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[Revue de presse] Conseil européen : fumée blanche au cinquième jour des négociations sur le plan de relance

Revue de presse 21.07.2020

Réunis à Bruxelles depuis vendredi 17 juillet, les dirigeants européens se sont accordés ce mardi 21 juillet au matin sur un plan de relance économique et sur le prochain budget pluriannuel. Après cinq jours d'âpres négociations, l'accord trouvé marque un tournant dans la construction européenne, estiment de nombreux commentateurs.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Charles Michel ont tenu une conférence de presse peu avant 6h ce mardi 21 juillet, clôturant un sommet européen historique entamé le 17 juillet

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Charles Michel ont tenu une conférence de presse peu avant 6h ce mardi 21 juillet, clôturant un sommet européen historique entamé le 17 juillet - Crédits : Conseil de l'UE

"Deal !", s'est exclamé le président du Conseil européen, Charles Michel, à 5h30 du matin [El País]. Le court message en anglais, sur son compte Twitter, a ainsi "mis fin à cinq jours de sommet européen, l'un des plus longs de l'histoire de l'UE". Après quatre jours et quatre nuits de négociations, les 27 chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'UE réunis à Bruxelles - pour la première fois depuis la pandémie de Covid-19 - se sont accordés sur un plan de relance de 750 milliards d'euros. Celui-ci sera rattaché "à un nouveau budget de 1 074 milliards d'euros sur sept ans, le cadre financier pluriannuel (CFP)", ce qui porte "l'enveloppe financière totale à 1 820 milliards d'euros", précise Politico. "Une pluie de milliards comme les pays de l'UE n'en avait jamais vu", résume le Corriere della Sera.

Plus précisément, le plan de relance ainsi adopté "est resté à la valeur totale de la proposition initiale de la Commission, c'est-à-dire 750 milliards", satisfaisant la principale exigence du président du Conseil, du couple franco-allemand et des pays du Sud. "Mais la répartition entre les subventions et les prêts à ces derniers a changé : les transferts seront de 390 milliards (au lieu de 500) et les prêts de 360 milliards (au lieu de 250)", résume le journal italien : un geste en direction des pays du Nord.

Accord historique pour l'UE

Réagissant à cet accord, le président français Emmanuel Macron a décrit ce moment sur Twitter comme étant un "Jour historique pour l’Europe !" Dans une conférence de presse conjointe avec la chancelière allemande, le chef d'Etat a qualifié l'accord de "changement historique de notre Europe et de la zone euro". En effet, "au-delà de l'ampleur financière de la réaction communautaire, la grande importance du pacte sur le fonds réside dans sa conception sans précédent", estime El País. Le plan de relance marque "une étape dans l'évolution budgétaire de l'UE qu'il sera très difficile d'ignorer à l'avenir". Il permet en effet à la Commission européenne d'emprunter 750 milliards d'euros sur les marchés, dont 390 milliards seraient alloués aux Etats les plus touchés par la pandémie sous forme de subventions. "Ce sera la dette commune à rembourser par les Vingt-Sept", rappelle Le Monde. Une étape "importante" dans le développement budgétaire de l'UE, "qui n'a jamais été aussi loin sur la voie d'une éventuelle union fiscale", avance même El País.

"L'accord fait ainsi basculer l'Europe dans une nouvelle dimension, celle d'une forme de solidarité budgétaire, un pas vers une forme de fédéralisme", poursuivent Les Echos. Chose à laquelle les pays autoproclamés "frugaux" étaient opposés. "Nous les avons emmenés sur les chiffres afin de sortir de la discussion sur le principe même d’une dette commune qui représente un énorme saut fédéral dont Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, ne veut pas", raconte un négociateur à Libération. Le compromis fait ainsi figure d'exploit : "En mars, l'idée même de subventions était inimaginable pour beaucoup. Aujourd'hui, ils l'ont tous accepté", ont confirmé des diplomates aux Echos.

Qui sont les pays dits frugaux ?

Douloureux compromis

Mais le prix à payer pour parvenir à ce compromis a été élevé, nuance toutefois El País. Si les frugaux "n'ont pas réussi à éviter" le précédent que constitue l'émission d'une dette commune, leur accord s'est monnayé au prix du maintien, et même de l'extension, "des rabais sur la contribution au budget communautaire" dont ils bénéficient [El País]. "La pilule a été dure à avaler" pour les Etats membres, dont la France "qui paie en partie ces rabais" et qui espérait "profiter du départ du Royaume-Uni, leur initiateur, pour mettre fin à ces dispositifs", analysent Les Echos.

"Moins visible, mais beaucoup plus inquiétant pour de nombreuses sources communautaires", le mécanisme de contrôle du respect de l'Etat de droit pour accéder aux fonds communautaires prévu par la Commission européenne aurait perdu de sa force [El País]. Dans la proposition initiale, seule une majorité qualifiée d'Etats (15 Etats représentant 55 % de la population de l'UE) aurait pu s'opposer à ce que les fonds européens soient suspendus pour les pays ne respectant pas l'Etat de droit. Face à l'opposition des chefs de gouvernement hongrois et polonais, la proposition a été édulcorée : il revient désormais aux partisans d'une suspension des fonds de réunir une majorité qualifiée pour l'approuver. "Les médias pro-gouvernementaux en Hongrie ont immédiatement salué ce qu'ils considèrent être une victoire pour le Premier ministre Viktor Orbán", rapporte Euractiv.

Malgré ces concessions, qui font partie de "l'esprit de compromis" selon Angela Merkel [Les Echos], les défenseurs de cet accord considèrent "qu'il s'agit d'une immense démonstration symbolique de solidarité" et d'une "mesure de rédemption pour les institutions européennes et les capitales nationales après une réaction initialement désordonnée" au début de la crise. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen s'est défendue sur ce point en déclarant dans une conférence de presse que "si l'UE est souvent accusée de faire 'trop peu, trop tard', cette accusation ne peut pas être retenue cette fois-ci". "Nous avons négocié quatre longues journées et nuits, plus de 90 heures, mais cela en valait la peine", a-t-elle conclu [Politico].

 

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