Derniers articles publiés

[Revue de presse] COP25 : un échec, malgré des efforts européens

Revue de presse 16.12.2019

La COP25 s'est conclue dimanche 15 décembre à Madrid, avec deux jours de retard. En négociation depuis le 2 décembre, seuls 80 pays sur 197 sont parvenus à un accord, loin des attentes des ONG et de la société civile. En cause, les réticences des Etats qui polluent le plus à relever les ambitions internationales de l'accord de Paris.

Frans Timmermans, le vice-président exécutif de la Commission européenne en charge de l'Action climatique, a porté tant bien que mal la voix de l'UE au sommet sur le climat - Crédits : Benjamin Cremel / Commission européenne

Frans Timmermans, le vice-président exécutif de la Commission européenne en charge de l'Action climatique, a porté tant bien que mal la voix de l'UE au sommet sur le climat - Crédits : Benjamin Cremel / Commission européenne

"L'esprit de l'accord de Paris [ne serait-il] plus qu'un 'lointain souvenir'", comme l'affirme Helen Mountford, du think tank World Resources Institute [La Croix avec l'AFP] ? C'est en tout cas l'image qu'a donné la COP25, organisée par le Chili mais qui s'est tenue à Madrid du 2 au 15 décembre.

Le sommet international, qui "devait se concentrer sur les sujets les plus controversés que sont l’organisation des échanges de nouveaux quotas d’émissions de gaz à effet de serre (…) et l’augmentation des financements pour les pays les plus vulnérables au dérèglement climatique" [Libération], a débouché sur un "accord au rabais" [Le HuffPost].

"On espérait de la COP25 qu'elle montre au monde que les gouvernements étaient touchés par les manifestations, la science irréfutable, les tempêtes et incendies meurtriers qui ont marqué 2019", indique France 24 avec l'AFP. "Mais les deux semaines de discussions ont mis en pleine lumière une division flagrante au sein de la communauté internationale", regrette La Croix.

"Seulement 80 pays sur les 197 membres de la convention-cadre des Nations unies", comptant pour 10,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, "se sont engagés à rehausser leurs ambitions l’an prochain", rapporte Libération.

Blocage des principaux pollueurs

"Au rythme actuel des émissions de CO2, le mercure pourrait gagner jusqu'à 4 ou 5°C d'ici la fin du siècle", rappelle La Croix. Malgré ces prévisions alarmantes, "quasiment aucun des grands pays émetteurs n'a fait d'annonce significative pour rehausser ses ambitions", poursuit le quotidien. Certains Etats "sont allés à Madrid avec l'intention de retarder les choses", estime même Jean-Pascal Van Ypersele,  climatologue à l’Université catholique de Louvain et conseiller scientifique de la délégation belge à la COP25, interrogé par la RTBF.

En pleine procédure de retrait de l'accord de Paris, "les Etats-Unis ne sont pas venus de bonne foi", souligne Harjeet Singh, de l'ONG Action Aid [France 24]. Quant à la Chine et l'Inde, elles "ont fait comprendre qu'elles ne voyaient pas de nécessité d'améliorer leurs plans actuels de réductions d'émissions", insistant plutôt sur "la responsabilité des pays développés (…) de respecter leur promesse d'aides financières aux pays en développement", explique La Croix.

Parmi les pays les plus réfractaires se trouvent aussi "l'Arabie saoudite, ainsi que le Brésil et l'Australie", note La Croix. Ces Etats "avaient des positions qui auraient pu conduire à des doubles comptages" des réductions des émissions de CO2, résume notamment Jean-Pascal Van Ypersele à la RTBF. De quoi compromettre l'essence même de l'accord de Paris. Les négociations sur les échanges de quotas d'émissions (marchés carbones) ont donc finalement été reportées à la COP26, l'année prochaine : "mieux vaut ne pas avoir d'accord qu'un mauvais accord dont les règles s'appliqueront pendant quinze ans", estime une responsable d'ONG citée par Les Echos.

L'Union européenne en tête de pont ?

Face à ces pays réfractaires, "nombre d'observateurs ont au contraire souligné le rôle positif de l'UE", relève La Croix. "L'Europe a retrouvé le devant de la scène de la diplomatie climatique", se réjouissent Les Echos. En s'alliant avec les pays les moins développés et les Etats insulaires, l'Union européenne a en effet permis "d'arracher le moins mauvais résultat possible, contre la volonté des grands pollueurs", estime Laurence Tubiana, architecte de l'accord de Paris [La Croix]. Les Européens chercheront par ailleurs à convaincre la Chine d'augmenter ses efforts lors d'un sommet bilatéral en septembre prochain.

Le 11 décembre, si l'annonce du Green deal par la nouvelle Commission européenne a produit son effet, il reste encore à le "transformer en mesures concrètes, si [l'UE] veut se montrer à la hauteur du leadership que ses dirigeants revendiquent", soulignent néanmoins Les Echos. Car malgré des signes encourageants, "l’UE a manqué de solidarité avec les pays du Sud" en refusant d'allouer plus de fonds au mécanisme des "pertes et préjudices", censé aider les pays vulnérables à faire face aux conséquences du réchauffement climatique, selon Lucile Dufour, du Réseau Action Climat [Le Monde].

"Où est passé le leadership français de la COP21 ?", s'interroge également Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace France au HuffPost. La France était bien représentée à Madrid. Mais Emmanuel Macron, retenu à Paris par les contestations sociales, est apparu comme "le grand absent du sommet", donnant à la France "une part de responsabilité dans l'échec" de la COP25, estime aussi François-Michel Lambert, député centriste des Bouches-du-Rhône [Le HuffPost].

Une COP peut en cacher une autre

Cette COP laisse donc "un goût doux-amer", résume la ministre espagnole de l'Environnement Teresa Ribera [La Croix]. Un constat qui semble unanime : le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est déclaré "déçu", regrettant une occasion "ratée" pour la communauté internationale de faire plus d'efforts. Un négociateur constatait même "un sentiment général de résignation", rapporte [Libération].

Mais "nous ne devons pas abandonner", affirme Antonio Guterres [La Croix]. "Personne n’attendait grand-chose de cette COP", relativise même Libération. "A Madrid, on a fait un pas en arrière. Il faut espérer que l'on fasse deux pas en avant à Glasgow", commente Jean-Pascal Van Ypersele [RTBF].

Car c'est désormais vers la ville écossaise où se tiendra la prochaine COP en 2020 que "tous les yeux seront rivés", indique France 24. A l'occasion de ce sommet, les Etats signataires de l'accord de Paris sont tenus de soumettre "une version révisée de leurs plans de réductions d'émissions", explique La Croix. Et les Britanniques, qui contrairement au Chili disposent d'un "réseau diplomatique d'envergure mondiale" [Les Echos], ont déjà "promis de tout faire pour que Glasgow soit un succès" [La Croix].

 

 

 

LES AUTRES SUJETS DU JOUR

Allemagne

Climat

Histoire

Institutions

Italie

Royaume-Uni

 

Abonnez-vous gratuitement aux newsletters de Touteleurope.eu !