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[Revue de presse] Covid-19 : la fermeture des frontières allemandes inquiète la France et la Commission européenne

Revue de presse 16.02.2021

Face aux variants britannique et sud-africain du coronavirus, le gouvernement allemand a décidé dimanche 14 février de fermer ses frontières avec la République tchèque et le Tyrol autrichien pour éviter leur propagation. Une mesure qui pourrait prochainement être étendue à la frontière avec la France et qui suscite des remous au niveau européen.

 L'annonce faite dimanche 14 février par le gouvernement allemand de la fermeture de ses frontières avec la République tchèque et l'Autriche menace la libre circulation et laisse planer le spectre d'une cacophonie européenne en matière de restrictions de déplacements.

L'annonce faite dimanche 14 février par le gouvernement allemand de la fermeture de ses frontières avec la République tchèque et l'Autriche menace la libre circulation et laisse planer le spectre d'une cacophonie européenne en matière de restrictions de déplacements - Crédits : AndreyKrav / iStock

Le gouvernement allemand a annoncé dimanche 14 février la fermeture de ses frontières avec la République tchèque  et le Tyrol autrichien. Comme l’indique L'Obs, les seules personnes autorisées à passer sont "les Allemands, les personnes résidant dans le pays ainsi que les frontaliers et professions jugées stratégiques, comme le transport de marchandises, sous condition de pouvoir présenter un test PCR négatif très récent au coronavirus". "En cause : des craintes du gouvernement allemand d’une nouvelle vague de contamination au Covid-19 provenant des variants britannique et sud-africain du virus", explique Ouest-France. "Or la République tchèque, la Slovaquie et la région autrichienne du Tyrol sont considérées par Berlin comme des ‘zones à haut risque'", ajoute le quotidien régional.

"Un important dispositif d'un millier de policiers est mobilisé pour assurer ces contrôles", rapporte La Dépêche du Midi. Dès "dimanche après-midi, la police allemande avait contrôlé quelque 1 700 véhicules et refoulé 500 d’entre eux" [L'Obs].

Une situation "compréhensible" pour l'épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à l’université de Genève Antoine Flahault, interrogé par France Bleu. L’Allemagne observe une décrue des cas de Covid-19 et "ne veut pas une nouvelle vague de l'étranger", alors que le pays avait fait le choix "de confiner très strictement, ce que n'ont pas voulu faire les Français ou les Italiens", explique-t-il.

La France craint la fermeture de sa frontière

Si ces restrictions ne concernent pour l'instant que les frontières tchèque et autrichienne, "le gouvernement allemand a aussi laissé entendre qu’il pourrait faire de même avec la France dans les prochains jours, en raison de la situation sanitaire en Moselle, où est constatée une progression du variant sud-africain, considéré comme plus contagieux", prévient Ouest-France. "Il faut empêcher au mieux toute nouvelle intrusion [des variants du coronavirus]", fait ainsi valoir le ministre de l’Intérieur du Bade-Wurtemberg, un Land frontalier de la France [L'Obs]. "Si des contrôles renforcés avec la Moselle ne sont pas exclus, tout sera fait pour éviter trop de tracas aux frontaliers", a en outre assuré Tobias Hans, à la tête de la Sarre, Land du sud-ouest de l’Allemagne voisin de la France. Il suggère que les travailleurs frontaliers puissent "circuler sur présentation d’un test négatif" [Euractiv].

Ces décisions ne sont pas du goût de Paris, qui s'est montrée particulièrement réticente à la fermeture des frontières. "Je souhaite qu’on n’en vienne pas à ce genre de mesures", a notamment déclaré Clément Beaune, secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes [France Info]. "Si l’Allemagne devait restreindre encore la circulation, je souhaiterais que l’on définisse ensemble des exceptions les plus larges possible", tout particulièrement pour le transport routier et les travailleurs frontaliers. "On fera tout en discussion, pour qu’il n’y ait aucune décision qui ne soit pas coordonnée, pour qu’il n’y ait pas de mauvaise surprise", a-t-il ajouté. Le secrétaire d'Etat s'est d'ailleurs entretenu lundi avec les trois ministres-présidents des régions allemandes frontalières de la France [Ouest-France]. Euractiv rapporte que le gouvernement allemand a assuré que ces mesures n'étaient mises en place "que pour une durée bien précise, en fonction de conditions liées à la menace des variants" et prises seulement "en dernier recours".

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Une absence de coordination qui inquiète la Commission européenne

Cette décision allemande de fermer ses frontières est "vivement contestée notamment par l’Union européenne, qui craint, comme au printemps 2020, la tentation du 'chacun pour soi' et une remise en cause de l’espace Schengen de libre circulation face à la pandémie" [Ouest-France]. "La Commission européenne est préoccupée par les récentes décisions unilatérales" en matière de frontières, a indiqué dimanche le commissaire à la Justice Didier Reynders [L'Obs]. Certains y voient un atteinte la liberté de circulation inscrite dans les traités européens. Cependant, "il est prévu que des conditions exceptionnelles permettent de mettre un terme momentané à la circulation des personnes, des services et des marchandises", nuance Hélène Miard-Delacroix, professeure à Sorbonne-Université et spécialiste de l’Allemagne contemporaine [Ouest-France]. Cependant, pour Yves Pascouau, chercheur senior associé à l'institut Jacques-Delors interviewé par France Info, "l'Allemagne ici exerce son pouvoir absolu en termes de souveraineté. Mais en réalité, elle montre qu'aujourd'hui, elle décide seule, dans un contexte qui appellerait davantage de coordination et de coopération entre les États". M. Pascouau regrette une "totale cacophonie" des pays européens sur cette question.

L’efficacité de ces mesures peut par ailleurs être mise en question. "Le virus ne se laissera pas arrêter par des frontières fermées", a déploré la commissaire européenne à la Santé Stella Kyriakides dimanche dans le quotidien allemand Augsburger Allgemeine [L'Obs]. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a également émis à plusieurs reprises des doutes concernant les bienfaits sanitaires de la fermeture des frontières. "Dans un pays où l’incidence de la maladie est importante, fermer la frontière peut ne faire aucune différence", expliquait le directeur des situations d’urgence à l’OMS Michael Ryan en juillet 2020 [Ouest-France]. Le quotidien régional rappelle que "la porosité des frontières est aussi à prendre en compte". Car "malgré l’imposition de cette nouvelle restriction, l’Allemagne laisse passer ses ressortissants et des frontaliers". "Il faudrait qu’il n’y ait plus aucun déplacement d’un pays à un autre pour voir une efficacité [liée à la fermeture des frontières]. Ce qui est totalement illusoire", affirmait déjà l’épidémiologiste Antoine Flahault en février 2020 [Ouest-France].

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