Derniers articles publiés

[Revue de presse] COP 24 et émissions polluantes automobiles : bonnes et mauvaises nouvelles pour le climat

Revue de presse 14.12.2018

Alors que le pessimisme règne sur les avancées de la 24e conférence internationale sur le climat, censée s'achever ce soir, la justice de l'UE a considéré que la réglementation européenne en matière d'émissions de véhicules n'allait pas assez loin.

La salle de la session plénière de la COP24 - Crédits : COP24 Official

La salle de la session plénière de la COP24 - Crédits : COP24 Official

COP24 : dernière journée ?

La 24e Conférence de l'ONU pour le climat, qui se déroule depuis le 3 décembre à Katowice (Pologne) s'achève officiellement ce vendredi 14 décembre. "Aucune avancée notable n’a encore été obtenue", constate froidement Libération. La veille, l'ex-président des Maldives Mohamed Nasheed, qui voit l'archipel progressivement disparaître avec l'élévation du niveau de la mer, a parlé en ces termes : "voilà vingt-quatre ans que nous utilisons dans les négociations toujours le même langage préhistorique. Nous parlons, nous parlons, mais nous n’avançons pas".

De son côté, "sweat à capuche, deux tresses blondes", la jeune militante suédoise Greta Thunberg "enchaîne les discours […] depuis 10 jours", relate de son côté France Inter. Et "ses mots frappent par leur maturité et leur dureté" : "certains disent que je devrais plutôt être à l'école, mais pourquoi étudier pour un futur qui n'existera peut-être pas. Quand personne n'essaye de sauver ce futur ?", a-t-elle ainsi lancé. "Ce vendredi, son appel devrait être suivi par des jeunes Australiens, Polonais, Canadiens, Allemands et Norvégiens", précise Libération.

Des négociations difficiles

Malgré les multiples appels de la société civile, les négociateurs peinent à s'entendre et prennent du retard dans les discussions. Pourtant, d'ici à ce soir, les 196 pays autour de la table devront se mettre d'accord sur les règles de mise en œuvre de l'accord de Paris signé trois ans auparavant. Autres objectifs : "renforcer les financements pour favoriser la transition vers un monde neutre en carbone" et surtout "s’engager à augmenter leurs efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre", énumère Le Monde.

Jeudi soir, la présidence polonaise a publié une première version des "chapitres du guide d’application de l’accord de Paris", nécessaires pour "le rendre réellement opérationnel", poursuit le quotidien. Pour autant, plusieurs points restent à régler : le fonctionnement et la gouvernance des marchés carbone ou encore le mécanisme de transparence par lequel les pays doivent rendre compte de leurs progrès. A tel point que les participants pourraient "jouer les prolongations jusqu'à dimanche", comme certains observateurs rencontrés par Les Echos l'évoquent en coulisse.

Les Européens divisés

L'UE aussi avance en ordre dispersé. Mercredi soir, une "coalition pour la haute ambition" a été constituée, relate 20 minutes depuis Katowice. Il s'agit d'un "groupe qui se dit déterminé à revoir à la hausse des efforts consentis pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre" : "l’une des (rares) bonnes nouvelles" de cette COP, juge le media. Si le commissaire européen pour le Climat Miguel Arias Cañete a signé la déclaration avec 11 États membres, les pays du groupe de Visegrad ou encore la Pologne, "qui puisent encore une part importante de leur énergie du charbon", rechignent à s'y associer. L'Allemagne a également hésité avant de rejoindre le groupe.

Climat : que peut l'Europe ?

La COP24 sonne aussi "le top départ" de la "campagne d'appel aux financements" qui doivent alimenter le Fonds vert pour le climat, observent Les Échos. Ce "mécanisme financier qui a vocation à mobiliser les financements des pays riches pour soutenir les projets des moins fortunés" contre le réchauffement climatique "sera bientôt à court d'argent frais". Et le résultat de la COP pourrait être révélateur "de la volonté des pays riches à remettre au pot", ajoute le quotidien : pour l'instant, seules l'Allemagne et la Norvège ont communiqué leur participation… au contraire de plusieurs autres pays européens et du Japon.

Les limites d'émissions d'oxyde d'azote "trop élevées" pour la justice de l'UE

C'est peut-être le tribunal de justice de l'UE qui apporte cependant une bonne nouvelle pour le climat et la santé. Dans un arrêt rendu jeudi 13 décembre, il "juge 'trop élevées' les limites d’émissions des diesels" autorisées par la législation européenne, rapporte Le Monde. Le tribunal donne ainsi raison aux mairies de Paris, de Madrid et de Bruxelles qui avaient déposé un recours à l'encontre de cette réglementation européenne.

Les raisons de la colère ? Le règlement "2016/646 du 20 avril 2016 modifiant la norme Euro 6 sur les émissions de gaz polluants des voitures" [Le Monde] précise "les conditions dans lesquelles les véhicules automobiles doivent être testés au moment de leur homologation" [Challenges].  Il prévoit en effet, depuis septembre 2017, "une marge de tolérance de 110%  [et de 50% à partir de 2020] pour les émissions d'oxyde d'azote (NOx) des nouveaux modèles de véhicules mis en circulation […] lors des tests de conduite sur route", explique la RTBF (Belgique). C'est "deux fois plus que le seuil de 80mg/km en vigueur pour les tests en laboratoire", seuil au-dessus duquel les véhicules diesel ne sont plus autorisés à émettre.

Le Tribunal de première instance de l'Union européenne

Pour la justice européenne "même si l'on devait admettre que des contraintes techniques peuvent justifier une certaine adaptation", l'écart prévu par le règlement européen rend "impossible de savoir si la norme Euro 6 est respectée", rapporte la RTBF. Ce qui justifie l'annulation de cette disposition du règlement. Le tribunal "confirme toutefois le reste du règlement portant sur les conditions dans lesquelles les essais doivent être effectués", précisent Les Échos. Et juge les trois villes "recevables" dans leur recours car, justement, "pour lutter contre la pollution de l’air, elles ont adopté des mesures de restriction de la circulation qui se fondent sur les normes Euro", précise Le Monde.

Et chez les constructeurs automobiles ?

Une décision qui fait l'effet d'une véritable "tempête dans le monde de l'automobile", juge Le Parisien. Pour l'instant "les constructeurs français de leur côté font profil bas" : aux sièges de Renault et PSA, pas de commentaires avant d'avoir pleinement analysé les conséquences de cette décision, selon le quotidien francilien. Mais selon une étude réalisée par l'Association des Constructeurs européens d'Automobiles (ACEA), "la majorité des véhicules diesel Euro 6 testés en octobre 2018 émettent d'ores et déjà moins de NOx que le seuil légal qui entrera en vigueur en janvier 2020", ajoute Challenges.

Les consommateurs peuvent-ils tout de même dormir sur leurs deux oreilles, comme le conseille l'hebdomadaire ? Dans un rapport publié en septembre, "l’ONG européenne Transport & Environment estimait qu’environ 43 millions de diesels recrachaient encore des quantités de NOx très excessives à travers l’Europe", la France étant le pays qui compterait le plus de voitures polluantes en circulation, conclut pourtant Le Monde.

Il faudra quoi qu'il en soit "du temps avant que les juristes s'accordent sur la portée effective de ce jugement", précise Challenges. Le tribunal a quant à lui donné "douze mois à la Commission européenne, à partir d’un éventuel pourvoi [elle a deux mois pour faire appel], pour adopter une 'nouvelle réglementation' dans un souci de 'protection de la santé publique et de l’environnement '" [Le Monde].