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[Revue de presse] Elargissement de l'UE : la France dit non à la Macédoine du Nord et à l'Albanie

Revue de presse 17.10.2019

Réunis le 15 octobre à Luxembourg, les ministres des Affaires européennes n'ont pas donné leur feu vert à l'Albanie et à la Macédoine du Nord pour ouvrir les négociations nécessaires à leur adhésion à l'UE. Les conditions ne seraient pas remplies, selon la France. Alors que la majorité des Etats membres estiment au contraire que d'importants progrès ont été accomplis.

Les Premiers ministres de Macédoine du Nord Zoran Zaev et d'Albanie Edi Rama, lors d'un sommet des Balkans en Albanie en 2017 - Crédits : Gouvernement de la République de Macédoine du Nord / Flickr

Les Premiers ministres de Macédoine du Nord Zoran Zaev et d'Albanie Edi Rama, lors d'un sommet des Balkans en Albanie en 2017 - Crédits : Gouvernement de la République de Macédoine du Nord / Flickr

"C’est une nouvelle douche froide pour l’Albanie et la Macédoine du Nord", rapporte Ouest-France. Alors que les deux pays sont candidats à l'intégration européenne et attendent l'ouverture des négociations d'adhésion, le Conseil de l'Union européenne, qui s'est réuni mardi 15 octobre à Luxembourg, a refusé de donner le feu vert pour entamer le processus.

"La réunion s’est terminée […] sur un constat de désaccord qui a visiblement désarçonné la Commission européenne, toujours favorable au principe de l’extension aux pays des Balkans, la présidence semestrielle finlandaise ainsi que les représentants des deux pays concernés", analyse Le Monde. En cause, la France, seul pays à avoir voté "non" contre la Macédoine du Nord. "En ce qui concerne l'Albanie,  la France a été rejointe par trois de ses partenaires, les Pays-Bas, le Danemark et l'Espagne", précisent Les Echos. Pour Le Soir, "Paris s’oppose de front à l’autorité de la Commission européenne, dont l’avis contraire, clair, net et précis, répétait (pour la troisième fois en seize mois) que les deux candidats sont en ordre de marche pour entamer sans délai ce long chemin de croix".

"La décision est particulièrement amère pour la Macédoine du Nord", souligne Ouest-France, ajoutant que le pays "a le statut officiel de pays candidat depuis 2005". Plusieurs ministres européens présents lors du Conseil n'ont pas caché leur agacement sur cet échec d'accord. "Je regrette vraiment cette décision, comment voulons-nous être crédibles si nous n’arrivons pas à régler de telles questions ?", a déploré le commissaire autrichien à l'Elargissement Johannes Hahn [Le Monde]. La ministre finlandaise des Affaires européennes Tytti Tuppurainen, qui dirigeait la réunion, abonde dans ce sens : "Malheureusement, le Conseil n'a pas obtenu une décision unanime. Je le regrette" [Politico].

"Cette rencontre [...] était la dernière sous le joug de la Commission Juncker et était décisive", rapporte Euractiv. Le sujet doit à nouveau être discuté entre chefs d'Etat et de gouvernement lors du Conseil européen des 17 et 18 octobre. "Pour confirmer le blocage ?", s'enquiert Le Soir.

Des conditions non remplies ?

Pour les opposants à l'ouverture des négociations avec l'Albanie et la Macédoine du Nord, plusieurs conditions nécessaires ne seraient pas remplies.

Si le ministre des Affaires étrangères néerlandais Stef Blok remarque des progrès, il estime que les deux pays doivent en faire plus en matière de "lutte contre la corruption", mais aussi de "réforme du système judiciaire en Albanie" [Le Monde]. L’Espagne et le Danemark ont eux aussi "estimé que l’Albanie n’offrait pas encore de garanties suffisantes quant aux réformes qui lui sont réclamées", selon Le Monde.

Côté français, la secrétaire d’Etat chargée des affaires européennes Amélie de Montchalin maintient que "les critères fixés en 2018 doivent être totalement remplis", et assure que la France "ne réclame pas de nouvelles conditions" [Le Monde].

Interrogé par la RTBF, le professeur de sciences politiques à l’Université catholique de Lille Loïc Tregoures y voit d'autres explications. "L’image de l’Albanie joue clairement en sa défaveur. […] Les Albanais, demandeurs d’asile, agacent profondément les ministères de l’Intérieur", avance-t-il. Le professeur pointe également des problèmes institutionnels : "Récemment, les élections municipales se sont tenues dans des conditions invraisemblables, que l’OSCE a dénoncées parce que l’opposition les a boycottées…". "Ça ne joue pas en leur faveur !", conclut-il.

Mais Paris avance aussi l'argument de l'approfondissement de l'Union, avant son élargissement. "Si l'on veut une Europe plus intégrée, avec davantage d'harmonisation fiscale et sociale, cela ne peut pas se faire avec une Europe qui s'élargit sans cesse", rapporte une source proche de l'Elysée aux Echos. La poursuite de l'élargissement de l'Union est ainsi pour l'heure remise en cause. Le processus d'élargissement serait par ailleurs "trop juridique, trop bureaucratique, sans visibilité pour les populations concernées", selon Amélie de Montchalin, citée par Le Monde.

Des progrès remarqués

D'importants progrès nécessaires à l'ouverture des négociations d'adhésion sont néanmoins remarqués. Ainsi, "la République yougoslave de Macédoine (ARYM) a dû en passer par un douloureux processus constitutionnel  pour changer son nom qui constituait aux yeux de la Grèce un obstacle rédhibitoire à son adhésion à l'Union européenne", expliquent Les Echos. "Pour Berlin, comme pour l'immense majorité des Etats membres, ces Etats ont fait 'ce qui leur avait été demandé', notamment sur le respect de l'Etat de droit, la lutte contre la corruption et le crime organisé", poursuit le journal.

Des efforts félicités par Federica Mogherini, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères. "L’Albanie et la Macédoine du Nord ont fait preuve d’une forte détermination à aller de l’avant sur la voie les menant à l’UE et ont obtenu des résultats qui sont concrets et doivent être irréversibles", a-t-elle déclaré [RTBF].

D'autres observateurs mettent en lumière le rôle crucial de la Macédoine du Nord pour "endiguer le flot des demandeurs d'asile traversant les Balkans pendant la crise migratoire de 2015" [Politico]. Ainsi, selon le ministre autrichien des Affaires européennes, l'Albanie et la Macédoine du Nord ont donné "des preuves pendant la crise migratoire […] qu'ils font partie de la famille".

Jeu géopolitique

La question de l'élargissement de l'Union européenne aux Balkans n'est pas exempte d'implications géopolitiques. Réagissant à l'échec d'accord en faveur de l'élargissement, Johannes Hahn prévient : "Ne soyons pas surpris si d’autres puissances, apparemment plus ambitieuses, jouent à l’avenir un plus grand rôle dans cette région" [Le Monde]. Le Soir évoque ainsi des pays "tourmentés par leurs déchirures ethniques récentes, où Russie, Turquie, Chine ou Arabie saoudite placent allègrement leurs pions, au nez et à la barbe des Européens". Une possibilité évoquée par les diplomates albanais et macédoniens, qui "mettent en avant les risques de déstabilisation si l’Europe refuse toute perspective à leur pays" [Le Monde].

De plus, l'Union européenne pourrait avoir besoin de la diplomatie albanaise "pour tenter une normalisation entre Kosovo albanophone et Serbie, [ce qui est] capital pour l’ensemble de la région", avance Le Soir. La Serbie est candidate à l'intégration européenne et a déjà entamé les négociations, tandis que le Kosovo est reconnu comme candidat potentiel.

Mais d'un autre côté, le président français pourrait vouloir ménager la Russie de Vladimir Poutine, "qui voit d’un mauvais œil les procédures d’adhésion des territoires qu’elle surveillait de près, notamment la Serbie, le Monténégro [et] la Macédoine du Nord", estime Euractiv.

 

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