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[Revue de presse] Commission von der Leyen : le "mode de vie européen" au cœur de la tourmente

Revue de presse 04.10.2019

Convoqué jeudi 3 octobre face aux eurodéputés, le commissaire désigné par la Grèce Margaritis Schinas a dû défendre son portefeuille au titre polémique. S'il s'est montré expert en particulier sur les migrations, l'ancien porte-parole de la Commission européenne a été vivement interrogé et attaqué sur l'intitulé de sa responsabilité, la "protection de notre mode de vie européen".

Le commissaire désigné à la "protection de notre mode de vie européen", Margaritis Schinas, défend son portefeuille face aux eurodéputés - Crédits : Gabor Kovacs / Flickr Parlement européen CC BY 2.0

Le commissaire désigné à la "protection de notre mode de vie européen", Margaritis Schinas, défend son portefeuille face aux eurodéputés - Crédits : Gabor Kovacs / Flickr Parlement européen CC BY 2.0

C'est en "parfait maître de sa communication" que s'est présenté jeudi 3 octobre Margaritis Schinas au Parlement européen [L'Echo]. L'ancien porte-parole de la Commission européenne, désigné par la Grèce comme futur commissaire, s'est vu attribuer la vice-présidence en charge de la "protection de notre mode de vie européen". "Un intitulé qui fait polémique", relève Euronews.

Soumis, comme les vingt-cinq autres candidats, à l'interrogatoire des commissions parlementaires liées à ses responsabilités, Margaritis Schinas a ainsi passé une bonne partie de son grand oral à justifier l'intitulé de son poste, tout en essayant tant bien que mal de faire valoir ses compétences. "Un nouveau moment crucial pour la Commission von der Leyen, après l'audition virulente de Sylvie Goulard mercredi et le rejet de deux candidats lundi", rappelaient Les Echos avant cette audition.

Qui est Margaritis Schinas, commissaire européen désigné à "la Protection de notre mode de vie européen" ?

"Fin connaisseur" de ses missions

Interrogé de 18h30 à 21h30, le Grec a tout fait pour maîtriser la séance, faire valoir ses qualités et limiter les attaques sur son portefeuille. La Libre reconnaît "les talents de communicateur de celui qui a chapeauté l’équipe de presse de la Commission Juncker et qui a passé sa vie dans les institutions européennes", faisant de lui "un fin connaisseur des sujets et [de] leurs arcanes" [L'Echo].

Si, comme il l'indique sur son compte Twitter, son portefeuille doit intégrer "les migrations, la sécurité, les droits sociaux, l'éducation, la culture et la jeunesse" [Euractiv], c'est principalement le thème de l'immigration et du droit d'asile qu'il a dû développer.

Pour Margaritis Schinas, "le nœud de la politique migratoire européenne reste la révision du règlement de Dublin", qui prévoit actuellement que les demandes d'asile doivent être traitées par le premier pays d'arrivée en Europe, explique L'Echo. Cette réforme, qu'il entend présenter "au début de l'année prochaine", devra intégrer les ONG humanitaires comme "une partie de la solution". Politiquement, Margaritis Schinas entend mener une concertation "avec les capitales et les députés avant de faire des propositions concrètes", explique le quotidien grec I Kathimeriní. Et il invite ensuite à "éviter" la majorité qualifiée au Conseil de l'UE, elle qui a "créé des blessures" lors du plan de répartition des migrants de 2015, entré en vigueur malgré le refus de plusieurs pays de l'Est. L'objectif serait, à l'avenir, d'avancer à l'unanimité sur cette question.

"L’Europe sera toujours une terre d’asile (…) mais je dois aussi être très clair, ceux qui ne sont pas éligibles à l’asile devront partir", a par ailleurs déclaré le candidat [20 Minutes avec l'AFP]. Il souhaite également développer les migrations choisies, pour "répondre aux besoins démographiques de l’Europe" et "combler nos lacunes en termes de qualification".

Ce discours sur l'immigration s'est accompagné d'une réaction à l'actualité, à propos notamment de l'incendie du camp de réfugiés de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, qui a entraîné la mort de deux personnes et des émeutes dimanche dernier. "Je ne suis pas satisfait. Cela me fait mal en tant que Grec et en tant qu'Européen", rapporte I Kathimeriní. "La Grèce ne sera pas laissée seule", a-t-il enfin assuré.

L'intitulé de son portefeuille attaqué

Visiblement ému, le candidat a souhaité balayer dès sa déclaration d'ouverture la polémique autour de son portefeuille, qu'il "ne prend pas du tout à la légère" [Le Soir]. Il a rappelé ce qui pour lui constitue les valeurs européennes : "être européen signifie protéger les plus vulnérables dans nos sociétés (…), l’égalité des chances, offrir l’accès au savoir et aux savoir-faire". Ce sont ces valeurs d'ouverture et de tolérance qui ont appuyé sa défense : "je m'engage à donner la priorité absolue aux citoyens (…) pour faire de notre Union une union de personnes (…) dans laquelle personne ne sera marginalisé" [I Kathimeriní]. Pour lui, la défense de ces valeurs font de l'Union "un phare de lumière dans un monde de plus en plus sombre", rapporte La Libre avec Belga.

Interrogé à plusieurs reprises sur la signification précise de l'intitulé de son portefeuille, qu'il n'a pas une seule fois prononcé [Le Soir], il indique n'avoir "jamais partagé l'opinion selon laquelle [celui-ci était] une menace ou indiquerait une culture du nous contre eux" [La Libre]. Pour lui, l'idée de protection vise "ceux qui ne nous permettent pas de célébrer le Quatorze Juillet à Nice" et "ceux qui, au lieu d'aider les migrants, les attaquent dans un camp". "Ce sont les populistes qui doivent se sentir menacés par nos valeurs", a-t-il ajouté [Euronews].

S'il bénéficie d'un "fort soutien de la part du PPE, son groupe" de droite conservatrice, rapporte Euractiv, tous ne partagent pas cet avis : "les trois principaux groupes d'opposition au Parlement européen - à savoir les socialistes, les libéraux et les Verts - ont ainsi fait front commun pour réclamer l'abandon de cet intitulé" [Les Echos]. Même l'actuel président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait émis des réserves avant l'audition : "je n'aime pas l'idée que le mode de vie européen s'oppose à la migration. Accepter ceux qui viennent de loin fait partie du mode de vie".

Margaritis Schinas, inflexible, a refusé de s'"excuser pour nos valeurs européennes" [Euronews], arguant qu'un recul sur ce nom ferait "jubiler" Marine Le Pen et l'extrême droite, explique Le Soir. Il a conclu son propos de manière confiante, rapporte 20 Minutes : "je suis sûr que le temps fournira la réponse à la question que vous me posez maintenant".

Si de nombreux eurodéputés cherchent toujours à modifier l'intitulé polémique de ses attributions, sa confirmation en tant que commissaire semble acquise : "son talent oratoire à défendre les valeurs fondamentales, comme la maîtrise des sujets techniques qu’il a accumulée en trente ans, ne font pas douter grand monde", termine Le Soir.

 

 

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