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[Revue de presse] Changement d'heure : peut-être la dernière fois ?

Revue de presse 26.10.2018

Dans la nuit de samedi à dimanche, les Européens reculeront leur montre d'une heure. Mais ça sera peut-être la dernière fois que l'on gagnera une heure de sommeil pendant une nuit d'automne. En septembre, la Commission européenne a en effet proposé de supprimer les changements d'heure. Mais conservera-t-on l'heure d'été ou l'heure d'hiver ? Les États membres devront s'accorder sur ce point avant avril 2019.

Crédits : Tatomm / iStock

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"A 3 heures, il sera 2 heures. C’est peut-être la dernière fois ce dimanche que l’on entendra ce traditionnel rappel qui, chaque année depuis 1976, génère son lot de bourdes !", introduit Le Parisien ce vendredi.

Depuis les années 1970, les Européens changent d'heure deux fois par an. La pratique était effectuée "de manière totalement désarticulée" et "créait des difficultés dans les échanges commerciaux et dans le fonctionnement du marché commun" [France Soir], avant qu'une directive européenne de 2000 ne l'harmonise.

Cette fois, la Commission européenne propose carrément de mettre fin aux changements d'heure saisonniers et à leurs lots de perturbations. Sa proposition de directive dévoilée le 12 septembre 2018 "s’appuie sur une consultation publique ouverte entre juillet et août 2018" qui a recueilli un nombre record de "4,6 millions de réponses en un peu plus d’un mois (dont 70% en provenance d’Allemagne)", précise France Soir. Et le bilan est clair : "84% [des répondants] sont en faveur d’une abolition de cette règle". "Un résultat accueilli par le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, comme un plébiscite", commente Europe 1.

C'est ainsi l'opportunité pour la Commission de "faire parler d’elle sur un sujet populaire", remarque France Soir, à moins de sept mois des élections européennes qui auront lieu en mai 2019. Car si cette mesure a été "tant vantée à l'origine par ses promoteurs, au moment du premier choc pétrolier", elle s'est "révélée absurde" à la plupart des Européens, commente le philosophe Roger-Pol Droit dans Les Échos.

Un rituel inutile ?

Le passage à l'heure d'été a été initialement créé pour réaliser des économies d'énergie, rappelle la RTBF (Belgique) "afin de ne pas 'gâcher' les heures de luminosité perdues en été, lorsque le soleil se lève beaucoup plus tôt", selon la radio belge. Mais "avec le progrès (éclairage basse consommation, meilleure isolation thermique des bâtiments modernes), les économies d’énergie sont désormais très limitées", argumente Maros Sefcovic, commissaire européen à l'Énergie cité par Le Télégramme. "A part perturber les rythmes biologiques et empoisonner la vie quotidienne de l'Europe", ce rituel "n'aura servi à rien !", tranche donc sans hésitation Roger-Pol Droit [Les Échos].

"Dès son instauration, de nombreux mouvements se sont créés pour dénoncer les effets négatifs du système du double horaire", observe Le Télégramme.  Ses détracteurs dénoncent notamment "les effets négatifs sur la santé" mais aussi "sur l’environnement", avec l'accroissement de la pollution atmosphérique en été, les pics de circulation coïncidant avec l’ensoleillement maximum, précise le quotidien breton.

Les États doivent trancher

On ne sait toutefois pas vraiment quand ce rituel s'arrêtera. D'une part, le Parlement européen et le Conseil doivent accepter la proposition de la Commission. Si c'est le cas, il reste également à déterminer si c'est l'heure d'été ou l'heure d'hiver qui sera conservée. A défaut de consensus, chacun pourrait adopter l'heure qu'il souhaite. "Dimanche, ce ne sera donc pas le dernier changement d’heure mais peut-être bien le dernier passage à l’heure d’hiver", selon l'heure retenue par les États membres, observe Le Parisien.

Ainsi, ceux "qui souhaitent revenir de façon permanente à l'heure d'hiver auront la possibilité de procéder à un dernier changement d'heure saisonnier le dimanche 27 octobre 2019", précise Violeta Bulc, commissaire chargée des Transports, citée par la RTBF (Belgique). Car pour l'instant, les États membres ne sont "pas sur la même longueur d'onde", commente Europe 1. "Le Portugal, la Pologne et Chypre préféreraient par exemple l’heure d’été quand la Finlande, les Pays-Bas ou encore le Danemark choisiraient plutôt l’heure d’hiver", constate Le Parisien.

La France, quant à elle, pourrait "avoir du mal à trancher […] en raison de la forte disparité d’ensoleillement entre le nord-ouest et le sud-est" : il y a trois quarts d’heure de décalage entre Bastia et Brest, calcule le quotidien francilien. Selon un sondage auprès de ses lecteurs, La Charente Libre observe que 60,9% des votants préfèrent rester à l'heure d'été toute l'année. Ce choix serait pourtant une aberration pour les "médecins, experts et une partie minoritaire des citoyens" qui "penchent pour l'heure d'hiver", selon le philosophe Roger-Pol Droit. En France, "j'ai l'impression qu'on va garder l'heure d'été, regrette donc un militant de l'Association contre l'heure d'été double, interrogé par France Bleu. "Les gens sont très peu informés, les lobbies du tourisme et du sport sont là pour appuyer le choix de l'heure d'été toute l'année", explique-t-il.

Travailleurs transfrontaliers et transport aérien

De plus, pour éviter de trop grandes disparités entre les États membres (l'UE est déjà située à cheval sur 3 fuseaux horaires différents), "il va falloir faire des 'paquets' d'États voisins qui s'accordent sur la même heure", précise tout de même Karima Delli, eurodéputée écologiste, à Europe 1. "On imagine mal avoir une heure de décalage permanente avec des pays frontaliers, où nombre de Français se rendent chaque jour pour travailler", s'inquiète en effet LCI. "Il serait mieux pour tout le monde que les États membres coordonnent leurs choix", espère donc la chaîne de télé.

Ce changement d'heure "ne fait pas [non plus] l'affaire des compagnies aériennes", explique également France Inter. "Pour elles, c'est clairement l'angoisse". "Ça nous demande de revoir à peu près tous nos horaires pour vérifier que d'un point de vue commercial, on n'arrive pas trop tard, la nuit, à l'autre bout du monde", explique Pierre-Olivier Bandet, directeur de la flotte et du réseau chez Air France, car "tout ça est réglé, optimisé, pour fonctionner au mieux, depuis 40 ans, sur la base du changement d'heure". "Certaines compagnies préviennent déjà qu'elles seraient obligées de supprimer des dizaines, voire des centaines de vols", si cela devait être décidé à la hâte.

En définitive, pour être adoptée la réforme du changement d'heure devra être votée et discutée au Parlement européen et obtenir "une majorité qualifiée" au Conseil de l'UE, correspondant à 15 États membres sur 28 et "représentant au moins 65 % de la population de l'UE", précise Europe 1.