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[Revue de presse] COP24 : un petit accord et de grandes déceptions

Revue de presse 17.12.2018

La COP24 s'est tenue en Pologne du 2 au 15 décembre. La conférence a donné tardivement naissance à un accord multilatéral qui fixe des lignes de conduite aux États afin qu'ils mettent en application l'Accord de Paris signé en 2015. Très insuffisant, pour nombre d'observateurs qui souhaitaient que les parties prenantes aillent beaucoup plus loin dans leurs engagements.

Les chefs de délégations après la signature de l'accord

Les chefs de délégations après la signature de l'accord - Crédits : @UNFCCC / Twitter

Entre le 2 et le 15 décembre, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a réuni quelque 200 États à Katowice, en Pologne, pour la 24ème Conférence des Parties (COP24). Le rendez-vous onusien annuel sur le climat n'a, semble-t-il, pas été plus loin que les maigres attentes dont il faisait l'objet.

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Un accord largement insuffisant

La vocation de ce rassemblement était de trouver un moyen pour faire appliquer l'Accord de Paris, signé lors de la COP21. "Après son adoption en décembre 2015 et son entrée en vigueur en novembre 2016, il manquait encore à l'accord de Paris un 'manuel d'utilisation'. C'est dorénavant chose faite", explique LCI. Samedi 15, les participants se sont en effet mis "d'accord sur les outils qui permettront de limiter la hausse de la température mondiale à moins de deux degrés Celsius [en 2100] par rapport à l'époque préindustrielle".

Ceci étant, les prétentions de ce nouveau texte restent trop modestes, pour beaucoup d'observateurs. Résumant la pensée de l'ancien président de la COP21 Laurent Fabius, l'Express écrit ainsi : "bien, mais peut (beaucoup) mieux faire". L'ancien ministre des Affaires étrangères "ne cachait pas sa déception ce dimanche dans un communiqué, au lendemain de la signature de l'accord de Katowice", indiquant que son "principal mérite, c'est qu'il existe malgré un contexte international difficile et qu'il conforte ainsi l'accord de Paris". Avant d'ajouter : "mais il est clair que la lutte contre le changement climatique ne va ni assez vite ni assez loin".

De la même manière, le médecin et explorateur français Jean-Louis Étienne interrogé par Le Parisien regrette que, même si la COP24 "a sauvé l’accord de Paris, qui prévoit de limiter à 2°C la hausse du réchauffement d’ici à la fin du siècle, […] les États n’ont pas réussi à rehausser leurs engagements". Selon lui, "c’est un gâchis énorme étant donné l’urgence".

Les ONG affichent leur amertume

Du côté des ONG, même constat. "Il y a quelques semaines, les scientifiques du GIEC [Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat] tiraient la sonnette d'alarme" car les politiques concrètes actuelles des Etats "annoncent un monde à +3°C", rappelle la RTBF (Belgique). Alors que l'accord de Paris fixe un objectif à +2°C, voire +1,5°C. "De nombreuses ONG de défense du climat réclamaient dès lors une réponse forte de la COP24 avec un engagement clair de tous les pays à réviser à la hausse d'ici 2020 leurs promesses de réductions de gaz à effet de serre".

Clément Sénéchal, le porte-parole de Greenpeace France sur les questions climatiques, s'exprime sans détour sur Franceinfo. "On est très déçus. On accouche d'un manuel d'application basé sur le plus petit dénominateur commun". M. Sénéchal dénonce "la présence des lobbies et du secteur privé, qui viennent entraver les discussions", rappelant la fuite d'une note du Medef expliquant "comment saborder ces négociations climatiques". Pour le représentant de l'ONG, les citoyens ont conscience du problème, mais "il faut obtenir une action politique".

Membre du Mouvement citoyen contre le changement climatique, Antonio Zambrano Allende s'emporte lui aussi : "à Katowice, les intérêts des pays les plus riches ont dicté que, quel que soit le prix à payer, il serait porté par les plus pauvres du monde plutôt que par ceux qui sont responsables" du réchauffement climatique [Libération]. Les pays développés "ont abandonné leurs obligations morales et légales une nouvelle fois".

Manque d'ambition des États ?

"Il est décevant de constater que tous les pays n'ont pas été en mesure [de prendre en compte] le rapport spécial du GIEC sur 1,5°C", déclare pour sa part le président du groupe des 47 pays les plus vulnérables Gebru Jember Endalew au Figaro. "Un groupe de quatre pays (Etats-Unis, Arabie saoudite, Russie et Koweit) a en effet refusé d'adopter une déclaration plus ambitieuse", poursuit le quotidien. En sus, "des pays comme le Brésil et la Turquie ont bloqué l'adoption de sujets techniques", comme par exemple "la mise en place des mécanismes de marché qui visent à gérer les droits à émettre du CO2".

Pire encore : "à la dernière minute (menaçant l'adoption des mesures d'application), la Turquie a essayé d’obtenir ce qu’elle demande depuis plusieurs années", dénonce Libération. Le pays voulait "passer du statut de pays développé à pays en développement pour avoir accès aux financements du Fonds vert".

Au final, la ministre espagnole de l’Environnement Teresa Ribera reconnait que "le texte aurait pu et dû porter un langage plus contraignant et plus ambitieux", mentionne le journal, mais elle ajoute que les négociations sont "parties de très loin et que l’accord de Paris est vivant et opérationnel".