York Times.

Le Monde va même plus loin et le décrit comme "franchement eurosceptique lors de l’appel de Cochin, en 1978, avant de se prononcer en faveur du traité de Maastricht, en 1992". "Loin d’être un Européen convaincu (…) il a durablement affaibli le projet lui-même", développe Libération. Un engagement européen à l'image de sa carrière de "caméléon politique" [New York Times], à la fois mouvant et pragmatique.

 

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