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[Revue de presse] Conférence de Munich : le multilatéralisme en crise, l'Europe esseulée

Revue de presse 18.02.2019

Le multilatéralisme a-t-il encore un avenir ? Après la Conférence de Munich sur la sécurité, qui a réuni 35 dirigeants mondiaux du 15 au 17 février, la question est posée. La fracture entre Américains et Européens est apparue renforcée, la Chine et la Russie essayant de tirer profit de leurs dissensions. Angela Merkel a prononcé un discours très remarqué pour défendre le multilatéralisme, à l'heure où l'Europe apparaît en porte-à-faux avec les grandes puissances.

Le vice-président américain Mike Pence au cours de son discours le 16 février à Munich - Crédits : compte Twitter @MunSecConf

Le vice-président américain Mike Pence au cours de son discours le 16 février à Munich - Crédits : compte Twitter @MunSecConf

Une fracture nette dans les relations transatlantiques

La Conférence de Munich sur la sécurité s'est tenue, du 15 au 17 février, dans une "atmosphère de plus en plus acrimonieuse et sur fond de dislocation de l’ordre international", annonce Le Monde. Pour le journal, il n'y a aucun doute à avoir : "la dégradation spectaculaire des rapports entre l’Europe et les Etats-Unis sur plusieurs dossiers cruciaux" s'est révélée au grand jour "tant [dans] les interventions publiques des dirigeants que les rencontres à huis clos entre délégations".

Le quotidien rappelle que "la fracture est allée en s’aggravant depuis que, en mai 2018, le président Trump a annoncé le retrait de Washington de l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien (JCPOA)". La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni avaient vainement tenté de l'en dissuader et c'est à nouveau sur cette question que s'est "cristallisée l’opposition entre les Européens et l’administration Trump ces derniers jours". La France et l'Allemagne ont notamment refusé de participer à une réunion internationale organisée par les Etats-Unis à Varsovie les 13 et 14 février, et destinée à "monter un front contre Téhéran". Tandis que Washington a expressément demandé aux Européens de renoncer au mécanisme qu'ils ont mis en place pour maintenir le commerce avec l'Iran malgré les sanctions américaines.

Présent à Munich, Mohammad Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, a reproché une "obsession pathologique" des Etats-Unis à l'encontre de son pays [RFI]. M. Zarif a également mis la pression sur les Européens, estimant que le mécanisme mis en place n'est pas suffisant "pour sauver l'accord sur le nucléaire", et appelant l'Europe à "se mouiller si elle entend nager contre les dangereux courants de l'unilatéralisme américain" [France 24].

Dans son discours, le vice-président américain Mike Pence a sans surprise "multiplié les instructions aux alliés européens, sommés de dépenser plus pour leur défense, de rejeter l'accord sur le nucléaire iranien", ou encore de "s'opposer au projet de gazoduc Nord Stream 2" devant acheminer du gaz russe vers l'Allemagne [La Croix]. Des propos accueillis de manière "glaciale" par les Européens [Le Monde].

"Munich ou Requiem pour l'Occident", titre ainsi Roger Cohen dans sa chronique pour le New York Times. "Comme d'autres journalistes de tendance 'libérale' aux États-Unis, [celui-ci] constate et déplore l'écart grandissant entre les gouvernements ouest-européens et l'exécutif américain" [Courrier international].

Chinois et Russes soufflent sur les braises

D'autant qu'en parallèle, "lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, Russes et Chinois se sont employés à exploiter les divisions entre Européens et Américains", analysent Les Echos.

Les Chinois ont ainsi fait l'apologie du "multilatéralisme" et de l'UE par la voix de Yang Jiechi, ancien ministre des Affaires étrangères et membre du politburo du Parti communiste chinois, rapporte le quotidien. "Nous sommes de fermes partisans du multilatéralisme et de l'approfondissement de l'intégration européenne", a-t-il déclaré. "Une façon de renforcer sa dénonciation de 'l'unilatéralisme' et de 'la politique de l'hégémonie et de la puissance' sans mentionner directement le président Donald Trump", estiment Les Echos.

Pour Serguei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, "les Européens se sont laissés entraîner dans une confrontation stupide avec la Russie et encourent des pertes de plusieurs milliards d'euros" pour s'être associés aux sanctions américaines à la suite de l'annexion de la Crimée en 2014 [Les Echos].

Russie et Etats-Unis disposent à cet égard de leurs propres sources de tensions. Les deux pays ont en effet, début février, renoncé à appliquer le traité INF sur les forces nucléaires à portée intermédiaire [La Croix]. Invités par Angela Merkel à intégrer l'accord, les Chinois ont quant à eux affirmé leur refus d'y participer, tout en disant "espérer" voir les Etats-Unis et la Russie y revenir [Les Echos].

"Avec l'agonie du traité INF, dénoncé par les Etats-Unis et la Russie, la communauté internationale se trouve au défi de revoir l'architecture du contrôle des arsenaux nucléaires", estime par conséquent L'Opinion. "D'autant que les bisbilles entre Russes et Américains concernent également le futur du traité Start, sur la limitation du nombre d'ogives nucléaires et de vecteurs qui doit expirer en 2021", ajoute le journal.

Angela Merkel, porte-parole du multilatéralisme européen

Dans cette atmosphère pesante, Angela Merkel a néanmoins tenté de se faire l'avocate du multilatéralisme européen. "En l'absence d'Emmanuel Macron, la chancelière a semblé assumer le rôle qu'elle a toujours refusé d'endosser, celui de porte-parole des valeurs du 'monde libre', comblant ainsi le vide créé depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche", écrit La Croix. Une analyse complétée par le Figaro, qui considère qu'"Emmanuel Macron choisissant d'annuler sa participation, la chancelière était seule face à la vision 'trumpienne' du monde". "À Munich, Angela Merkel seule en scène pour défendre le multilatéralisme", titre ainsi le journal.

"Tous les défis auxquels nous sommes confrontés, - réchauffement climatique, courses aux armements, terrorisme, cyberguerre, lutte contre la pauvreté -, sont de nature globale et ne peuvent donc se résoudre que dans un cadre multilatéral", a affirmé la cheffe du gouvernement allemand, ovationnée à la fin de son discours [La Croix].

Les propos de Mme Merkel n'étaient-il cependant pas un "simple chant du cygne pour une chancelière qui ne fera pas de nouveau mandat ?", s'interroge le quotidien. "Ivanka Trump, la fille du président américain, Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, et le haut responsable chinois Yang Jiechi sont restés assis" au moment des applaudissements, conclut l'article de La Croix.

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