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[Revue de presse] COP24 : zéro carbone pour l'UE, tout charbon pour la Pologne ?

Revue de presse 30.11.2018

La Commission européenne affiche des ambitions élevées à l'aube de la COP24, qui se tiendra en Pologne à partir de ce dimanche 2 décembre. L'UE appelle les Etats membres à suivre un cap "zéro carbone" à l'horizon 2050. Mais l'image qu'offre le pays hôte de la conférence sur le climat est noircie par sa politique tout charbon, tandis que les Etats-Unis, l'Australie et le Brésil font preuve d'immobilisme sur le sujet…

La centrale à charbon de Belchatow, Pologne - Crédits : ewg3D / iStock

La centrale à charbon de Belchatow, Pologne - Crédits : ewg3D / iStock

A quelques jours de la COP24, la Commission européenne a présenté cette semaine différents scénarios d'action de l'UE pour le climat, à l'horizon 2050. "Un document qui n'est, à ce stade, qu'une base de travail pour une grande discussion entre les Etats membres. Mais qui pose les bases d'une stratégie ambitieuse - allant jusqu'à envisager, dans un scénario volontariste, la neutralité carbone à l'horizon 2050", expliquent Les Echos.

C'est ce dernier "cap", le plus ambitieux, que défend Bruxelles, afin de contenir le réchauffement de la planète à 1,5 degré en 2100 par rapport à la période préindustrielle (fin du 19e siècle). Les investissements dans les infrastructures s'élèveraient à 2,8% du PIB par an, soit l'équivalent de 290 milliards d'euros. Mais des bénéfices écologiques, sanitaires et économiques pouvant aller jusqu'à 2% du PIB de l'UE seraient également dégagés à l'horizon 2050, ainsi que de nombreux emplois, selon la Commission. Sans compter les coûts évités des catastrophes naturelles, ainsi que la réduction des importations d'hydrocarbures... "L'Europe sera la première grande économie du monde à parvenir à des émissions nulles d’ici 2050", s'est ainsi enthousiasmé Miguel Arias Cañete, le commissaire européen chargé de l'action pour le climat [AFP].

L'UE veut jouer le rôle de locomotive

"Concrètement, la Commission a identifié sept axes de travail pour atteindre la neutralité carbone (autant de gaz à effet de serre émis qu'absorbé, ndlr) : l'efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la mobilité propre, l'économie circulaire…", précise Actu-environnement. "Les technologies de concentration et capture du CO2 –actuellement beaucoup trop chères- seront déployées. Ce scénario inclut de plus le changement profond de comportement des consommateurs dans leur façon de se chauffer, de se déplacer et de manger", complète Sciences et Avenir.

Alors que les Etats-Unis se sont retirés de l'accord de Paris, signé lors de la COP21 en 2015, la trajectoire européenne actuelle n'aboutirait qu'à une baisse d'environ 60% des émissions de gaz à effet de serre en 2050. La Commission souhaite donc ouvrir un "débat" afin de "réagir au dernier rapport du Giec", le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, qui a exhorté le 8 octobre les dirigeants à contenir le réchauffement à 1,5°C pour sauver la planète [Le Monde].

La COP24 ne doit consister, "en théorie", qu'à adopter les mesures "garantissant la pleine application de l’accord de Paris" [France info], qui prévoyait, lui, de limiter le réchauffement à 2°C en 2100. Cette volonté de l'UE de jouer un rôle de locomotive est donc saluée par les ONG et les associations de protection de l'environnement. Mais "reste à assumer les lourds choix politiques qu'impliquerait une telle trajectoire", préviennent Les Echos. Les ministres européens de l'Economie et de l'Environnement devraient en discuter les 19 et 20 décembre. Le Parlement européen et les chefs d'Etat et de gouvernement s'en saisiront également. Puis "ce sera à la prochaine Commission, qui prendra ses fonctions en novembre 2019, de proposer des textes législatifs contraignants", conclut Libération.

Des Etats membres réticents

"Mi-novembre, les ministres de l’Environnement de dix pays (Finlande, Danemark, Suède, France, Italie, Luxembourg, Portugal, Slovénie, Espagne, Pays-Bas) ont réclamé une stratégie 'zéro carbone' de l’UE d’ici à 2050", rappelle Le Monde. Mais d'autres, très dépendants au charbon, ne font pas montre du même enthousiasme que la Commission. Au-delà des gilets jaunes en France, "les industries les plus voraces en énergie risquent d'être violemment frappées, observent Les Echos. L'Allemagne, qui s'inquiète notamment pour son industrie automobile, a déjà fait savoir qu'elle ne souhaitait pas aller au-delà de l'objectif de réduction des gaz à effet de serre de 40% en 2030."

Et c'est surtout la Pologne qui se retrouve, inévitablement, sous le feu des projecteurs. "La grande conférence climatique des Nations unies, la COP24, s’ouvre ce dimanche à Katowice, une ville capitale de la région de Silésie, celle des mines de charbon, et de la pollution. Là-bas, 80 % des habitants se chauffent toujours au charbon et cela cause le Smog, ce nuage polluant responsable de dizaines de milliers de morts en Pologne chaque année", raconte un reporter de France inter. Le magazine Géo nous emporte aussi "sur les traces du passé minier de Katowice", tandis que Le Figaro offre à ses abonnés une "plongée par plusieurs centaines de mètres de fond dans le bassin houiller de Haute-Silésie."

Jeudi 29 novembre, à trois jours de l'ouverture de la COP24, "le gouvernement de Varsovie a annoncé son intention d'investir l'an prochain dans la construction d'une nouvelle mine de charbon en Silésie", déplore pour sa part Médiapart. "Plusieurs grands groupes miniers et énergétiques polonais figurent parmi les entreprises qui parrainent le prochain sommet sur le climat", relève aussi France inter. "Le charbon restera le combustible de base du pays jusqu'en 2060", explique en effet Euronews, en soulignant "l'incompatibilité" de cette politique avec les objectifs climatiques internationaux.

La COP24 sous de "mauvais auspices"

En signe de protestation, "neuf militants de Greenpeace ont escaladé (cette semaine) une cheminée de 180 mètres de la centrale de Belchatow, dans le sud de la Pologne", relate ainsi France info"C'est la plus grande centrale à charbon dans l'Union européenne, l'une des plus grandes dans le monde et de ce fait, c'est le symbole d'un système qui tue la vie sur notre planète", a justifié une activiste de l'ONG.

Mais la Pologne n'est pas seule… tandis que "les quatre dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées" [LCI], "le futur président brésilien Jair Bolsonaro a laissé entendre qu'il pourrait sortir de l'accord de Paris, suivant la voie de Donald Trump". L’Australie a également fait savoir qu'elle limiterait au maximum ses engagements. Malgré les grandes ambitions affichées par l'UE, "la COP24 s’ouvre le 2 décembre sous de mauvais auspices", titre donc La Croix, en citant un expert du think tank World Resources Institute : "à l’approche de cette COP, on pense à Néron jouant de la musique en regardant Rome brûler".