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[Revue de presse] Dette italienne : le risque d'une procédure disciplinaire s'accroît

Revue de presse 12.06.2019

Le bras de fer entre Rome et Bruxelles autour du prochain budget italien ne faiblit pas. Afin d'éviter le lancement d'une procédure européenne visant la dette excessive du pays, le gouvernement de Giuseppe Conte, qui se réunit ce mercredi 12 juin, essaie de maintenir le dialogue avec la Commission.

Jean Claude Juncker (haut) Matteo Salvini, Giuseppe Conte, Luigi Di Maio (de gauche à droite)

Jean Claude Juncker (haut) Matteo Salvini, Giuseppe Conte, Luigi Di Maio (de gauche à droite) - Crédits : Flickr

La question du budget de l'Italie pour l'année 2020 se trouve au cœur des discussions aussi bien à Bruxelles qu'au sein de la coalition au pouvoir, de plus en plus divisée sur le sujet. Aujourd'hui mercredi 12 juin, le chef du gouvernement Giuseppe Conte réunit ainsi la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S) afin d'aborder ce sujet épineux, alors que l'Union Européenne pourrait entamer une procédure disciplinaire contre la troisième économie de la zone euro au début du mois de juillet [Investir].

La Commission et les Etats membres s'inquiètent

Lundi 10 juin, le président du Conseil italien avait déjà réuni, pour un "sommet de crise" [The Independent], ses deux vice-Premiers ministres, Luigi Di Maio (M5S) et Matteo Salvini (La Ligue), pour leur première rencontre depuis les élections européennes. Les trois dirigeants ont alors annoncé travailler étroitement avec le ministère des Finances pour "mettre au point une stratégie" relative à la dette, rapporte BFMTV. Une déclaration qui n'aura pas convaincu la Commission européenne : "l'Italie va dans la mauvaise direction", a en effet fait valoir son président Jean-Claude Juncker, le lendemain [Investir].

Après la Grèce, la dette publique italienne, qui atteint aujourd'hui 132 % du PIB, est la plus élevée de la zone euro [BFMTV]. Elle pourrait même s'élever à plus de 135 % du PIB en 2020 selon la Commission européenne [Investir]. A cela s'ajoute une croissance, une inflation et une productivité faibles, note le Financial Times. Le déficit se creuse également, et pourrait passer de 2,5 % du PIB en 2019 à 3,5 % en 2020, précise La Croix – même si l'Italie table plutôt sur un chiffre de 2,2 % pour cette année [BFMTV]. Mais quoi qu'il en soit, "les seuls intérêts de la dette coûtent à l’Italie environ 65 milliards d’euros chaque année, soit l’équivalent du budget de l’éducation", alerte La Croix.

Largement suffisant pour inquiéter Jean-Claude Juncker, qui admet que la situation est "sérieuse" [Investir]. Un avis partagé par les autres Etats membres de la zone euro, dont les ministres des Finances réunis à Bruxelles mardi estiment que les mesures disciplinaires à l'encontre du pays seraient "justifiées", rapporte Reuters.

Dialogue

Toutefois, Rome se dit "prête à coopérer" et enchaîne les "déclarations conciliantes", selon Investir. "Le gouvernement [est] absolument déterminé à éviter, dans les prochains mois, l'ouverture d'une procédure d'infraction pour dette excessive", a ainsi déclaré le président du Conseil italien, "confiant dans la capacité de dialogue" de Bruxelles et de son gouvernement, relate Libération. Le Premier ministre a, à cet égard, demandé aux autorités européennes de prendre la peine de l'écouter avant de condamner son budget [Euronews].

Même son de cloche chez Matteo Salvini : "La dernière chose que nous voulons, c'est nous battre avec l'Europe" a-t-il annoncé, se disant "convaincu qu'un accord peut être trouvé" [Challenges]. Le leader d'extrême droite s'est notamment dit prêt à réfléchir à des alternatives à son projet de "bons du Trésor de petite taille (10, 50 ou 100 euros), émis par l’Etat, sans intérêt et sans échéance, utilisables par les ménages pour payer leurs impôts et par l’administration publique pour s’acquitter de ses dettes envers les entreprises privées" [Le Temps]. Pour la Banque centrale européenne, s'il devait être appliqué, ce mécanisme serait en effet susceptible de créer une "monnaie parallèle illégale", relate le média belge l'Echo.

Procédure de sanctions

Mais derrière la volonté affichée de maintenir le dialogue avec Bruxelles, le gouvernement italien entend également jouer la carte de la fermeté. Ce dernier a ainsi rappelé la mauvaise gestion de la crise grecque par la Commission européenne, pour laquelle Jean-Claude Juncker avait admis avoir fait des erreurs [Euronews]. "Nous pouvons attendre plus de respect en Europe", a ainsi déclaré Luigi Di Maio, cité par Bloomberg.

Quant à la Ligue, encouragée par ses récentes victoires électorales aux européennes et aux municipales, le parti est loin de renoncer à sa volonté de baisser les impôts [Investir]. Le premier objectif du gouvernement demeure d'ailleurs la lutte contre le chômage et la relance de la croissance, explique Challenges. Matteo Salvini, cité par Bloomberg, prévient ainsi : "il n'y aura pas d'ajustements budgétaires ou d'augmentations d'impôts", y compris de la TVA.

Le chef de file de la Ligue semble donc prêt à la confrontation, même si la procédure de sanction est loin d'être écartée et "entraînerait une défiance des marchés", selon Investir. En effet, "en l'absence de compromis, l'exécutif européen pourra recommander l'ouverture de la procédure dès le 26 juin", et les ministres européens des Finances pourraient alors "lancer le processus" lors de leur réunion des 8 et 9 juillet, détaille le journal. Théoriquement, des sanctions allant jusqu'à 0,5% du PIB italien pourraient finir par être prononcées si rien n'est fait.

La Croix rappelle toutefois que la procédure est "longue et complexe" et, du propre aveu de la Commission, elle pourrait durer des années. "Le rapport doit être discuté par un comité réunissant les représentants du Trésor des 28 pays. C’est sur la base de leur avis que la Commission notifiera, ou non, sa proposition d’introduire une procédure disciplinaire". La lourde décision reviendra ensuite aux Etats membres, représentés au Conseil.

Il s'agirait en outre "d'une première" rappelle le journal, certaines économies s'étant retrouvées dans le viseur de la Commission pour un déficit excessif pendant la crise, mais jamais pour leur dette. Tout va ainsi dépendre des propositions et engagements de l'Italie dans les jours à venir.

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