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[Revue de presse] Elections en Bavière : les conservateurs en difficulté

Revue de presse 12.10.2018

Toute l'Allemagne aura le regard tourné vers les élections régionales en Bavière, dimanche 14 octobre. La CSU, parti frère de la CDU d'Angela Merkel et hégémonique dans ce riche Land du sud du pays, est en effet sur le point d'être désavouée. De nombreux électeurs devraient se reporter sur les Verts, qui proposent une alternative centriste, et l'AfD, le parti d'extrême droite qui poursuit sa progression.

Markus Söder, chef de file de la CSU, entouré de militants affichant le slogan du parti : "Oui à la Bavière"

Markus Söder, chef de file de la CSU, entouré de militants affichant le slogan du parti : "Oui à la Bavière" - Crédits : Markus Söder (Facebook)

"La Bavière vote et Berlin tremble". Le Monde reprend à son compte le titre d'une émission allemande à succès de la chaîne ARD. En effet, le Land du sud de l'Allemagne, région connue pour sa prospérité et sa stabilité, est sur le point de connaître son plus grand bouleversement politique depuis la Seconde Guerre mondiale.  

"Chambardement politique"

"Un grand chambardement politique est en cours en Allemagne", surenchérit Le Figaro. "L'inamovible CSU, qui se présentait comme le dernier grand parti d'Europe, est en passe de perdre sa suprématie régionale absolue" lors des élections bavaroises, dimanche 14 octobre, relate le journal.

Ce parti conservateur, associé à la CDU d'Angela Merkel, n'a perdu qu'une seule fois la majorité absolue en Bavière depuis 1962. C'était entre 2008 et 2013 et la CSU (Union chrétienne-sociale) avait tout de même obtenu 43,4% des voix, avant de reprendre son hégémonie lors du scrutin suivant, rappelle La Croix. "Aujourd'hui, elle oscille entre 33% et 35% dans les intentions de vote". Et la formation conservatrice se trouve concurrencée comme jamais par les Verts, crédités de 16 à 18% des suffrages, et l'Alternative pour l'Allemagne (AfD, extrême droite), qui devrait recueillir entre 10 et 14% des voix. Le Parti social-démocrate (SPD), partenaire gouvernement de la CDU et de la CSU, pourrait quant à lui terminer à une humiliante quatrième place, au coude à coude avec l'AfD.

Comme l'explique La Croix, "environ 9,5 millions de Bavarois", dont 600 000 nouveaux électeurs, "sont appelés dimanche à élire leurs 180 députés au Parlement régional pour un mandat de cinq ans" et seuls les partis ayant obtenu au moins 5% des suffrages "seront représentés".

Markus Söder, "Trump de Bavière"

Ce camouflet politique annoncé met logiquement Markus Söder, chef de file de la CSU, en difficulté. Qualifié de "Trump de Bavière" par France 2, qui le présente comme un homme "décomplexé sur la forme comme sur le fond", M. Söder a fait le choix d'axer sa campagne sur les thèmes de la sécurité et de l'immigration afin d'enrayer la progression de l'AfD. Favorable aux contrôles douaniers à la frontière autrichienne, il est connu pour avoir dénoncé le "tourisme de l'asile" et frontalement vilipendé la politique migratoire d'Angela Merkel. En outre, "exalter les traditions bavaroises" est, selon lui, le meilleur moyen de "conserver ses électeurs", indique encore France 2.

Mais il s'agit d'un pari risqué et qui ne s'est jusqu'ici pas révélé payant. L'actuel ministre-président du Land a, par conséquent, "recentré son discours", précisent Les Echos. Markus Söder dit désormais à ses électeurs que désavouer la CSU reviendrait à plonger la région dans l'instabilité. Et selon lui, en cas de déroute le 14 octobre, le gouvernement sera à blâmer, car c'est "moins son bilan que le 'théâtre berlinois'" que les Bavarois risquent de sanctionner".

Dans le viseur de M. Söder, Angela Merkel a, de fait, également beaucoup à perdre. Pour Le Figaro, une défaite en Bavière entamerait encore "l'autorité" de la chancelière. Une opinion que partage Michael Weigl, professeur à l'université de Passau interrogé par La Croix. "Cette élection en Bavière est d’une très haute importance pour Angela Merkel", confirme-t-il. "De nombreux électeurs de la CSU ne [la] supportent plus. D’autres, encore nombreux, continuent de la soutenir, mais demandent des changements dans sa manière de gouverner". Dans ce contexte "les voix dissidentes" se feront plus bruyantes si la CSU n'obtient pas un score élevé, l'échec pouvant être attribué à la chancelière et sa politique fédérale.

Les Verts et l'AfD attirent les déçus de la grande coalition

Les tourments des uns faisant le bonheur des autres, les écologistes sont annoncés en forte progression en Bavière. "Dans l’opposition à Berlin, les Verts attirent les déçus d’un gouvernement Merkel impopulaire, des sociaux-démocrates à gauche comme des conservateurs qui rejettent la ligne dure de la CSU bavaroise, notamment sur l’immigration", résume RFI. D'après Le Monde, il s'agit même d'une "tendance de fond". Se référant à une enquête de l'institut Forsa publiée le 6 octobre, le journal indique que " les Verts recueilleraient en effet 18% des voix en cas d’élections législatives anticipées, soit le double du score qu’ils ont obtenu en 2017".

Logiquement portés par l'importance des enjeux environnementaux pour les électeurs allemands, les écologistes tirent également profit de leur positionnement centriste. Ces derniers revendiquent, pour reprendre les mots de Katharina Schulze, tête de liste des Verts en Bavière, "une politique pro-libérale et pro-européenne qui résout les problèmes des gens" [Les Echos].

Le parti est ainsi aujourd'hui en passe d'arriver en deuxième position, devant le Parti social-démocrate toujours convalescent après cinq années de grande coalition, et devant l'AfD dont la campagne tend à stagner. La formation d'extrême droite, créée il y a seulement cinq ans, a certes placé ses thèmes de prédilection au cœur du débat et devrait faire son entrée au Parlement régional, mais "hésite" encore "entre la radicalisation et la main tendue aux conservateurs pour un jour gouverner", décrypte Le Figaro.

La campagne aura néanmoins été rythmée par le slogan du parti : "Merkel doit partir". Comme le décrit France Inter, dont le correspondant en Allemagne est allé à la rencontre des militants de l'AfD en Bavière, le rejet de la chancelière est le principal ciment des troupes. "Nous sommes en dictature. C'est Merkel, c'est le système-Merkel", martèle ainsi l'un d'eux, qui insiste aussi sur la porosité des frontières, qu'il compare à une "station-service" tant les douaniers sont, selon lui, peu nombreux.

Après la Bavière, la Hesse puis le congrès de Hambourg

Las pour les conservateurs allemands, deux autres échéances rapprochées devraient prolonger leur désarroi. Après la Bavière, la Hesse doit à son tour renouveler son Parlement, dimanche 28 octobre. Or "dans ce Land, le chef du gouvernement, un proche de la chancelière, Volker Bouffier, est loin d’être assuré de se maintenir", informe La Croix.

Puis la CDU tiendra son congrès à Hambourg début décembre. La cheffe du gouvernement sera candidate à sa réélection à la tête du parti, "condition de son pouvoir" selon elle [Le Figaro]. A cet égard, Mme Merkel pourrait être tentée d'écarter d'ici là Horst Seehofer, poids lourd historique de la CSU et actuel ministre de l'Intérieur. Le mauvais score de l'Union chrétienne-sociale aux élections en Bavière pourraient en effet constituer un excellent prétexte pour évincer celui qui ne cesse de critiquer sa politique migratoire. D'autant plus que pour le noyau dur de la CDU, "cette coalition ne fonctionne qu'avec cette chancelière" [Le Figaro]. Et vice-versa.