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[Revue de presse] Congrès du PPE : la droite européenne en quête de renouveau

Revue de presse 22.11.2019

Le congrès du Parti populaire européen (PPE), qui s'est clos à Zagreb jeudi 21 novembre, a réuni pendant deux jours les cadres des partis conservateurs et chrétiens-démocrates européens. Au programme, l'élection de Donald Tusk comme nouveau président, et des débats sur l'avenir et la ligne du premier parti politique européen.

Donald Tusk, lors de son discours d'investiture, au congrès du PPE à Zagreb le 20 novembre 2019 - Crédits : Dario Pignatelli / European Council

Donald Tusk, lors de son discours d'investiture, au congrès du PPE à Zagreb le 20 novembre 2019 - Crédits : Dario Pignatelli / European Council

"Ressouder le PPE, voilà certainement la mission prioritaire de Donald Tusk", selon La Croix. Le Polonais, président du Conseil européen jusqu'à la fin du mois, a été élu mercredi 20 novembre à la tête du Parti populaire européen, la formation conservatrice européenne, lors de son congrès à Zagreb (Croatie). "Tenu à une certaine réserve diplomatique" pendant ces cinq dernières années, Donald Tusk se dit désormais "prêt à combattre", rapporte Le Point.

Seul candidat à la succession du Français Joseph Daul, il devient ainsi le premier président de ce parti issu d'Europe de l'Est.

Qui est Donald Tusk, président du Parti populaire européen ?

Un parti fracturé

Le PPE, qui domine le Parlement européen avec ses 182 élus (sur 751), est en crise depuis les élections européennes de mai : après avoir perdu 39 sièges et avoir vu son chef de file, Manfred Weber, échouer à obtenir la présidence de la Commission européenne, le principal groupe de droite doit désormais gérer "les tensions Est-Ouest sur l'Etat de droit, le changement climatique et l'immigration", explique Politico.

"Pour la première fois dans l'histoire du PPE, les parlementaires européens d'Europe de l'Est surpassent en nombre leurs collègues français et espagnols", note Politico. Le fiasco de mai 2019 pour la droite d'Europe occidentale a imposé une recomposition des rapports de force au sein du premier groupe de l'assemblée, "qui glisse inexorablement vers l'Est". "Il y a une perte générale de l'influence de la France", regrette notamment un cadre du parti cité par Le Figaro. Et même si le Républicain Franck Proust, "candidat malheureux aux élections de mai, a été élu vice-président de cette formation" jeudi 21 novembre, sa victoire "sur le fil" témoigne de "la perte d'influence de la droite française qui ne compte désormais que huit élus à Strasbourg, contre vingt en 2014", poursuit le quotidien.

La perte de poids de la droite modérée est généralisée en Europe de l'Ouest : "seule l'Allemagne est encore dirigée par une membre du PPE : Angela Merkel, qui arrive au crépuscule de sa carrière", souligne Politico. Et désormais, "beaucoup au sein du parti pensent que seul un dirigeant ni allemand, ni occidental comme Tusk [pourra] maintenir l'avance du PPE sur ses rivaux", commente le média en ligne.

Donald Tusk a décliné sa ligne politique : "retour au peuple, à ses préoccupations sécuritaires, à sa soif de dignité", liste Le Point. Avec l'espoir de renforcer sa famille politique face aux centristes du groupe Renew et à Emmanuel Macron, "qui n'a eu de cesse de taper sur le PPE et son 'immobilisme' supposé". Pas d'affrontement cependant : il s'agit de "ranger les querelles et travailler ensemble", y compris avec les sociaux-démocrates du S&D, le deuxième groupe du Parlement européen, ajoute Le Point.

Le rapport aux populistes

Les "adversaires désignés" du PPE [Le Point] se trouvent plutôt sur sa droite : "Donald Tusk a déclaré la guerre aux 'autocrates' et aux 'populistes'", précise ainsi Euractiv avec l'AFP. Son prédécesseur, Joseph Daul, a d'ailleurs qualifié le parti de droite modérée de "seul antidote efficace contre les populistes" [Politico]. Mais le combat sera difficile pour l'ancien Premier ministre polonais, qui n'a lui-même "rien pu faire contre l'évolution de son propre pays vers un régime de type autoritaire", rappelle Le Point.

Et la question divise : le parti du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, chantre de l'illibéralisme en Europe de l'Est, est suspendu du PPE depuis mars. "Le PPE décidera s'il faut expulser le Fidesz de ses rangs 'à la fin janvier'", rapporte Politico. Si Donald Tusk semble être favorable à une telle mesure, cette position ne fait pas l'unanimité : pour l'ancien Premier ministre slovène Janez Janša, "punir le parti qui, sur l’ensemble du groupe, a le plus de succès, n’aurait aucun sens", cite Euractiv.

Un autre point de controverse pourrait par ailleurs venir d'Italie, où Silvio Berlusconi "joue les intermédiaires" entre le PPE, dont il est membre, et la Ligue de Matteo Salvini, aujourd'hui affiliée au groupe Identité et Démocratie (extrême-droite), rapporte L'Opinion. "Au Parlement européen, la délégation de la Ligue est divisée entre une aile fidèle à l’alliance avec le Rassemblement national (…) et une autre qui prône un rapprochement avec le PPE pour s’intégrer dans le circuit bruxellois". Toutefois, cette possibilité suscite des réactions moins ambiguës au sein du PPE, dont les composantes refusent pour l'instant une telle alliance : "je possède beaucoup d’imagination, mais il y a des limites", répond également Donald Tusk sur cette question [L'Opinion].

Un tournant écologique ?

Le dernier point de désaccord concerne l'environnement : si le PPE a longtemps délaissé la question au profit de "ses sujets traditionnels comme la migration ou le terrorisme", il fait désormais face à la concurrence directe de l'extrême-droite qui "fait l’apologie du 'localisme'", et du centre où les macronistes "ont débauché Pascal Durand et Pascal Canfin aux Verts et à WWF, [et] ont récupéré la présidence de la commission de l’Environnement" du Parlement, explique le média spécialisé Contexte.

Alors que jusque-là, l'ancien président du parti ne mâchait pas ses mots envers ce qu'il qualifiait parfois de "populisme vert" [Politico], Donald Tusk aura désormais la tâche de clarifier la position de son parti sur le sujet. Et pas question de s'en détourner : "même notre électorat s’en souci[e]", souligne une source proche du parti citée par Contexte. De plus, il ne s'agirait pas de réprouver Ursula von der Leyen, future présidente de la Commission européenne issue du PPE. "Etant tributaire des voix socialistes et libérales pour être confirmée", cette dernière a dû "verdir" son programme. A Zagreb, les membres du parti ont ainsi été appelés à voter un projet de résolution qui "encourage la Commission (…) à avancer des propositions visant à réduire les émissions [de gaz à effet de serre] d’au moins 50 % d’ici 2030".

Mais là encore, le PPE doit ménager l'Est de l'Union, "où les citoyens ont d’autres priorités que l’écologie. L’enjeu y est surtout d’accompagner les coûts sociaux et économiques de la transition, notamment si des mines de charbon doivent fermer". Pour cela, le champ lexical du projet de résolution adopté en Croatie a son importance : "il se focalise sur le terme 'durable', tandis que le mot 'écologique' est absent du texte", relève Contexte. Quant à Donald Tusk lui-même : il n'a "pas dit un mot" sur l'écologie dans son discours d'investiture [La Croix].

 

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